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Diaspora

Des coûts de transferts toujours élevés

Des coûts de transferts toujours élevés
  • Publiédécembre 22, 2023

Depuis deux ans, les coûts des transferts d’argent via les circuits légaux, vers et à l’intérieur de l’Afrique subsaharienne, ne varient guère, demeurant au-dessus de la moyenne mondiale et loin des Objectifs de développement durable.

 

Le rapport de la Banque mondiale consacré aux envois de fonds des migrants relève d’importantes disparités, au sein des régions et des pays africains. Surtout, il met en évidence le coût élevé des transferts, en dépit de la diffusion de la technologie.

Revenons sur les chiffres clefs. Après avoir chuté de 4,5 % en 2022, les envois de fonds vers les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord auraient diminué de 5,3 % pour atteindre environ 61 milliards de dollars en 2023, selon les estimations de la Banque mondiale. L’affaiblissement de 2023 est principalement dû à une forte baisse des flux vers l’Égypte, de loin le plus grand bénéficiaire de la région. Baisse apparente : les envois de fonds vers le pays sont probablement acheminés par des canaux non officiels en raison d’un écart important entre les marchés des changes officiels et parallèles.

Le coût moyen de l’envoi de 200 dollars vers l’Afrique subsaharienne a légèrement augmenté, s’établissant en moyenne à 7,9 % au deuxième trimestre 2023, contre 7,2 % un an plus tôt.

Les flux vers la Tunisie devraient également diminuer en raison de la faible croissance économique dans la zone euro, principale source d’envois de fonds.

En revanche, les envois de fonds vers le Maroc devraient atteindre un nouveau niveau record, à la faveur de la solidarité manifestée après le tremblement de terre. Les envois de fonds sont la plus grande source de flux de ressources extérieures pour la région, dépassant la somme des investissements étrangers (mesurés par les IDE) et de l’Aide publique au développement depuis 2010.

En 2023, les envois de fonds devraient être deux fois supérieurs à la somme de ces flux dans la région, ce qui souligne l’importance des envois de fonds pour le secteur privé et le secteur public. « Les flux d’IDE devraient diminuer encore plus fortement en raison du risque politique élevé dans la région », redoute la Banque mondiale.

En 2024, les perspectives des envois de fonds seront affectées par les situations difficiles auxquelles des pays importateurs de pétrole de la région, telles que l’Égypte et la Tunisie.

De son côté, considère la Banque mondiale, le Maroc « devra poursuivre ses efforts pour se remettre du tremblement de terre de septembre 2023 ». En revanche, les exportateurs de pétrole de la région, telle que l’Algérie, bénéficieront de la hausse des prix des hydrocarbures. Au fond, difficile de prévoir : « La main-d’œuvre étrangère de la région sera soumise à des pressions contradictoires entre le désir d’aider les familles restées au pays en ces temps difficiles et les baisses anticipées des salaires réels. »

 

Soutien des Marocains de l’étranger

La Banque mondiale prévoit une hausse modérée (+2,1%) des flux de transferts de fonds en 2024. Moyenne qui masque une chute prévue en Égypte. Pourtant, afin d’encourager la diaspora égyptienne à utiliser les canaux officiels pour ses transferts d’argent, le gouvernement égyptien tente de mettre en œuvre plusieurs mesures. Il affirme il n’est pas prévu de taxer les transferts de fonds ; il offre terrains et de logements appartenant à l’agence gouvernementale, la New Urban Communities Authority, en échange d’un paiement en dollars ; les banques lancent des produits d’épargne aux tarifs adaptés à la diaspora, etc.

De leur côté, les flux d’envois de fonds des Marocains de l’étranger ont augmenté de 6,1 % pour atteindre 96,4 milliards de dinars (8,7 milliards d’euros) au cours des dix premiers mois de 2023 par rapport à l’année précédente. Il est vrai que les envois de fonds ont tendance à évoluer de manière « anticyclique », ce qui signifie qu’ils augmentent après des catastrophes naturelles dans les pays d’origine des migrants). Avec l’aide internationale, les envois de fonds de la diaspora marocaine contribueront à atténuer les effets négatifs des catastrophes naturelles, en allégeant une partie des coûts de reconstruction et en soutenant la stabilité financière extérieure du pays.

En matière de coût, l’envoi de 200 dollars de fonds au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a diminué pour atteindre une moyenne de 5,9 % au deuxième trimestre 2023, contre 6,3 % un an plus tôt. Il s’agit de la seule baisse des coûts parmi les régions en développement sur la période. Cependant, les coûts varient considérablement d’un couloir à l’autre : le coût de l’envoi d’argent des pays riches vers les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord reste élevé, à deux chiffres. En revanche, l’envoi d’argent à l’intérieur de la région reste peu coûteux, inférieur à 3 % dans certains corridors.

Corridors les moins chers et les plus coûteux en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, en % du montant des transferts (source : Banque mondiale).
Corridors les moins chers et les plus coûteux en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, en % du montant des transferts (source : Banque mondiale).

 

En Afrique subsaharienne, les envois de fonds ont augmenté en 2023, de 1,9 %, passant de 53 milliards $ en 2022 à 54 milliards $. Les projections indiquent que les envois de fonds vers la région continueront d’augmenter, pour atteindre 55 milliards $.

 

Pressions réglementaires

« Le ralentissement de la croissance des envois de fonds observé en 2023 s’explique par la lenteur de la croissance dans les économies à haut revenu où de nombreux migrants d’Afrique subsaharienne gagnent leur vie », résume la Banque mondiale. Qui note que les envois en provenance des États-Unis sont restés stables.

Les envois de fonds continuent de croître, à un rythme plus lent

Les envois de fonds ont été plus stables que les investissements étrangers, très volatils depuis deux ans. Les envois de fonds vers la région ont largement dépassé les flux d’IDE en 2023. Les principaux bénéficiaires sont le Nigeria, le Ghana, le Kenya et le Zimbabwe. Si l’on considère les envois de fonds en tant que part du PIB, la Gambie détient la part la plus importante, suivie par le Lesotho, les Comores, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau et le Zimbabwe.

Les tendances de 2023 sont largement dues à la forte croissance des envois de fonds au Rwanda (+16,8 %), en Éthiopie (+16 %) et au Mozambique (+48,5 %). Le Nigeria, le plus grand pays bénéficiaire d’envois de fonds en Afrique subsaharienne, aurait reçu plus de 20 milliards $ de sa diaspora en 2023, une légère augmentation en un an. À noter que certains pays comme le Ghana bénéficient fortement de l’appui de la diaspora installée dans d’autres pays d’Afrique.

Corridors les moins chers et les plus coûteux en Afrique subsaharienne, en % du montant des transferts (source : Banque mondiale).
Corridors les moins chers et les plus coûteux en Afrique subsaharienne, en % du montant des transferts (source : Banque mondiale).

 

Cela étant, « les taux de change fixes et les contrôles de capitaux détournent les envois de fonds des canaux officiels vers les canaux non officiels », constate la Banque mondiale qui cite le cas de l’Éthiopie. Au Nigeria, les interventions de la Banque centrale sur le marché des changes ont favorisé l’écart entre le taux de change parallèle et le taux de change officiel jusqu’au programme de libéralisation en juin 2023. Cependant, la résistance à la pression sur le naira couplée à l’offre limitée de devises au guichet officiel a conduit à la réémergence de la prime du marché parallèle.

 

L’atout du PAPSS

Au chapitre des coûts, l’Afrique subsaharienne reste la région où les frais d’envoi de fonds sont les plus élevés. Le coût moyen de l’envoi de 200 dollars a légèrement augmenté, s’établissant en moyenne à 7,9 % au deuxième trimestre 2023, contre 7,2 % un an plus tôt. On observe une certaine stabilité depuis 2021, mais cette moyenne reste bien supérieure à la moyenne mondiale de 6,9% et à l’objectif de 3 % d’ici à 2030.

Les coûts varient considérablement dans la région, allant de 1,3 à 4,5 % dans les corridors les moins coûteux, de 17% à 36% dans les plus élevés. « Les banques facturent les coûts les plus élevés, ce qui souligne l’importance des transactions transfrontalières d’argent mobile. »

À noter que la Banque mondiale observe avec intérêt le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), la plateforme de transactions directes de devises. Le PAPSS, pour l’heure opérationnel dans dix pays, est une organisation de l’Union africaine développée en collaboration avec Afreximbank.

Les experts prévoient une croissance des envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne limitée à 2,5 % en 2024. Prévenant : « Les mesures de contrôle des changes, les marchés parallèles et les sanctions sont autant de risques qui pèsent sur ces perspectives. » Le durcissement des normes réglementaires a conduit les banques internationales à réduire le nombre de leurs correspondants en Afrique, en partie en raison de la perception d’un risque africain élevé.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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