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Culture

Sinda Belhassen, une artiste engagée

Sinda Belhassen, une artiste engagée
  • Publiémai 9, 2024

La galerie Kalysté, à Tunis, expose les œuvres de Sinda Belhassen, qui explore la relation entre l’homme et la nature, un appel à la préservation de l’environnement.

 

« Tisser la terre. » Tel est le nom de l’exposition du travail de Sinda Belhassen, en plein cœur de Tunis. L’essentiel des œuvres est fait de tissage floral, de compositions et de sculptures.

Née à Tunis en 1970, Sinda Belhassen, est issue d’une famille d’artistes, le plus réputé étant Hatim El Mekki, son oncle. Elle apporte un regard novateur sur la relation entre l’art et la nature, ayant déjà présenté ses compositions dans des galeries réputées comme l’Institut du monde arabe à Paris, la Collection Pierre-Bergé. Elle a reçu divers prix internationaux.

Engagée dans la cause environnementale, Sinda Belhassen transforme son art en un cri pour la préservation de notre planète. Chaque œuvre est un plaidoyer silencieux pour la protection de la nature, un rappel poignant de notre responsabilité envers les générations futures.

Du 18 mai au 2 juin, le public pourra admirer 34 œuvres à la galerie Kalysté, un espace dédié depuis trente ans à la promotion des artistes contemporains tunisiens, sous la direction de Synda Ben Khelil. Figure éminente de la scène artistique tunisienne, Souheil Bouden est la commissaire de l’exposition, qu’elle présente en poème (lire ci-dessous).

Gaîa, 1m50 / 1m50 ; composition en liège de Beni Mtir.
Gaîa, 1m50 / 1m50 ;composition en liège de Beni Mtir.

 

L’exposition invite le spectateur à se plonger dans un univers où les fibres végétales deviennent des symboles de connexion avec notre environnement naturel. Face à la perte de lien avec la nature dans un monde de plus en plus urbanisé, l’artiste s’interroge, et nous interroge, sur la manière de préserver cette connexion vitale : « Comment renouer avec nos racines naturelles tout en évoluant dans un monde tumultueux en constante mutation ? »

Sinda Belhassen utilise une technique artistique de tissage et de composition de la flore qui mélange les fibres végétales avec des matériaux naturels ; elle emploie des techniques élaborées et innovantes de conservation et de séchage de plantes. Elle maîtrise les techniques de tissage traditionnelles, les revisitant avec une approche résolument contemporaine, explique la galerie.

Résonnance ; 1m40/1m40, « Chbaka de Tozeur ».
Résonnance ; 1m40/1m40, « Chbaka de Tozeur ».

 

L’artiste utilise des fibres et des tissus naturels, souvent issus de sa région natale, pour créer des tapisseries murales, des sculptures textiles et des sculptures. Ses œuvres  célèbrent la texture et la malléabilité des matériaux naturels, tout en témoignant de son savoir-faire artisanal.

Sinda Belhassen collecte avec soin des fleurs, des feuilles, des branches et des racines, qu’elle prépare ensuite avec des techniques ancestrales, les lavant, les séchant et les teintant parfois avec des pigments naturels. Ces éléments végétaux, transformés en matériaux d’expression artistique, deviennent les protagonistes de ses créations.

Elle utilise son art pour sensibiliser aux problèmes environnementaux, comme la pollution évoquée dans l’œuvre Double voix, la déforestation et le changement climatique.

Transfiguration ; 1m70/75cm, écorce de palmier « Washintonia de Carthage ».
Transfiguration ; 1m70/75cm, écorce de palmier « Washintonia de Carthage ».

Au-delà de la beauté de ses œuvres, l’art de Sinda Belhassen se distingue par son lien profond avec le monde végétal. Elle intègre des plantes et des fleurs provenant de différentes régions de Tunisie  « Statis de Wechtata », de « Ziwana de Korba », à « Chouk de Tabarka », de « Diryesse d’Ain Drahame » et « Chbaka de Tozeur », jusqu’au « Flambo de Belli », les transformant en éléments clés de ses compositions textiles.

Cette approche botanique confère à ses œuvres une dimension poétique et symbolique, invitant le spectateur à une contemplation attentive de la beauté et de la diversité de la flore.

Cette vision artistique se double, par essence, d’une démarche éco-responsable : le choix de matériaux naturels et durables s’inscrit dans une volonté de respect de l’environnement. En donnant une nouvelle vie aux plantes et aux fleurs, l’artiste sensibilise ainsi le public à l’importance de la préservation de la nature et de ses ressources précieuses.

Voilà pourquoi, loin d’être de simples objets décoratifs, les œuvres et les sculptures de Sinda Belhassen tissent des récits complexes et poétiques. La singularité de sa démarche réside dans sa capacité à transcender les limites du tissage traditionnel. Elle utilise cette technique comme un langage pour exprimer ses émotions, ses réflexions et ses préoccupations. Ses œuvres célèbrent la beauté fragile de la nature, tout en questionnant notre propre regard.

Son travail, insiste la galerie Kalysté, rappelle celui d’Ana Mendieta, qui utilisait son propre corps comme support d’expression artistique en harmonie avec la nature, ou encore celui d’Antoni Tàpies, qui intégrait des matériaux bruts dans ses peintures et sculptures.

Au gré du vent ; 1m70/1m20, écorce de palmier Washintonia de Carthage ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au gré du vent ; 1m70/1m20, écorce de palmier « Washintonia de Carthage ».

 

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Tisser la terre

 

Dans l’antre des songes où la nature murmure son silence,

Sinda, fileuse, tisseuse d’étoffes, s’enracine à la nature.

À travers ses doigts d’artiste, les fils végétaux étreignent les bribes de la flore,

Et les souvenirs des vents dans les feuilles se rejoignent.

Elle cueille les secrets des saisons éphémères,

Des échos du passé, des éclats de lumière.

Chaque brin, chaque fibre, porte en lui l’écho du temps, tissant un récit muet, où le présent se perd dans l’instant.

Dans ce ballet mystique où le fil et la flore deviennent signe,

La terre se fait toile, l’âme s’élève en partage.

Sinda, dans ses entrelacements, révèle la danse de l’éphémère,

Et chaque œuvre devient un songe, un geste familier.

Dans ses trames, elle célèbre l’union à l’univers,

Où la fragilité du vivant se mêle à l’éclat des mystères.

Ses tapisseries, ses installations, offrent un regard sans borne,

Sur l’harmonie immuable entre l’homme et le monde.

 

Souheil Bouden

Epi-Logue ; 1m25/1m70, « Célèste de Mjez El beb. »
Epi-Logue ; 1m25/1m70, « Célèste de Mjez El beb ».

@NA

 

Écrit par
Laurent Allais

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