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Coopération

Europe-Afrique : clarifier les partenariats financiers

L’Institut Montaigne émet une douzaine de propositions afin de rendre le soutien de l’Europe vers l’Afrique moins coûteux et plus efficace. Ainsi, recommande-t-il un financement plus direct de l’Union européenne vers les entrepreneurs africains, s’affranchissant de l’intermédiaire qu’est l’État.

Par Laurent Soucaille 

Groupe de réflexion d’inspiration libérale, l’Institut Montaigne publie un rapport sur les « partenaires particuliers » que sont l’Europe et l’Afrique, en pleine négociation alors que l’accord de Cotonou, qui régit leurs relations, expire le 29 février 2020.

Tandis que l’Europe avance ses propositions, l’Afrique affine sa stratégie, avec son projet de Zone de libre-échange. Les buts socio-économiques sont connus : dans le respect des ODD (Objectifs de développement durable), « centres de tout partenariat UE-Afrique », les partenaires doivent donner la priorité à la création d’emploi, aux partenariats stables et inclusifs, à «l’invention de nouvelles formes d’industrialisation» autour des chaînes de valeur, etc. 

Le nouveau partenariat entre l’Europe et l’Afrique serait un exemple fort de ce que deux continents pourraient réussir ensemble. Pour les 500 millions d’Européens et plus d’un milliard d’Africains, ni l’Europe ni l’Afrique n’ont intérêt à échouer.

Plus spécifiquement, les auteurs entendent « clarifier le modèle financier de l’Afrique ». En effet, comment s’y retrouver dans « le maquis des financements », entre la PEV (Politique européenne de voisinage) en direction du Maghreb et du Machrek, les ACDC (accords sur le commerce, le développement et la coopération) en direction de l’Afrique du Sud, le FRD (Fonds européen de développement) et ses déclinaisons, etc. ? 

Certes, l’Institut Montaigne salue la volonté de l’Europe, depuis 2017, d’aider davantage le secteur privé, à travers le PIE (Plan d’investissement externe), qui constitue « un changement de paradigme ».

Néanmoins, ne serait-il pas préférable de privilégier l’assistance technique aux simples appuis budgétaires ? D’autant que « l’attribution d’appuis budgétaires et plus marginalement d’aides aux projets, à des États dont la gouvernance peine à se renforcer, fait l’objet de vives critiques », tant en Europe qu’en Afrique. 

Aussi, un recours accru à l’assistance technique ciblée, également en dons, apparaît-il « comme une nécessité pour une amélioration du cadre des affaires, une formation adaptée des interlocuteurs, une meilleure gouvernance, et, puisque c’est également un enjeu pour l’Europe, une influence efficace ». Cette assistance technique devrait être particulièrement orientée vers les PME et ETI africaines. 

Des efforts à poursuivre 

Concrètement, les ressources en subventions devraient, en amont des investissements, « plus systématiquement financer le développement de projets », de préfaisabilité, notamment.

Les experts citent, comme exemple à suivre, la politique de la SFI avec son programme de PPP (partenariats public-privé) dans l’énergie solaire, Scaling Solar. Néanmoins, « il convient de ne pas délaisser l’assistance technique auprès des administrations » et de cibler ce qui constitue, aujourd’hui, un frein à l’investissement.

Comme l’assistance technique auprès des agences dédiées (telle l’Apix au Sénégal). En matière d’harmonisation des législations, « des efforts significatifs ont été faits », mais les PPP notamment, nécessitent une bonne mise en oeuvre et une stabilité des décisions prises ; or, « c’est souvent sur ce point que le bât blesse ».

Une plus forte harmonisation permet à chaque entreprise de viser une taille critique plus rapidement, tandis qu’un pays africain, sauf s’il est parmi les plus grands, ne constitue pas un débouché à lui seul. 

Le groupe de réflexion appelle de ses voeux « une politique d’assistance technique harmonisée à l’échelle européenne » ; laquelle permettrait de démultiplier la puissance financière de l’Union européenne.

Si l’agence allemande GIZ dispose des ressources suffisantes pour déployer ses 2,6 milliards d’euros d’activité, avec plus de 19 000 employés dans 13 000 endroits, ce n’est pas le cas de la plupart des agences techniques bilatérales.

Des ressources supplémentaires à l’assistance technique, dans un contexte d’essor de l’aide multilatérale, permettraient « de déployer plus d’influence, plus d’efficacité, et de suivi pour mesurer l’impact ». Une telle politique passerait par des équipes mixtes Europe-Afrique, « afin d’éviter les biais culturels qui freinent les bonnes pratiques ». 

En ce qui concerne le financement du secteur privé, l’Institut Montaigne souhaiterait « des outils plus agile », face au « fastidieux processus » que doivent parcours les entreprises, ainsi que, d’ailleurs, les organismes de financements eux-mêmes.

Il recommande un accès simplifié aux PME et ETI, en accélérant le PIE. Il souhaite la création de chambres de commerces et d’industrie européennes dans les pays africains, chargées d’animer le dialogue entre entreprises européennes et africaines et de diffuser l’information sur les financements. 

Décentraliser les décisions 

En effet, les financements dédiés au secteur privé sont très européo-centrés et « gagneraient à pouvoir être mobilisés depuis le continent africain ». Pour le PIE, par exemple, Bruxelles demeure le lieu des négociations « alors qu’une meilleure décentralisation faciliterait la prise en compte des réalités du terrain ».

Il a fallu six ans de discussions avec les Européenspour « tenter » de construire le train qui relie Djibouti à Addis-Abeba, tandis que la Chine a mis deux ans à poser les rails et faire rouler un train, aux termes d’un marché et d’un cahier des charges « opaques », il est vrai. 

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