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Climat des affaires

Sénégal : Le PSE en mode Fast Track

Suppression du poste de Premier ministre, éclatement du ministère de l’Économie et des finances… À l’entame de son second mandat, qui coïncide avec la deuxième phase du Plan Sénégal émergent, Macky Sall veut réduire les goulots d’étranglements dans l’administration.

Dakar, Seydou Ka

Fast Track. Ce terme anglais, que l’on peut traduire par « voie rapide », est devenu le maître-mot du début de second mandat de Macky Sall. Il s’agit, pour le Président, d’inciter son équipe à la performance et à la précision dans l’action gouvernementale.

Une volonté qui se reflète dans la composition du nouveau gouvernement dont les deux faits marquants ont été la suppression du poste de Premier ministre et l’éclatement du super-ministère de l’Économie, des finances et du plan.

Ce département est désormais scindé en deux entités : le ministère de l’Économie, du plan et de la coopération, confié à Amadou Hott, ancien de la BAD, et le ministère des Finances et du budget, dirigé par Abdoulaye Daouda Diallo. 

Si certains commentateurs ou politologues ont vu à travers ces réformes une volonté du président Sall, qui ne peut pas se représenter en 2024, d’éviter que la bataille de succession ne parasite l’action gouvernementale, les économistes considèrent que cette réorganisation administrative et institutionnelle obéit d’abord à un souci d’efficacité.

« Elle vise à rendre plus efficace et plus précise l’action économique de l’État », explique Elhadji Mounirou Ndiaye, enseignant à l’université de Thiès, qui note « une certaine cohérence » dans l’articulation et la répartition des compétences entre ministères.

Le chef de l’État veut montrer ainsi qu’il n’est pas dans l’immobilisme et qu’il a tiré les leçons de la faible transformation structurelle de l’économie sénégalaise, malgré la forte croissance enregistrée ces quatre dernières années (entre 6 % et 7 %, chaque année).

L’une des réformes phare vise une amélioration des services aux usagers de l’administration avec notamment la simplification des procédures et la dématérialisation des formalités administratives. Le Président de la République va gérer lui-même, sans Premier ministre, les dossiers importants.

Selon Abou Kane, professeur d’économie à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, cet éclatement pourrait permettre au titulaire du portefeuille de l’Économie et du plan de mieux se concentrer sur les réformes structurelles qui s’imposent, en vue de donner plus de place au secteur privé dans l’économie, laissant le soin à son homologue des Finances et du budget la mobilisation des ressources. 

Une scission « cohérente » 

D’après Elhadji Mounirou Ndiaye, cette nouvelle configuration en deux ministères pleins permettra une meilleure mise en oeuvre des réformes budgétaires notamment la réforme budget-programmes dans laquelle le Sénégal est un peu à la traîne.

Désormais, le ministère de l’Économie, du plan et de la coopération va se concentrer sur les aspects prépondérants de la planification, de la définition des orientations économiques, budgétaires et financières suprêmes, ainsi que des rapports avec les partenaires techniques et financiers.

Il est parfaitement cohérent d’avoir un ministère des Finances et du budget où doivent se passer en même temps la constitution des recettes et l’exécution des dépenses publiques, suivant un schéma de coordination avec le ministère de l’Économie et du plan », note Elhadji Mounirou Ndiaye.

Selon l’économiste, un tel schéma permettra de réduire les tensions budgétaires et autres décalages dans les phases de règlements. Cette architecture va également reposer sur une sorte « d’encadrement technique», a priori, du ministère de l’Économie, du plan et de la coopération, de tout le système de l’économie, du budget et des finances.

Celui-ci aura comme principale tâche de mettre en place un environnement favorable au développement économique. Toutefois, relativise Abou Kane, dans un pays comme le Sénégal, où l’informel occupe encore une part importante de l’économie et où les entreprises sont très vulnérables, cette séparation sera « plus difficile à mettre en oeuvre ». Il faut aussi, considère-t-il, veiller à ce qu’il n’y ait pas de chevauchement dans les missions entre les deux ministères. 

Un schéma plus équilibré 

La lourdeur institutionnelle dans l’ancienne configuration faisant que le ministre s’intéressait plus aux finances qu’à l’économie, observe Abou Kane.

Avec un ministère qui semblait se résumer aux Impôts, au Trésor et à la Douane, malgré la volonté affichée par les autorités de donner plus de place à la politique économique proprement dite à travers la création d’une grande Direction générale de la planification et des politiques économiques (DGPEE). « La gestion des finances publiques prenait toujours le dessus sur la bonne réflexion stratégique », explique Abou Kane.

Selon l’économiste principal du bureau de la Banque mondiale au Sénégal, Julio Ricardo Loayza, cet éclatement peut permettre d’obtenir un schéma plus équilibré et plus utile, au vu de la surcharge de travail « trop lourde » notée dans l’ancienne configuration.

« Cette séparation est fondée sur une vision plus intelligente, où le titulaire du portefeuille de l’économie va penser d’abord à l’économie, à la croissance, à la participation du secteur privé, à la planification et au développement. De l’autre côté, le ministre des Finances et du budget pensera à la dette, à l’équilibre budgétaire, etc. », analyse-t-il.

Rupture dans le pilotage stratégique 

Le renforcement de la gouvernance et la promotion d’une administration publique moderne et efficace font partie des principaux défis du Plan d’actions prioritaires (PAP- 2019-2023) du PSE.

Pour « une administration de développement », l’une des réformes phare vise ainsi une amélioration des services aux usagers de l’administration avec notamment la simplification des procédures et la dématérialisation des formalités administratives.

En faisant sauter le maillon intermédiaire que constitue le Premier ministre, le président de la République va désormais gérer directement les dossiers. En mode « fast track ». C’est, en substance, le principal argument évoqué dans le projet de loi soumis aux députés qui ont adopté, le 4 mai, la suppression du poste de Premier ministre.  

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