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Coopération

Le Japon mise sur la valeur ajoutée

Le Japon mise sur la valeur ajoutée
  • Publiéjuin 30, 2022

Bien qu’ayant consenti 2 milliards de dollars au financement du développement de l’Afrique, le Japon cherche encore sa place sur le continent. L’archipel présentera à la prochaine TICAD une approche par les infrastructures ainsi que sa réponse aux crises, avec l’appui des organismes et pays partenaires.

 

 Par Nicolas Bouchet

Cherchant la formule pour exister en Afrique, le Japon parie sur une valeur ajoutée qui doit lui permettre de faire la différence. Et comme les autres partenaires internationaux, l’archipel de 125 millions d’habitants revoit sa doxa à l’issue de la crise sanitaire face aux pays africains. Il précise de nouveaux soutiens aux besoins nés de la Covid-19 tout en rappelant son rôle dans la santé, l’éducation ou encore le génie civil.

Des 2 milliards $ investis depuis la première TICAD, la coopération japonaise reflète les priorités données à la santé, à l’éducation et aux infrastructures mais aussi aux urgences nées de la situation sécuritaire internationale.

Soucieux de faire connaître sa méthode, le gouvernement japonais organise tous les trois ans la TICAD (Conférence internationale de Tokyo sur le développement africain) qui réunit chefs d’État et de gouvernement, institutions onusiennes et banques publiques de développement. Tenue alternativement au Japon et en Afrique, la 8e TICAD se déroulera en Tunisie les 27 et 28 août et fera suite à l’édition 2019 de Yokohama. Le Japon entend s’appuyer sur des partenariats de premier plan. Cette conférence a fait l’objet d’une conférence dédiée, le 28 juin à Paris.

Yacine Fal, vice-présidente de la BAD

 

Dans un rôle précieux de sponsors et d’intermédiaires lors des TICAD, le PNUD, la Banque mondiale et l’Union africaine viennent à l’appui du message. Yacine Fal, vice-présidente de la BAD, rappelle « le soutien constant du Japon envers le groupe de la BAD et son guichet concessionnel auquel ont accès les économies les plus faibles », avec une contribution de 668,1 milliards de dollars en 2021 pour part des 4,76 milliards $ du FAD (Fonds africain de développement).

À ce titre, elle salue l’adoption par la JICA, la coopération japonaise, du terme « financement du développement » car « l’aide est révolue ». Tant pour la création de chaînes de valeur utiles à la sécurité alimentaire, l’assistance technique au secteur privé ou l’environnement des affaires, « nous arrivons à des opportunités de prêts aussi importantes que les subventions faites jusqu’ici ».

 

Le Génie civil japonais

Pour sa part, la France, que le Japon a identifiée comme un guide des marchés du continent, se joint à cet effort par la voix de l’AFD. Son directeur-adjoint Afrique, François-Xavier Bellocq, voit aussi que « malgré la distance, JICA et AFD sont proches stratégiquement, dans leur vision et leur manière de poser les enjeux ». Il rappelle ainsi : « L’IDFC (International Development Finance Club) est l’autre cadre de dialogue de JICA, que l’AFD préside aujourd’hui. Ce club cherche à mener un dialogue pour aligner l’ensemble des acteurs sur l’accord de Paris et concentre 4 milliards $ d’actifs pour 600 millions $ de financements annuels ».

Junichi Ihara, ambassadeur du Japon en France
Junichi Ihara, ambassadeur du Japon en France

 

Il cite le mémorandum de coopération financière et technique franco-japonaise, qui « a produit des résultats au Cameroun dans les infrastructures routières, au Kenya dans la géothermie et dans la ville durable en Côte d’Ivoire ».

Car, dans les faits, le génie civil japonais a trouvé à s’exporter comme l’illustre le programme d’infrastructures routières, portuaires, et énergétiques « Schéma directeur de développement des trois corridors stratégiques ». Mené notamment au Kenya et au Mozambique pour l’Afrique de l’Est et en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Burkina Faso à l’Ouest, il vise à « relier les principaux centres de population ».

Mohamed Benchaâboun, ambassadeur du Maroc en France
Mohamed Benchaâboun, ambassadeur du Maroc en France

 

Ne voulant pas être en reste face aux effets de la crise sanitaire, le Japon « a fourni 3,2 millions de doses via COVAX, a contribué au renforcement des capacités de vaccination de 36 pays dans un but de “Last mile support” et soutient actuellement la production de vaccins », rappelle l’ambassadeur à Paris, Junichi Ihara. Le pays veut faire de même face aux conséquences pour la sécurité alimentaire du conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Pour cela, outre donner pour thème « la conséquence du conflit pour le prix des céréales et de l’énergie » à la 8e TICAD, le gouvernement japonais annonce « un plan de 200 millions $ pour compenser la hausse des prix et les capacités de stockage et d’exportation des céréales ». Connus des partenaires, ces projets demandent aussi de populariser la relation du pays avec le continent, par des relais diplomatiques forts.

 

Répondre au scandale alimentaire

Dans la relation qui lie le Maroc au Japon, l’ambassadeur à Paris, Mohamed Benchââboun souligne : « La TICAD a eu la sagesse de miser sur les partenariats public-privé pour des projets structurants. » Il en veut pour effet un soutien bienvenu pendant la crise sanitaire à la mise en place au Maroc de la généralisation de la protection sociale et d’une unité de production de vaccins. Pour cause, l’« amélioration de la couverture santé universelle est un des buts de la TICAD ». À l’est du continent, l’Éthiopie témoigne de 20 milliards $ d’investissements faits par le Japon depuis 2019 dans l’éducation, la santé, ainsi que la mobilisation des ressources en direction de secteurs clés. Son ambassadeur en France Henok Teferra, qui dénonce « la déficience et le scandale majeurs qu’est l’absence d’autosuffisance alimentaire », voit dans leur relation « l’opportunité donnée au Japon de participer à la transformation du secteur agricole africain » et de « passer du stade de fournisseurs à celui d’investisseurs ».

Henok Tefera, ambassadeur d'Éthiopie en France
Henok Tefera, ambassadeur d’Éthiopie en France

 

À l’appui de ces tendances, le représentant de JICA en France, Kyosuke Inada, précise le contenu des 2 milliards $ investis depuis la première TICAD. La coopération japonaise reflète les priorités données à la santé, à l’éducation et aux infrastructures mais aussi aux urgences nées de la situation sécuritaire internationale. Le programme rizicole CARD lancé lors de la 4e TICAD, en 2008, « a permis de produire 28 millions de tonnes de riz en 2018 et a pour but d’atteindre une production de 56 millions de tonnes d’ici à 2030 ». En soutien à la dynamique de la Zone africaine de libre-échange, une initiative dite « Poste de contrôle juxtaposé » finance la mise en place de guichets uniques aux frontières pour réduire le coût de l’import-export. Un projet « École pour tous » a vu le jour au Niger et s’étend aujourd’hui à huit pays et 53 000 établissements du primaire et du secondaire. Les start-up ne sont pas oubliées : elles reçoivent depuis 2020 l’appui d’un programme d’accélération sous forme de concours de Business plans qui récompense, en toute cohérence, celles qui offrent des solutions liées aux problèmes sociaux, à la logistique et à la santé.

En haut de page : Kyosuke Inada, représentant du JICA

@NA

 

Écrit par
Nicolas Bouchet

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