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Culture

Yamen Manaï, lauréat du prix Orange

Yamen Manaï, lauréat du prix Orange
  • Publiéjuin 15, 2022

Publié en Tunisie aux éditions Elyzad, Bel abîme, de Yamen Manaï, emporte le prix Orange 2022 du Livre en Afrique. Ce cours récit d’un jeune garçon accusé de meurtre a séduit le jury par la force de ses mots.

 

Par Aude Darc

Pour sa quatrième édition, le prix du Livre en Afrique a suscité près de 60 candidatures d’une quarantaine de maisons d’édition du continent, fait savoir la Fondation Orange. Après une première sélection de six finalistes par les comités de lecture basés en Afrique, le jury a donc choisi le lauréat 2022, Yamen Manaï. Le jury, présidé par l’écrivaine et universitaire Véronique Tadjo, salue en Bel abîme, « un récit d’une grande force s’en tenant à l’essentiel du mot ».

La Fondation Orange a « la double conviction que les auteurs africains doivent pouvoir être publiés en Afrique pour y être lus et que les nouvelles voix de la littérature africaine doivent dépasser les frontières du continent ».

À Dakar, s’est tenue le 14 juin une cérémonie de remise du prix. Le lauréat a salué le jury, les cinq autres finalistes, et a tenu à partager son prix avec son éditrice, Elizabeth Daldoul, des éditions Elyzad. Laquelle maison avait déjà publié les trois précédents romans de l’écrivain. « Si je suis là c’est grâce à toi ; je suis très content que mon livre puisse être lu par-delà la Tunisie, en Afrique. » Yamen Manaï a conclu son discours par une pensée pour son pays, la Tunisie pour qui « le meilleur est à venir, malgré les difficultés ».

Yamen Manaï avait déjà reçu le prestigieux prix des Cinq continents, décerné par l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) en 2017, pour L’Amas ardent. Qui avait reçu d’autres récompenses : en Tunisie, le prix Comar d’Or, le prix Maghreb de l’ADELF, le prix Lorientales, et le Grand prix du Roman métis de la Réunion. Né en 1980 à Tunis, vivant depuis ses 18 ans en France, l’auteur est ingénieur ; il travaille sur les nouvelles technologies de l’information.

Bel abîme est structuré tel le long monologue d’un jeune garçon de quinze ans issu de la banlieue sud de Tunis. Accusé de meurtres, il s’adresse tour à tour à son avocat et à un psychiatre venus lui rendre visite en prison.

 

Une édition francophone vivace

Entre fureur, rage et passion, le narrateur dénonce la barbarie et les maux qui gangrènent sa société, depuis la cellule familiale ainsi que l’école, jusqu’aux institutions politiques. Il se souvient avec émotion des seuls moments d’apaisement qu’il a connus grâce à l’affection inconditionnelle de Bella, l’amie, la fidèle et douce petite chienne qu’il a un jour recueillie et apprivoisée. Un bonheur qui ne sera que de courte durée.

« Je voulais raconter l’envers de la carte postale tunisienne, de Djerba la douce. J’avais peur que ce soit mal pris par les Tunisiens, mais, grand soulagement, cette histoire leur parle, la violence est une composante omniprésente de la vie. Sur les réseaux sociaux, des jeunes rivalisent avec humour autour des objets les plus incongrus avec lesquels ils ont été frappés… », expliquait l’auteur au quotidien La Croix, lors de la parution de l’ouvrage. S’excusant presque : « Je ne fais pas la publicité de mon pays, la Tunisie ! »

Le prix Orange du Livre en Afrique a été lancé en 2019 « avec la double conviction que les auteurs africains doivent pouvoir être publiés en Afrique pour y être lus et que les nouvelles voix de la littérature africaine doivent dépasser les frontières du continent », souligne la Fondation Orange. Le lauréat recevra une dotation de 10 000 euros et bénéficiera d’une campagne de promotion pour son ouvrage. Les éditeurs des livres finalistes ne seront pas oubliés, ils pourront multiplier les rencontres professionnelles, en fonction de leurs besoins.

Les cinq finalistes sont Destin Akpo (Bénin), pour Colorant Félix, aux éditions Savanes du continent, Beyrouk (Mauritanie, pour Le silence des horizons, également édité par Elyzad ; Chab (Mali), pour Le livre d’Elias, édité par La Sahélienne ; Khaoula Hosni (Tunisie) pour Le prix du cinquième jour, chez Arabesques ; Lorance-K (Cameroun), pour Maguia ou le prix de la liberté, aux éditions La jeune plume.

En quatre ans, ce prix est devenu un rendez-vous pour les éditeurs du continent. Car s’il distingue chaque année un livre et un auteur ou une autrice, « il soutient également la vivacité de l’édition africaine francophone en encourageant les auteurs du continent à être publiés en premier lieu par une maison d’édition africaine » rendant ainsi leurs textes accessibles aux lecteurs africains.

@NA

 

Écrit par
Aude Darc

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