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Climat des affaires

Tunisie : Le commerce illicite grève la croissance

Le secteur informel représente 35 % du PIB de la Tunisie. Il s’agit d’un manque à gagner important qui met à mal l’économie et impacte négativement son attractivité. Les réponses politiques se font attendre.

Tunis, Inès Oueslati

La Tunisie se situe à la 53e place du classement réalisé par l’Alliance transnationale pour la lutte contre le commerce illicite (TRACIT), classement répertoriant les pays selon l’indice évaluant la capacité de 84 pays à se prémunir du commerce illicite.

Elle fait partie, à ce titre, des pays où l’informel occupe une proportion importante. Il ressort aussi de la même étude que 1,1 million de personnes en Tunisie auraient une activité professionnelle qui échapperait au contrôle de l’État et qu’en Tunisie, 30 % des produits de consommation proviennent de l’informel.

Essor du trafic frontalier

Par exemple, la contrebande du tabac représente 38 % des dépenses annuelles en cigarettes en Tunisie. La perte, d’un point de vue fiscal, avoisinerait 177 millions de dollars par an.

Aux origines de l’informel, figurent des raisons macroéconomiques spécifiques. Ainsi, la morosité économique a empêché de générer une activité attractive, susceptible d’englober les réseaux commerciaux, lesquels demeurent à la marge du formel. Les réformes, dans ce cadre, sont jugées insuffisantes.

Pour Robert Blotevogel, représentant du FMI en Tunisie, « la priorité est d’assurer que la situation macroéconomique reste stable. Ceci permettra d’attaquer les problèmes plus structurels afin de rendre le modèle tunisien plus inclusif pour ceux qui, pour le moment, n’ont pas réussi à s’insérer dans le système ». Et de préciser son rôle : « Notre expertise n’est pas de mettre en place des outils coercitifs contre l’informel, nous travaillons pour que le formel marche mieux. »

À cet effort partagé par les autres partenaires de la Tunisie, s’ajoute la lutte contre la corruption. Celle-ci est un moyen utilisé pour contourner les transactions commerciales classiques, les procédures administratives, les taxations, le contrôle douanier… Selon un sondage, 65 % des Tunisiens estiment que ce fléau est en augmentation.

En mai 2017, Youssef Chahed, a déclaré la guerre à la corruption et en a fait le moyen de lutte choisi pour contrer l’informel. Une volonté politique qui aurait permis d’identifier les barons de ce secteur et de procéder à des arrestations clés.

Or, « dans les pays où la perception de la corruption est importante, il est difficile de générer une croissance qui touche toute la population. Dans cette approche, le FMI s’est donné l’objectif d’aider la Tunisie à mettre en place les institutions qui aident le gouvernement à combattre la corruption. C’est notre plaidoyer depuis des années », commente le représentant du FMI en Tunisie.

La Tunisie, pays en transition politique depuis la révolution, et la Libye, pays instable depuis la chute de Kadhafi, entretiennent une relation commerciale des plus ambiguës ; les postes frontaliers de Ras Djedir et de Dhehiba Wazen sont les points de passage de la plupart des transactions illégales. Un phénomène d’échanges illicites renforcé par les grandes différences de prix entre pays limitrophes. Le plus souvent, les subventions de l’État créent un écart entre les prix qui favorisent ces trafics transfrontaliers.

L’État réagit

C’est le cas du carburant libyen qui bénéficie de subventions, lesquels en font un produit demandé en Tunisie, compte tenu de son bas prix. En effet, selon la Banque mondiale, le carburant importé de Libye représente 17 % de la consommation des Tunisiens. Du côté libyen, on affirme que le carburant libyen couvre 40 % des besoins tunisiens et que la perte que les achats hors marché occasionnent pour la Libye avoisine le milliard de dollars.

Dans l’échange informel de produits subventionnés, les États concernés perdent doublement : en payant pour des subventions qui ne profitent pas à ceux auxquels elles se destinent et en perdant ce qui devait leur revenir en taxes.

L’informel prolifère en Tunisie, en l’absence d’accords de voisinage relatifs aux tarifs de certains produits. Une collaboration plus accrue sur le plan commercial avec la Libye et l’Algérie serait susceptible, d’après les experts, de dynamiser les échanges formels et de réduire le marché parallèle.

Depuis mai 2017, le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed, a déclaré la guerre à la corruption et en a fait le moyen de lutte choisi pour contrer l’informel.

Une volonté politique qui aurait permis d’identifier les barons de ce secteur et de procéder à des arrestations clés. D’après des sources douanières, cette politique aurait permis de générer un bénéfice de plus de 1 milliard de dinars pour les caisses de l’État. Une somme provenant des amendes et des saisies gérées par la douane tunisienne.

Toutefois, la société civile continue de critiquer la timidité de la volonté politique et la fragilité de la capacité de contrôle. L’effort étant concentré, d’un côté, sur les enjeux politiques et de l’autre, sur l’aspect sécuritaire, la situation ne peut que profiter à la prolifération du commerce illicite, en l’absence de démarches multisectorielles et interministérielles bien étudiées.

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