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Construction

Développement : L’urbanisation n’est pas un mal

Du mieux dans les campagnes

Songeons que la valeur brute de l’agriculture africaine a été multipliée par 5 entre 1990 et 2013, soit une croissance moyenne supérieure à 20 % par an ! Si les infrastructures urbaines laissent beaucoup à désirer, les routes rurales, elles, ont bénéficié de nombreux programmes au cours du siècle dernier. Ce qui a permis aux paysans d’acheminer leur production vers les grandes villes et les a encouragés à produire plus.

Même des citadins s’y sont mis : à Bamako par exemple, des fonctionnaires ont produit des fruits et du petit élevage pour améliorer leur quotidien. Au Burkina Faso d’abord, puis en Côte d’Ivoire, puis un peu partout, des urbains aisés ont financé le démarrage de l’agro-industrie. Et le monde rural a évolué lui aussi, à commencer par la disparition presque totale aujourd’hui de l’élevage de transhumance où la richesse se comptait en nombre de bêtes possédées et donc jamais vendues.

Des cultures maraîchères du Fouta Djalon à l’arrivée de succursales de banques agricoles dans les campagnes et à un début de plus en plus visible de mécanisation, l’évolution est indéniable et est loin d’être terminée : même le milliardaire nigérian du ciment, Aliko Dangote, vient de décider d’investir massivement dans l’agro-industrie. En sachant que même quatre fois plus nombreux qu’en 1960, les paysans africains n’utilisent même pas le tiers des superficies cultivables en Afrique (voir graphique 2).

L’Afrique étant encore un continent rural, on voit donc que l’affolement n’est pas le même au sud de la Méditerranée. D’autant que l’immense majorité des économistes sérieux soutient la thèse que la productivité dans les villes augmente avec leur taille. Sans même parler des récents travaux américains sur la question, démontrant que les mégalopoles prenaient le relais des États défaillants (Bruce Katz, The Metropolitan Revolution, 2013, et Benjamin Barber, If Mayors Ruled the World. Dysfunctional Nations, Rising Cities, 2013), de nombreux auteurs ont prouvé la relation entre productivité et taille des villes.

Récemment, Pierre-Philippe Combes et Laurent Gobillon ont montré qu’en doublant de taille, une ville gagnait entre 1 % et 5 % de gain de productivité (The Empirics of Agglomeration Economies). Ce que d’autres auteurs ont expliqué par les réseaux créés par ces villes, réseaux croissant avec leur taille. On voit bien par exemple que les grandes villes françaises de taille européenne entretiennent des relations directes avec leurs homologues étrangères, relations toujours accompagnées de liens commerciaux et touristiques.

Kinshasa, exemple africain cette fois-ci, fut avant guerre le centre incontesté des arts bantous alors que la capitale zimbabwéenne, Harare, pourtant berceau de cette culture, n’y arriva jamais. Que serait le Gabon sans Libreville et la Côte d’Ivoire sans Abidjan ?

L’indéniable problème des infrastructures

En fait, seuls les écologistes européens s’élèvent contre les grandes villes et, bien sûr, contre les métropoles africaines. Ils en sont restés aux « travaux » du professeur René Dumont, L’Afrique est mal partie, préconisant le maintien forcé en brousse des ruraux africains. Les guillemets à « travaux » s’expliquent : il fut expulsé manu militari de Tanzanie par Julius Nyerere du fait des conséquences monstrueuses de ses « essais » ; émeutes, effondrement de la productivité du fait de l’émigration des ruraux ainsi maltraités et, finalement, mise en cause politique du président tanzanien. C’est à la suite de cette expulsion brutale que René Dumont écrivit son pamphlet en fait vengeur, mais plaisant à beaucoup de Français majoritairement arrogants vis-à-vis des Africains.

Reste l’indéniable problème des infrastructures, à commencer par les logements. Il s’agit là d’initiatives privées en grande partie, incitées en général par des plans de développement urbain. On peut dire que « c’est lancé », aujourd’hui avec une guerre du ciment qui fait rage en Afrique depuis que les Allemands, les Chinois et le groupe nigérian Dangote se sont mis à concurrencer Lafarge-Holcim.

Les nouveaux venus investissent par milliards de dollars pour fournir les industriels locaux du bâtiment qui travaillent continuellement. Mais il s’agit pour la plupart de logement pour les classes moyennes en création. Il manque encore de grands plans, cette fois-ci publics, de logements sociaux pour remplacer les traditionnels logements couverts de tôle ondulée.

Les grandes villes africaines ont aussi généré des zones périurbaines immenses où les terrains sont nettement plus accessibles à la fois juridiquement et financièrement. Des pays ont commencé, notamment l’Angola qui dispose de ses importantes recettes pétrolières. Car c’est…

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