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Culture

Le souffle du Sud

Lors du 13e Printemps de l’art contemporain, l’accent est mis sur des artistes, plasticiens et autres peintres qui tentent, en dépit du contexte de crise sanitaire, de faire vivre l’art. Visite guidée.   

Par Serges David, envoyé spécial à Marseille

Au total, 500 artistes dans 100 expositions, performance ou installations font vivre, du 13 mai au 13 juin, cette treizième édition du Printemps de l’art contemporain.

Dans l’immédiat, à Marseille, après quelques rues serpentées, jouxtant le quartier de la cathédrale la Major, Laurent Lacotte, de Urban Gallery. L’artiste, casquette vissée sur la tête, jean basket, et t-shirt noir, surveille ses créations dans une exposition judicieusement dénommée « Dérives ».

Un travail d’orfèvre où la fiction et l’imagination se rejoignent pour se transformer en réalité. Ses œuvres sont d’un réalisme perfectionné et invitent à la découverte.

Laurent Lacotte

C’est connu, l’art au Sud est caractérisé par le souffle. Qu’on retrouve dans les œuvres de Camille Bernard avec Simon Lahure dans l’exposition Bruisse l’eau, au Sissi club. Tout comme celle d’Anne Bourse et Cécile Bouffard, Ricochette : Le Berceau.

De son côté, la beauté et la majesté des œuvres de Laurent Perbos dans Æsthetically Pleasing, présentées par la galerie Le Cabinet d’Ulysse, n’en finissent pas d’émouvoir. Jouant avec les couleurs chatoyantes et les formes concentriques notamment avec des balles détournées de leur trajectoire, ou parfois carrées, l’artiste crée une atmosphère où se mêlent tour à tour inventivité, créativité et charme. Son atelier est un concentré de « joliesse éclatante ».

La poésie des lieux est à l’image des œuvres qui y sont exposées. L’exposition d’Alice Guittard Échec-Plaisir est d’une douceur frénétique. La Galerie Double V Gallery agit comme un aimant : le travail exposé est d’un naturel flamboyant, d’un ton chantant avec des mots passants. Une pure merveille.

Le 3 bis f est le laboratoire de créations contemporaines de l’art vivant et des arts visuels. C’est un labyrinthe qui s’impose comme un condensé de créativités où s’enchevêtrent différents artistes et différentes temporalités.

L’oreille de Van Gogh

« Au commencement était le verbe. Cette parole avait besoin d’une oreille pour l’écouter. Comme une offrande, Van Gogh nous a offert cette oreille en guise d’oreiller pour contempler l’action du verbe dans les étoiles. Paul Claudel disait « l’œil écoute » ; je pense que l’oreille peut chuchoter aussi. Les mystique musulmans (les soufis nomme la poésie chantée « le Samāa : l’écoute » ». Qui d’autre que l’artiste Yazid Oulab lui-même peut mieux traduire le sentiment que cette œuvre L’écoute, évoque et inspire ? Le ressenti contenu dans son œuvre est prenant : L’exil, la fuite, l’ouverture, l’ineffable et l’indicible.

Pour sa part, dans le calme des calanques de La Ciotat, Juliette Feck s’illustre dans Les Sirènes, sous la protection de l’île verte voisine. Un récital poétique au fil de l’eau ; Juliette Feck, c’est aussi « les recherches sur les changements d’état et la condition des choses dans l’étroite relation qu’elles entretiennent avec l’humain ».

Son œuvre rend hommage à la résilience de l’humanité et son refus d’accepter certaines réalités de l’existence. « Ses vanités se retrouvent en de nouvelles formes, oscillant entre le mystique et le prosaïque, l’éthéré et l’ancré ». La pratique de Juliette Feck a donné lieu à plusieurs expositions collectives et personnelles dont particulièrement La mort des monarques.

Yes We Camp, un lieu éphémère

« Yes We Camp », lieu accueillant, écologique et artistique, situé dans un immeuble de bureaux initialement destiné à la démolition, est fondé par des artistes multiformes. Jusqu’en juin 2022, dans le cadre du projet Buropolis, Yes We Camp, occupera les locaux.

La troupe est un ensemble d’artistes très variés qui apportent à la collectivité leur savoir-faire. Par exemple, ils occupent, sur une durée limitée des sites disponibles, des bâtiments ou des terrains de plein air et les transforme progressivement en des espaces où cohabitent des fonctions et des publics variés : activités artisanales, sociales, maraîchères, artistiques, culturelles et citoyennes.

Tout ceci représente un gain de 5 millions d’euros de recettes dont 28% de subventions. La structure compte 200 artistes (créateurs des arts visuels et sonores ainsi qu’une école de cinéma Kourtrajmé), 75 emplois salariés, 45 CDI, 88 CDD, 31 stagiaires, et 14 services civiques dont des étudiants infirmiers. L’ensemble occupe neuf étages, 10 000 m2 de locaux à bas coûts dédiés à l’art, la culture et la formation, dans le cadre de cette politique d’occupation temporaire.

Depuis 2020, une nouvelle impulsion voit le jour avec La fin des Grands voisins, une « expérience du confinement et toujours de nouvelles idées et propositions d’implications au croisement des univers ».

L’année 2020, est celle de la réflexion, qui a permis la « formulation d’un projet associatif renouvelé » pour 2021. Pour la première fois donc le projet Buropolis fondé par Yes We Camp ouvre ses portes au public, dès le 5 juin.

L’évolution du « gothique »

Même enthousiasme du côté de Jenna Kaës, Bella Hunt & DDC Gothic Revival du Pavillon Southway. Le décor est planté avec le Gotic Revival. Comme l’indiquent les organisateurs, cette exposition convoque toute l’histoire de la contre-culture gothique née au xviiie siècle pour traverser l’histoire jusqu’à nos jours. L’épithète « gothique » a connu toutes les significations, expliquent les organisateurs. « Synonyme de barbare et de grossier sous l’Ancien régime, il devient un mot appelant aussi bien au sentiment de nostalgie qu’aux notions de bizarreries et de sublime et il est aussi parent de l’idée romantique. »

Selon la curatrice Emmanuelle Luciani, Jenna Käes et Bella Hunt & DDC, ainsi qu’elle-même, « ont produit des pièces inédites pour cette exposition ». Elle explique « les compositions de verre et de plomb avec inclusion de cabochons de Jenna Käes sont présentées par diptyque. Elles figurent des décors architecturés et ornementés, combinaisons de formes gothiques et Art nouveau ».

Pour Emmanuelle Luciani, « les œuvres de Gothique Revival, loin d’être inertes et hors du monde, font corps avec lui, l’usage de la céramique, du verre et du stuc convoque la nature et souligne la fascination qu’elle exerce sur les artistes et ne sont pas sans évoquer le romantisme du sublime et la verticalité de Kaspar David Friedrich. Concrétisation de réflexions sur le gothique en tant que forme et mouvement issues de conférences données à l’Esba Moco, Gothic Revival donne à voir une promenade historique ». Qui refuserait une telle promenade ? 

Quant à l’exposition Wabi-Sabi d’Anne-Laure Sacriste, elle est une ode qui milite en faveur de l’art sans filtre. De fait, la peinture occidentale a osé s’aventurer peu dans la représentation du paradis ; qui d’ailleurs semble s’imposer comme « un point aveugle » intouchable. C’est dans ce contexte qu’Anne Laure Sacriste revêt tout son caractère affirmé.

Elle transgresse cet interdit avec ses toiles. Dans « l’imaginaire Sacriste », ne figure nul tabou, nul sacré, car elle défait l’ordre, affronte et provoque. D’ailleurs n’est-elle pas connue pour être l’auteure d’une série de nus du couple originel ? Son travail d’artiste, comme le dit joliment Philippe Artières « ne questionne-t-il pas en permanence l’origine, la teinte des murs de la caverne, la première couleur une fois que la lumière fut ? ».

Un endroit où personne ne meurt jamais

Quoi qu’il en soit, Anne Laure Sacriste entrevoit la peinture telle un environnement et cadre « inatteignables », comme l’écrit Stendhal, tel un espace qu’on ne possède jamais, moins prosaïquement comme « une forme qui se dérobe ». Cela renvoie donc à une certitude. Dans la cosmogonie Sacriste, le spectateur n’entrera pas dans la citadelle quasi-imprenable. Il sera aux abords. Pour contempler. C’est tout le charme de l’imagination de la peintre.  

Chez Laurent Pernot, on entre dans un « endroit où personne ne meurt jamais ». Ses œuvres sont à voir au Musée du pavillon de Vendôme, à Aix-en-Provence, jusqu’au 6 juin. Artiste pluridisciplinaire, Laurent Pernot invite à un dialogue permanent entre « patrimoine et art contemporain » à travers ses œuvres notamment Tenir la main. Pour ses exégètes, Laurent Pernot est avant un artiste « qui pratique toutes les formes d’expression, de la conception d’installations à la production d’images fixes et en mouvements ».

Ils assurent aussi qu’il « expérimente des processus temporels, poétiques, et immersifs », tout en articulant ses productions « autour des notions de visible et d’invisible, du temps et des égarements de la mémoire ». Une telle description de l’artiste donne forcément envie d’en savoir davantage sur son travail, d’autant que lui-même le précise, commentant une de ses créations : « À l’horizon, des aphorismes. Les œuvres réunies à l’occasion de l’exposition Je cherche un endroit où personne ne meurt jamais gravitent autour du temps ».

Enfin, le 3 bis f est le laboratoire de créations contemporaines de l’art vivant et des arts visuels. C’est un labyrinthe situé dans le centre hospitalier psychiatrique Montperrin, qui s’impose comme un condensé de créativités où s’enchevêtrent différents artistes et différentes temporalités. Ces derniers développent des projets dans plusieurs cadres : résidences de recherches, ou créations pour le lieu. C’est précisément à cet endroit qu’on retrouve VOOGT, « Le fruit est dans la graine et la graine est dans le fruit ».

« Le duo d’artistes VOOGT propose une immersion onirique pour se rapprocher de son système organique et « plantuesque » ». Dans le jardin du 3 bis f, Le fruit est dans la graine et la graine est dans le fruit propose de se mettre à la place d’une graine, au point de départ de toute formation », le reste n’est que pure délice pour tous les aficionados de l’art et plus largement de la culture.

SD

QUELQUES ŒUVRES D’ARTISTES

Juliette Feck dans Les Sirènes

 

Tenir la main de Laurent Perrot

Bruisse l’eau, au Sissi club

 

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