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Construction

Areva gèle le site d’Imouraren

El Hadj Tambari, représentant du personnel au comité Santé sécurité du travail à Imouraren, a 12 ans de plus qu’Oumar. Il est déçu. En colère. Pour lui, les emprunts consentis par les banques aux agents vont rapidement absorber les neuf mois de salaire, en moyenne, d’indemnités versées par Areva. Son regret principal, c’est que les agents licenciés ont abandonné leurs études pour être recrutés et qu’ils ne retourneront sans doute pas à l’école, ayant, dans l’intervalle, fondé des familles. « Ces agents étaient pour la plupart issus de familles nomades », dans la mesure où Areva cherchait à recruter prioritairement dans la région Nord. Que vont-ils devenir ? « Les engins que nous utilisons à Imouraren, ils n’existent nulle part ailleurs au Niger, sauf dans les deux autres sociétés du groupe qui sont elles-mêmes en difficulté et ne recrutent pas. » El Hadj Tambari aurait voulu qu’Areva aille plus loin dans le projet de reconversion de ses agents. Une certaine confusion règne d’ailleurs à Agadez sur l’effectivité des licenciements. Beaucoup d’agents jugent que l’inspection du travail a refusé le plan ou que des négociations se poursuivent, sous l’égide du ministre des Mines du Niger. Mais Areva affirme officiellement, par la voix de ses directeurs à Niamey, que le plan a été validé par l’inspection du travail d’Arlit, qu’il est opérationnel depuis le 31 janvier et que les discussions en cours avec les actionnaires ne concernent qu’une éventuelle prime de fi n de chantier.

Chez Areva, on défend un plan social de qualité : indemnités doublées par rapport à ce que prévoit la réglementation, aides à la formation, plafonnées à 1 million de F.CFA par agent (1 500 euros) et à la création d’entreprises. Areva affirme que les salariés, qui ont été formés à prix d’or, seront réembauchés en priorité quand le projet sera relancé. Mais aucune date n’a été fixée. Environ 70 réacteurs sont actuellement en cours de construction dans le monde. Ils auront besoin de combustible lorsqu’ils seront opérationnels. Le groupe nucléaire veut croire en une augmentation de 35 % de la demande d’uranium à l’horizon 2025. Depuis août 2014, date de la décision de geler Imouraren, et jusqu’en décembre, 70 % des personnels sont restés chez eux en stand-by, rémunérés. Les négociations ont eu lieu du 2 au 29 janvier, conduisant par la suite au versement d’indemnités. Sur les 224 personnes salariées d’Imouraren, 189 ont été licenciées, tandis que les autres étaient reclassées. La plupart des sous-traitants ont été remerciés, sauf les agents de sécurité de Sage, toujours déployés sur le site gardé par l’armée. Le site sera mis en cocon et complètement fermé le 31 mai.

Sur ce site immense et désormais fantomatique, une grande arche a été construite, pour mettre à l’abri les très grands engins non transportables. C’est une très grande déception évidemment, pour Areva mais aussi pour le Niger, qui comptait sur les nouvelles retombées fiscales de l’uranium. Mis en évidence depuis 1966 par le CEA (Commissariat à l’énergie atomique), le gisement d’Imouraren tarde décidément à entrer en production. Faute à l’insécurité d’abord, après les enlèvements de sept agents d’Areva et de la Satom à Arlit en septembre 2010, un an après la pose de la première pierre. Fukushima, ensuite, aurait-elle donné le coup de grâce ? Areva affirme que non et réitère sa volonté d’exploiter un jour « une grande et belle mine ». Le groupe « ne souhaite pas partir. C’est un gisement important. Dès que les cours repartiront à la hausse, le chantier reprendra », affirme un directeur d’Areva au Niger. Actionnaire d’Imouraren, l’État compte aussi sur le projet. Reste que tout le secteur nigérien de l’uranium semble affecté par la crise. Les deux autres mines d’Areva, Somaïr et Cominak, enregistrent toutes les deux des pertes en 2014, suite à l’application du Code minier de 2006, prévu par l’accord-cadre de partenariat. À Somaïr, des contrats de sous-traitants ont déjà été suspendus dans le cadre d’une politique de réduction des coûts. 

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