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Politique

Congo : Difficile retour à la normale dans le Pool

Plus de six mois après la signature, en décembre 2017, d’un accord de cessez-le-feu entre les partisans du chef rebelle Frédéric Bintsamou, dit « Pasteur Ntumi », et le gouvernement, la méfiance règne toujours entre les deux camps.

Par J.J Arthur Malu-Malu

Si de timides pas ont été effectués dans la bonne direction au Congo, il n’en reste pas moins que le chemin à parcourir pour rétablir un semblant de normalité dans le département du Pool, théâtre d’affrontements entre les rebelles Ninja et les forces gouvernementales, est encore long et parsemé d’embûches.

Cela tient d’abord à la personnalité de Ntumi. « Ntumi » signifie « Envoyé » en langue lari, la plus parlée dans ce département du Sud, considéré comme un bastion de la résistance au pouvoir. Cet homme mystérieux, mi-gourou, mi-politicien, reconnaissable par sa tignasse et rusé comme un Sioux, vit en clandestinité.

Pasteur Ntumi, à qui la rumeur prête des pouvoirs surnaturels, avait déjà pris les armes contre les forces fidèles à Denis Sassou NGuesso dans les années 1990. Le chef de milice affirmait avoir eu une révélation divine pour « libérer le Pool » avant de conclure un accord avec le Président, aux termes duquel il avait été nommé « délégué général chargé de la paix et de la réparation des séquelles de guerre » en 2007. Une sinécure, d’après ses détracteurs. Mais Pasteur Ntumi, qui se méfie même de sa propre ombre, se sentait à l’étroit dans ses bureaux de Brazzaville, restés inoccupés jusqu’à son limogeage en 2016, peu après la reprise de la guerre dans le Pool.

La récente résurgence des violences dans ce département est intervenue après la réélection, sur fond de controverse, du président Denis Sassou NGuesso, en mars 2016. Pasteur Ntumi, qui avait apporté son soutien au candidat Guy-Brice Parfait Kolelas, a refusé de reconnaître cette victoire, au motif que le scrutin avait été truqué au profit de celui qui cumule près de 35 ans à la tête de l’État.

La rumeur qui traverse régulièrement Brazzaville, de part en part, lui prête de brefs séjours dans des villages différents, difficiles d’accès, en compagnie de sa garde rapprochée, composée d’une vingtaine de personnes. La même rumeur croyait l’avoir vu de l’autre côté du fleuve, en RD Congo, au plus fort des opérations menées par l’armée pour le débusquer. La battue n’a rien donné. Et l’homme n’a toujours pas fait d’apparition publique, même s’il lui arrive de s’exprimer depuis sa cachette, au travers de communiqués.

Les armes se sont tues

Malgré tout, les représentants des Ninja et du gouvernement se réunissent à intervalles réguliers pour faire le point. L’évolution du processus est lente et incertaine, mais les deux camps rivaux évitent de verser dans la surenchère, pour ne pas envenimer la situation.

En guise d’actes de bonne volonté, le pouvoir a procédé à la libération de plus de 80 Ninja. Ces ex-rebelles et d’autres combattants s’apprêtent à intégrer un…

Si certains demandent des comptes à Pasteur Ntumi et aux rebelles, d’autres appellent à la Réconciliation nationale, pour tourner la page dans un pays qui connaît des violences cycliques depuis des années. 1960.

… programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) qui marquera le début d’une nouvelle phase du processus. Des fonds (environ 1,5 milliard de F.CFA) auraient été mobilisés pour la mise en oeuvre de ce programme DDR plombée par des lourdeurs bureaucratiques.

Avant l’éclatement de la guerre, des analystes estimaient à « moins de 5 000 » le nombre de combattants fidèles à Ntumi. Difficile de chiffrer ce qu’il en reste aujourd’hui après ce conflit asymétrique qui ne s’est pas soldé par la victoire militaire de l’une des deux parties.

Les armes se sont tues. Une accalmie précaire règne dans le département. Les bombardements sans relâche opérés par l’aviation gouvernementale ont cessé. Le dispositif mis en place par les stratèges militaires lorsque le conflit avait atteint son paroxysme a été considérablement assoupli et, par endroits, levé. Mais la vie tarde à reprendre son cours normal. Et le pays reste divisé sur le bien-fondé de ce fragile accord de cessez-le-feu.

Les uns s’étonnent de la différence de traitement entre le chef de milice et d’autres figures de l’opposition telles que le général Jean-Marie Michel Mokoko, Okombi Salissa et Paulin Makaya qui ont été jugés et – pour les deux premiers

cités – condamnés. Estimant, à tort ou à raison, que Brazzaville n’a pas fait grand-chose pour juger, même en son absence, Pasteur Ntumi, ils soupçonnent le chef rebelle d’avoir conclu un pacte secret avec le président Denis Sassou NGuesso. Ces sceptiques s’attendent à voir le leader des Ninja répondre, devant les juges, des charges retenues contre lui et s’opposent à la levée du mandat d’arrêt à son encontre pour « attaques terroristes ».

Les autres, sans doute la minorité, soutiennent l’accord de cessez-le-feu et le retrait du mandat d’arrêt, arguant que le Congo est sorti affaibli d’un processus électoral qui a exacerbé les tensions ethniques entre le Nord et le Sud. Ils soulignent la nécessité de privilégier la réconciliation nationale et de panser les plaies, pour tourner la page de la guerre dans un pays qui connaît des violences cycliques depuis son accession à l’indépendance en 1960.

Retour impossible des déplacés

La levée de ce mandat d’arrêt a été préconisée par la commission ad hoc mise en place après la signature de l’accord, pour décrisper l’atmosphère en vue de la poursuite, dans la sérénité, du processus de normalisation engagé dans le département meurtri du Pool. Cette commission paritaire, dirigée par le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, Raymond Mboulou, n’a pas obtenu gain de cause sur ce point.

D’autre part, des ténors de l’opposition ont demandé la constitution d’un fonds d’indemnisation des victimes de la guerre. Mais ils semblent avoir prêché dans le désert, car réunir d’un tel fonds n’est pas envisagée par le gouvernement qui doit faire face à une crise économique aiguë.

La majorité des 140 000 personnes déplacées par ces affrontements n’est pas retournée chez elle. Certaines localités ont été carrément détruites lors de combats. Les districts de Vindza, Mayama, Kindamba et Mbanza-Ndounga, particulièrement affectés par les combats, affichent un visage sinistre. L’activité économique, ou ce qu’il en reste, tourne au ralenti. L’avenir est d’autant plus incertain que des pans entiers des champs des villageois qui ont pour principale activité l’agriculture ont été dévastés par des obus et de vastes mouvements de populations. Les agriculteurs, découragés, guettent les moindres signes d’un semblant de reprise.

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