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Coopération

L’attractivité menacée des universités françaises

Alors que la guerre de séduction des étudiants étrangers bat son plein entre les pays, la France semble avoir raté le coche. Après sa décision d’augmenter les frais d’inscription, la France ne risque-t-elle pas de voir encore son attractivité reculer ?

Par Syrine Ismaïli-Bastien 

L’attractivité des universités françaises s’affaiblit. Pendant longtemps à la troisième place du classement des pays attirant le plus d’étudiants étrangers derrière les États-Unis et le Royaume-Uni, la France a cédé en 2015, son rang à l’Australie qui accueille 266 000 étudiants contre 235 000 pour la France. 

La perte d’attractivité des universités françaises s’explique tant par le recul constante des moyens attribués au financement de la mobilité des étudiants internationaux que par la lourdeur des procédures d’entrée sur le territoire français.

Bien souvent, les étudiants se heurtent au bon vouloir des consulats. Pour le cas spécifique des étudiants africains, et malgré l’augmentation constante du nombre d’étudiants choisissant la France comme destination, les chiffres dévoilés par Campus France (Mobilité internationale des étudiants africains) montrent que la France perd en proportion (34,6 % des étudiants africains expatriés choisissaient la France en 2004, ils n’étaient plus que 23,3% en 2014).

Face à ce constat, la France devait agir afin d’améliorer l’activité de ses universités, d’autant plus que de nouveaux concurrents arrivent sur la scène. Une grande partie de 

ces nouvelles destinations intéresse tout particulièrement les étudiants africains. En dehors de la mobilité intercontinentale (Maroc, Tunisie, Ghana…), les étudiants sont davantage tournés vers l’Inde, l’Ukraine, l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis.

Ces derniers ont récemment renforcé leur attractivité en développant une offre spécifique de bourses d’études islamiques. De même, la Turquie et la Chine multiplient la création d’instituts culturels et linguistiques dans les pays africains. 

Relever les prix pour augmenter la demande 

Pourtant, la nouvelle stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux dévoilée par le Premier ministre français, Édouard Philippe, le 19 novembre, lors de l’allocution d’ouverture des Rencontres universitaires francophones, ne semble, a priori, pas être la voie vers une meilleure attractivité des universités françaises, du moins en ce qui concerne les étudiants africains. 

En effet, la bataille mondiale de la concurrence en matière d’attractivité d’étudiants étrangers passe inéluctablement par une amélioration des conditions d’accueil des étudiants: dossier de candidature, procédure de visa, obtention de la carte de séjour…

En application de la nouvelle stratégie, les étudiants extra-européens désireux de s’inscrire dans une université française payeront dorénavant le tiers du coût réel de leur formation. Concrètement, les frais d’inscription pour une licence s’élèveront à 2 770 euros au lieu de 170 euros et ceux d’inscription pour un Master à 3 770 euros au lieu de 243 euros. Enfin, les étudiants payeront 3 770 euros pour une inscription en doctorat au lieu de 380 euros. 

Et même si cette augmentation des frais d’inscription permet de tripler le nombre de bourses pour les étudiants les plus démunis, comme l’a promis Édouard Philippe (15 000 bourses sur la période 2019-2027 et 8 000 exonérations de frais de scolarité), elle constituera inévitablement un obstacle à l’obtention du statut d’étudiant pour bon nombre de candidats africains pour qui les nouveaux montants d’inscription à l’université constituent une somme exhorbitante, à laquelle il faudra ajouter tous les frais qu’une mobilité internationale nécessite.

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