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Politique

Congo avant la présidentielle

Le compte à rebours a commencé au Congo -Brazzaville où les électeurs se rendent aux urnes le 20 mars pour choisir leur prochain Président. Qui pourrait bien ressembler au précédent…

Denis Sassou N’Guesso, aux commandes du pays de 1979 à 1992 et depuis 1997, a été officiellement désigné fin janvier pour défendre les couleurs du Parti congolais du travail (PCT) et de ses alliés. Le voilà candidat à sa propre succession. Le camp présidentiel semble en ordre de bataille et fait preuve d’une solidarité à toute épreuve derrière son champion. Il aura fallu une nouvelle Constitution pour ouvrir la voie à cette candidature. Adoptée en 2002, l’ancienne Constitution limitait à deux le nombre de mandats présidentiels et fixait à 70 ans la limite d’âge pour les prétendants à la magistrature suprême. En vertu de ce texte désormais caduc, Sassou N’Guesso n’était plus éligible. Le nouveau texte adopté par référendum, sur fond de tension, en octobre 2015, a permis de faire sauter ces verrous. Les principaux dirigeants de l’opposition avaient vainement appelé au boycott de cette consultation dont ils contestent le résultat : le « oui » avait recueilli plus de 94 % des suffrages.

La voie est dégagée

La tension est retombée dans le pays. Pour combien de temps ? Toutes les conditions semblent désormais réunies pour que Denis Sassou N’Guesso, aujourd’hui âgé de 72 ans, renouvelle son bail à la présidence, face à une opposition en mauvaise posture. Cinq candidats sont en lice : Joseph Kignoumbi Kia Mboungou (La Chaîne), Pascal Tsaty Mabiala (UPADS), Anguios Nganguia Engambé (Parti pour la République Mâ), André Okombi Salissa (Initiative pour la Démocratie au Congo) et Michel Mboussi Ngouari (Convention des Partis républicains). Anguios Nganguia Engambé et Joseph Kignoumbi Kia Mboungou avaient déjà été des candidats malheureux dans le passé. L’opposition, en proie à des dissensions internes, ira à la présidentielle en ordre dispersé. Ses principaux dirigeants n’ont pas su mettre de côté leurs ambitions pour s’accorder sur une candidature unique. Laquelle aurait eu le mérite d’éviter une dispersion des voix qui profitera au candidat de la majorité au pouvoir. Tout semble avoir été mis en oeuvre pour que la présidentielle ait lieu dans un climat apaisé. Des initiatives en ce sens se multiplient pour appeler les électeurs à utiliser leur bulletin dans l’urne pour récompenser ou sanctionner, au lieu de recourir à la kalachnikov comme mode d’expression. Les partisans du chef de l’État mettent en avant la nécessité de consolider la paix chèrement acquise après la guerre civile des années 1990, à l’issue de laquelle Sassou N’Guesso a repris le pouvoir. Ils mettent à son crédit non seulement le rétablissement de la paix, mais aussi les réalisations économiques de ces dernières années.

D’incontestables avancées économiques

Il est vrai que les grandes villes du Congo changent peu à peu : des bâti- ments modernes sortent de terre ici et là, des routes et des ponts sont construits, des villages sont électrifi és et des popula- tions rurales ont de plus en plus accès à l’eau potable, grâce au programme « Eau pour tous», engagé par le gouvernement et exécuté par la filiale congolaise du groupe brésilien Asperbras. « Le Congo a besoin d’un homme de compromis, de paix, de stabilité, de progrès social et connaisseur des dossiers internationaux », considère John William Bongho, le président de la plateforme de la société civile Le Congo d’abord, favorable au Président sortant. L’opposition, pour sa part, reconnaît du bout des lèvres que des avancées économiques, timides à ses yeux, ont été réalisées. Elle estime cependant que le Congo aurait pu mieux faire en diversifiant son économie, encore tributaire des exportations de pétrole. Les recettes de l’État, remarque-t-elle, sont en chute libre en raison de la dégringolade des cours du brut. Elle déplore le fait que les autorités congolaises n’aient pas vu venir cette crise qui affecte les finances publiques. Les détracteurs de Sassou N’Guesso se plaignent également de ce qu’ils appellent une confiscation du pouvoir par un seul clan et soutiennent que l’alternance est nécessaire. Ils affirment que la liberté d’expression est menacée et condamnent la détention de Paulin Makaya, le leader des Forces républicaines et démocratiques, qui avait appelé à la désobéissance civile pour s’opposer au référendum constitutionnel.

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