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Coopération

Burkina Faso : Promesses chinoises

Le Burkina Faso, qui avait rompu avec la Chine en 1994 au profit de Taïwan, a décidé de renouer avec le géant asiatique, espérant tirer grandement profit de sa puissance économique. De nombreux secteurs d’activité devraient bénéficier d’un nouveau soutien.

Ouagadougou, Tiégo Tiemtoré

Déjà, des experts chinois effectuent des missions pour évaluer les projets taïwanais et examiner secteur par secteur, les besoins du Burkina Faso. De son côté, l’ABI (Agence burkinabè des investissements) a cogité sur des dossiers à présenter aux Chinois en relation avec les ministères sectoriels.

La santé, les infrastructures, l’énergie, les mines, les TIC, l’éducation, l’agriculture, l’immobilier et la sécurité sont identifiés comme des domaines prioritaires.

La Chine s’est engagée à reprendre les 28 projets de coopération que menait Taïwan (302 milliards de F.CFA sur la durée de la coopération, soit 460 millions d’euros) avec le Burkina Faso. Les experts des deux pays étudient les contours de l’accord-cadre général qui doit régir leur coopération.

Taïwan avait accompli de grands progrès et la Chine est naturellement attendue pour dynamiser l’agriculture. Le PNDES (Programme national de développement économique et social) fait la part belle au secteur agricole où les défis sont immenses. Le secteur occupe environ 86 % de la population active, assure près de 80 % des exportations et contribue à la formation du PIB à hauteur de 35 %.

Le ministère de l’agriculture veut mobiliser des investisseurs autour d’une dizaine de projets structurants du secteur rural agro-sylvo-pastoral, pour un coût total évalué à 810,6 milliards de F.CFA (1,24 milliard d’euros), dont l’aménagement de 35 000 ha de bas-fonds, la réhabilitation de 3 818 hectares de périmètres irrigués, la création d’une Centrale d’approvisionnement des intrants et matériels agricoles (CAIMA), la création d’usine de fabrication de tracteurs et de production d’engrais minéraux à base de phosphate naturel, etc.

Un fort potentiel

La Chine veut apporter de grands changements dans les aménagements en vue de contribuer à l’autosuffisance alimentaire. On évalue à 9 millions d’hectares la superficie des terres à potentialités agricole, dont seulement un tiers est exploité annuellement. Sur une superficie estimée à 500 000 hectares de bas-fonds aménageables et 233 500 hectares de terres irrigables, respectivement 12 % et 20 % de ces surfaces ont été aménagés.

Les autorités politiques, qui ont fait de la culture rizicole une de leurs priorités, ont déjà engagé d’importants moyens pour développer la production ; elles attendent de la Chine un appui pour réduire les importations. Malgré un potentiel en terres rizicole de plus de 800 000 ha, le pays exploite moins de 10 % des terres destinées à cette culture.

Au cours de ces dernières années, la production du riz a considérablement augmenté passant de 89 000 tonnes en 1998 à plus de 305 000 tonnes en 2017, pour des besoins nationaux estimés à environ 700 000 tonnes. Selon le ministère de l’agriculture, la demande en riz est toujours importante et s’accroît à un rythme de 4,6 % par an.

Et demain ?

Pour la réalisation du chemin de fer Accra-Ouaga, China Railways Dongfang, Power China Lmt, PowerChina, China Railways construction et China Exim Bank, qui avaient déposé leurs dossiers bien avant la reprise des relations sino-burkinabé, ont été retenus parmi les entreprises préqualifiées. Le choix définitif sera pris par le comité d’experts des deux pays, d’ici le début de 2019. Dans le domaine des TIC, la société Haier a entrepris des démarches au Burkina Faso, proposant des unités de montage d’appareils informatiques, électroniques et électroménagers.

Dans le droit fil de la reprise des relations entre les deux pays et la réouverture d’ambassades respectives, les réseaux d’affaires s’activent. L’État, en partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie et l’association des Amis de la République populaire de Chine au Burkina Faso, créée en mai 2016, projette l’organisation de foires commerciales, la réception d’hommes d’affaires chinois et une expédition d’hommes d’affaires burkinabè en Chine. La Chine est parmi les premiers fournisseurs du Burkina Faso, et le coton burkinabé est essentiellement exporté en Chine (plus de 60%).

Les entreprises chinoises convoitent les grands projets d’infrastructures, dans le rail, le manganèse, les constructions aéroportuaires, la transformation de coton, les routes…

Les échanges commerciaux entre les deux pays ont progressé, en dépit de l’absence de relations diplomatiques. Le volume des importations de produits chinois (motocycles, voitures automobiles, tracteurs, électroménager) est passé en quelques années de 142 millions de tonnes à plus de 450 millions de tonnes, en 2017. Les entreprises chinoises convoitent les grands projets d’infrastructures : rail Ouaga-Accra, le manganèse de Tambao, la construction de la plate-forme aéroportuaire de Donsin, le prolongement du chemin de fer Kaya-frontière nigérienne, la partie burkinabè (près de 600 km) de l’autoroute Ouaga- Yamoussoukro, les usines de transformation du coton (le coton burkinabé est à plus de 60 %, exporté en Chine). Ainsi, les entreprises telles que China Airport Corp. China Camc Engineering, China Railway Construction Corp, China Machinery Engineering Corp, Yuanda investment ont déjà prospecté le marché burkinabé. 

ENCADRE

Les défis miniers de Roch Kaboré

Le Burkina Faso compte énormément sur la Chine pour donner un coup de fouet au secteur minier. Dans le souci de diversifier son potentiel minier, le gouvernement a élaboré un contrat-plan de diversification porté par le Bureau des mines et de la géologie (Bumigeb). Aussi, le ministère en charge des mines veut mettre les bouchées doubles pour attirer des investisseurs chinois et leur présenter les projets dans la prospection aurifère, de l’uranium et la construction de la raffinerie d’or.

La cartographie aérienne conduite en 2016 et 2017 a permis d’établir des cartes de zones identifiées comme des sites renfermant une forte teneur en minerais. Il a ainsi été identifié des traces d’uranium au nord-est, au nord-ouest, dans le Sahel et des indices d’hydrocarbures à l’ouest ainsi qu’au nord.

Courant 2019, le pays adoptera un Code pétrolier, car le code minier adopté en 2015 excluait les hydrocarbures de son champ application. Une fois ce texte adopté, le gouvernement pourrait octroyer des permis de recherches à d’éventuels investisseurs intéressés par des activités de recherches sur les hydrocarbures liquides et gazeux.

De plus, l’exploitation du site de manganèse de Tambao (au Nord) est dans la ligne de mire des chinois, après le retrait du permis au franco-roumain Frank Timis. Le gouvernement burkinabé est à la recherche d’un nouveau partenaire pour exploiter ledit gisement. Considérée comme l’une des plus grandes réserves de manganèse au monde, Tambao hébergerait plus de 100 millions de tonnes de minerai et devrait produire annuellement 3 millions de tonnes.

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