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Climat des affaires

Le Tchad sur un chemin prudent de croissance

Le Tchad sur un chemin prudent de croissance
  • Publiéavril 1, 2022

Après une année 2021 décevante, le FMI espère une reprise économique au Tchad, qui profitera du rebond des prix du pétrole. L’institution appelle les autorités à mettre en chantier un train de réformes structurelles destinées à sécuriser les investissements privés, sans remettre en cause les filets sociaux.

Par Marie-Anne Lubin

 

« Les perspectives pour 2022 restent globalement favorables mais sont soumises à des risques importants. » Telle est la conclusion de l’économiste Édouard Martin, qui a mené fin mars une mission d’informations à N’Djamena pour le compte du FMI. Sur le plan technique, il s’agit pour les différentes parties de finaliser les discussions en vue d’un accord de financement FEC (Facilité élargie de crédit) qui pourrait être approuvé ces prochains jours. En tant que pays fragile, économiquement et politiquement, et en tant que producteur de pétrole, le Tchad est plus que jamais dans une situation particulière.

« Les évolutions macroéconomiques en 2021 ont été moins favorables que prévu », reconnaît l’économiste. La production pétrolière s’est contractée, en raison des difficultés de production rencontrées par Exxon Mobil, tandis que l’activité non pétrolière a été contrainte « par les effets cicatriciels de la pandémie de la Covid-19 ». Le pays a aussi été affecté par des conditions météorologiques défavorables, que l’économiste attribue au changement climatique.

« Les réformes structurelles à mettre en œuvre en 2022-2023 porteront notamment sur le renforcement de la gestion des finances publiques et la mobilisation des recettes intérieures, l’amélioration de la gouvernance et de la transparence, et l’amélioration de l’environnement des affaires. »

Dans l’ensemble, le PIB réel s’est contracté de 0,3 %, sous l’effet d’une réduction de 3 % de la production pétrolière. Alors que l’inflation annuelle moyenne était limitée à -0,8 % en 2021, la mauvaise récolte 2021-2022 a alimenté les pressions inflationnistes, les prix des denrées alimentaires ayant augmenté de 6 % en glissement annuel en janvier. « Ces pressions devraient être aggravées par la guerre en Ukraine », prévient le FMI.

L’économiste du Fonds doit suivre les engagements pris par le Tchad auprès de son institution. Sur ce plan la performance a été « mitigée », commente-t-il. Deux des trois critères de réalisation quantitatifs à fin décembre 2021 ont été respectés. En revanche, le critère relatif au solde primaire hors pétrole n’a pas été atteint en raison de dépassements de dépenses en équipements militaires et en masse salariale. Cela reflète les tensions sécuritaires et sociales que traverse le pays depuis plusieurs mois. Des progrès ont été enregistrés dans la mise en œuvre des réformes structurelles, deux repères structurels ayant été atteints, tandis que les réformes couvertes par les trois autres devraient être finalisées dans les semaines à venir.

 

Préserver les dépenses sociales

Évoquant les perspectives économiques du Tchad, la mission du FMI considère qu’après s’être contractée au cours des deux dernières années, l’activité devrait croître de 2,3 % en 2022, tirée par une reprise des productions pétrolière et non pétrolière. Poussée par les prix alimentaires, l’inflation devrait atteindre environ 4 % en moyenne. Les risques pesant sur les perspectives comprennent une éventuelle résurgence de la pandémie et de nouveaux retards dans la vaccination ; les problèmes de sécurité ; les risques de refinancement de la dette intérieure ; et les retards éventuels dans la mise en œuvre des réformes.

Dans ce contexte, les discussions se poursuivent entre le FMI et les autorités tchadiennes. Elles portent notamment sur les mesures visant à renforcer les finances publiques. « Les efforts pour accroître la mobilisation des recettes intérieures doivent s’intensifier. Si les dépenses totales, y compris la masse salariale, doivent être contenues, les dépenses sociales doivent être protégées », juge l’institution de Washington. Compte tenu de la forte volatilité des prix du pétrole, les recettes pétrolières supplémentaires seront utilisées pour reconstituer les réserves de liquidités et réduire la dépendance du gouvernement à l’égard des emprunts intérieurs auprès d’un système bancaire contraint.

L’équipe du FMI s’est également entretenue, fin mars, avec les autorités des réformes structurelles supplémentaires à mettre en œuvre en 2022 et 2023. « Ces réformes porteront notamment sur le renforcement de la gestion des finances publiques et la mobilisation des recettes intérieures, l’amélioration de la gouvernance et de la transparence, et l’amélioration de l’environnement des affaires. »

Les discussions ont également porté sur l’insécurité alimentaire. Dans le cadre du plan de réponse humanitaire 2022, les autorités ont préparé un cadre pour apporter une assistance aux plus vulnérables, jusqu’à la mise en œuvre de la FEC. Parallèlement à l’assistance déjà fournie par le Programme alimentaire mondial et le PNUD, l’utilisation de l’allocation de DTS (Droits de tirage spéciaux) « contribuera à la mise en œuvre de ce plan en permettant aux autorités de reconstituer un stock de céréales suffisant ».

Enfin, les autorités poursuivent les discussions sur un traitement de la dette avec leurs créanciers extérieurs dans le cadre du cadre commun du G20. Ces discussions devront être finalisées préalablement la revue à venir du programme.

@MALubin

Écrit par
Marie-Anne Lubin

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