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Culture

Muriel Enjalran : « Réconcilier les mémoires franco-algériennes » 

Nouvelle directrice pour la région PACA du Fonds d’art contemporain, Muriel Enjalran, explique l’importance du regard apporté par Katia Kameli. L’artiste permet de réconcilier les histoires de l’Algérie et de la France.

Interview réalisée par Serges David, envoyé spécial à Marseille

Que recherchez-vous en invitant Katia Kameli à présenter une exposition ?

Pour être tout à fait précis, ce n’est pas moi qui l’ai invitée au Fonds régional d’art contemporain (FRAC), puisque je ne suis arrivée en poste qu’en mars 2021.

C’est mon prédécesseur, Pascal Neveu, qui avait invité Eva Barois De Caevel. La commissaire d’exposition a eu, dans le cadre de la saison Africa2020, la volonté de fédérer au niveau culturel des regards de l’Afrique sur la France ou de regarder l’Afrique avec tous ses créateurs, pour mieux connaître une scène artistique extrêmement riche. C’est dans ce contexte que cette invitation a pris forme.

« Il est important pour les Français et aussi pour les Français d’origine algérienne, de savoir cette histoire qu’ils ne connaissent pas vraiment, car mal documentée dans les manuels, même en Algérie ! »

De mon côté, j’avais déjà accompagné Katia Kameli voici trois ans, et j’avais pu présenter son travail au sujet des deux premiers chapitres du roman algérien. C’est un travail qui m’intéresse tout particulièrement, parce que je trouve qu’il est important.

Il permet de mettre en perspective, par un travail sur les images ou des sources qui vont former l’histoire, un regard d’artiste sur ceux qui font l’histoire. Ceci m’intéresse particulièrement.

Ce regard d’artiste permet-il d’établir un pont entre la France d’une part, et le Maghreb, d’autre part, surtout l’Algérie dont on sait que les rapports avec la France sont compliqués ?

L’artiste Katia Kameli est Franco-algérienne. Elle a cette double culture. Elle connaît donc très bien cette histoire des deux côtés de la Méditerranée.

En éclairant les différentes voix et histoires qui forment finalement cette jeune nation qu’est l’Algérie, qui n’est indépendante que depuis 1962, Katia Kameli contribue au travail de mémoire, elle contribue à réconcilier ces mémoires qui sont extrêmement conflictuelles et toujours complexes, encore aujourd’hui.

On constate que Katia Kameli met la lumière sur le rôle, parfois négligé, des femmes en Algérie. C’était un des objectifs de cette exposition ?

Oui, et ce n’est pas anodin : voilà une femme artiste qui porte ce projet et qui met en lumière des voies de femmes singulières et très fortes.

Le spectateur est interpellé par cette photo de journaliste qui a fait un travail essentiel pour documenter ce qui s’est passé durant la guerre civile. MarieJosé Mondzain, est de l’autre côté, puisqu’elle est partie à l’indépendance de l’Algérie.

Ces regards de femmes sur l’histoire – ce ne sont pas les femmes, en général, qui écrivent l’histoire -, permettent de mettre en lumière ces ambivalences pour avoir une histoire plus riche.

Ce que Katia Kameli met en exergue aussi dans le chapitre III, c’est que ce sont les femmes qui ont porté largement le mouvement « Hirak », qui sont descendues dans la rue pour dire leur ras-le-bol du pouvoir.

Il nous semble important de rappeler que ces figures féminines ont eu aussi le même engagement que les hommes pour faire avancer leur pays.

On pourrait reprocher à cette exposition de ne présenter que le regard algérien. Et le regard français ?

C’est vrai. Mais nous présentons le double regard de Marie-Josée Mondzain, née en Algérie d’où elle est partie pour vivre en France. Cette histoire, du côté français, on la connaît à travers nos manuels, nous avons mis du temps à reconnaître que c’était une guerre. C’est pourquoi il est important pour les Français et aussi pour les Français d’origine algérienne, de savoir cette histoire qu’ils ne connaissent pas vraiment, car mal documentée dans les manuels, même en Algérie !

Muriel Enjalran

Il faut se dire qu’un jour, nous réussirons à réécrire cette histoire franco-algérienne à quatre mains. J’ai l’impression que chacun l’écrit de son côté, mais qu’on a du mal à croiser les récits historiques et de parvenir à une histoire plus objective et représentative. Un récit historique, qui, encore une fois, aidera à réconcilier des mémoires encore aujourd’hui dans des relations très compliquées.

Finalement dans cette exposition, c’est tout pour le Maghreb et rien pour l’Afrique subsaharienne ?

C’est un projet. Il y en aura d’autres ! Je compte bien travailler avec le Sénégal qui a une scène artistique passionnante. Ici, il se trouve que le projet d’Eva Barois De Caevel s’est porté sur le Maghreb et Katia Kameli, mais il est certain que nous présenterons d’autres initiatives avec l’Afrique subsaharienne.

*Muriel Enjalran, directrice du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA)

SD 

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