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Culture

Nous devons lutter contre les stéréotypes véhiculés par les médias

Nous devons lutter contre les stéréotypes véhiculés par les médias
  • Publiémai 16, 2024

Akinwumi Adesina lance un appel fervent pour mettre fin aux stéréotypes négatifs sur le continent dans les médias internationaux et pour promouvoir une image plus positive de l’Afrique et de son développement.

 

Le président du groupe de la Banque africaine de développement a appelé à une couverture plus équilibrée de l’Afrique dans les médias internationaux lors du sommet des dirigeants des médias africains qui s’est tenu à Nairobi, au Kenya, le 9 mai 2024. Akinwumi Adesina s’est adressé à plus de 300 propriétaires et professionnels des médias de tout le continent.

Et Akinwumi Adesina de suggérer que les institutions de développement en Afrique établissent une plateforme collaborative contenant des articles, des vidéos et des contenus vérifiés et normalisés.

Il leur a signifié que « malgré les progrès significatifs réalisés sur notre continent, les médias se concentrent souvent sur des stéréotypes négatifs, négligeant les avancées substantielles et la résilience dont l’Afrique fait preuve ».

Donnant des exemples de plusieurs développements positifs sur le continent, il a noté que onze des vingt économies à plus forte croissance dans le monde en 2023 étaient africaines.

Selon lui, une couverture plus positive serait importante pour lutter contre les idées fausses sur le continent qui continuent de décourager les investissements et d’entraver ses progrès.

Akinwumi Adesina a également évoqué l’élection présidentielle au Sénégal, qui a attiré l’attention des médias internationaux en raison des problèmes qui l’ont précédée. Pourtant, l’élection s’est déroulée dans le calme et les résultats ont été acceptés par tous, y compris par le président sortant, qui a invité les chefs de l’opposition victorieux au siège du gouvernement avant même que les résultats complets aient été annoncés.

D’ailleurs, le dirigeant de la BAD s’est rendu dans la capitale après l’élection et qu’il y a été frappé par le calme qui régnait dans les rues. « Lorsque j’ai demandé au chef de l’une des missions d’observation des élections de me faire part de son évaluation, il m’a répondu : « J’ai suivi des scrutins en Afrique et ailleurs, et je n’ai jamais été témoin d’une élection mieux conduite. Et pourtant, c’est l’Afrique ! » »

La BAD elle-même, a-t-il observé, est un autre exemple de la façon dont les nouvelles positives concernant le continent sont sous-estimées ou ne sont pas rapportées du tout. La banque conserve sa note AAA depuis neuf ans et a été nommée meilleure banque multilatérale de développement au monde par Global Finance en 2022. Elle a été classée institution financière la plus transparente au monde dans la liste Publish What You Fund de 2021. La même année, le Fonds africain de développement (le financement concessionnel de la BAD) a obtenu la deuxième place dans l’examen des agences internationales de développement réalisé par le Center for Global Development.

 

Une confiance érodée des investisseurs

« Voici tout juste un mois, a rappelé Akinwumi Adesina, la BAD a lancé une transaction historique de capital hybride de 750 millions de dollars, qui a été notée AAA par les trois agences mondiales de notation. L’obligation a été sursouscrite huit fois par des investisseurs du monde entier ». Cette opération est remarquable non seulement parce qu’elle est la première réalisée par une banque multilatérale de développement, mais aussi parce qu’elle est le fait d’une institution africaine.

Cependant, ces évolutions et ces nouvelles positives sont à peine mentionnées dans les médias mondiaux, qui ont tendance à mettre en avant les défis du continent, perpétuant ainsi des stéréotypes négatifs qui ont un impact réel sur la trajectoire de développement du continent.

« Cette image négative a un impact important sur la confiance des investisseurs, effraie les capitaux, augmente le profil de risque des pays et, pire encore, contribue à ce que l’on appelle la prime de risque de l’Afrique, qui fait que le coût du capital pour l’investissement est trois à quatre fois plus élevé que dans d’autres parties du monde », regrette Akinwumi Adesina.

Cette perception n’est toutefois pas fondée sur la réalité. Selon une étude menée sur 14 ans par Moody’s Analytics sur les taux de défaillance cumulés des prêts aux infrastructures dans diverses régions du monde, le taux de 1,9 % en Afrique se compare favorablement à celui de l’Amérique du Nord (6,6 %), de l’Amérique latine (10 %), de l’Europe de l’Est (12 %) et de l’Asie de l’Ouest (4,3 %).

« Cette année, l’Afrique paiera donc 74 milliards $ au titre du service des prêts, contre 17 milliards en 2010. Le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) a constaté que si les pays africains étaient traités de manière transparente et équitable dans les notations des agences de risque de crédit, ils économiseraient au moins 75 milliards $ en paiements d’intérêts », a-t-il souligné.

 

Vers un trophée des médias africains

Pour contrer les récits négatifs sur le continent, Akiwumi Adesina considère qu’il faudrait que des voix africaines indigènes prennent l’initiative de façonner l’image du continent. «Nous devons remodeler l’image de l’Afrique pour qu’elle reflète son véritable esprit et son potentiel. »

Constatant que la majorité des articles sur l’Afrique sont rédigés par des étrangers ayant un point de vue extérieur, ou par des Africains qui doivent se conformer aux idées préconçues des médias internationaux pour lesquels ils travaillent, le patron de la BAD appelle à la création d’un grand programme visant à soutenir les médias africains pour qu’ils prospèrent.

La BAD souhaite créer un prix annuel des médias africains.
La BAD souhaite créer un prix annuel des médias africains.

 

« Je voudrais donc proposer que la Banque africaine de développement, la Banque africaine d’import-export et toutes les institutions financières régionales canalisent des ressources pour soutenir l’émergence d’un média africain respecté dans le monde entier, qui présentera les nouvelles de l’Afrique au monde entier. »

Et Akinwumi Adesina de suggérer que les institutions de développement en Afrique établissent une plateforme collaborative contenant des articles, des vidéos et des contenus vérifiés et normalisés. Cela simplifierait le processus d’agrégation et de compte rendu des réussites et des progrès réalisés en Afrique. En réduisant les coûts d’investigation des organes de presse à la recherche d’histoires sur les développements positifs sur le continent, cela contribuerait à une couverture médiatique plus équilibrée.

Il a réitéré l’engagement de la BAD à soutenir les institutions médiatiques africaines et a annoncé que la banque de développement travaillera avec les parties prenantes concernées pour créer un prix annuel des médias africains, ainsi que des bourses pour les journalistes et les correspondants africains afin de renforcer les capacités des journalistes qui couvrent le continent.

@NA

Écrit par
Omar Ben Yedder

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