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Climat des affaires

Burkina Faso : Offensive turque

Des mines aux infrastructures, les investisseurs turcs s’intéressent de plus en plus au Burkina Faso. D’autres investissements sont à attendre ces prochains mois, à en juger par les offensives diplomatiques des deux pays l’un vers l’autre.

Ouagadougou, Tiégo Tiemtoré 

Ces dernières années, le volume des échanges commerciaux entre le Burkina Faso et la Turquie a fortement progressé, passant de 50 millions de dollars en 2014 à plus de 90 millions $ en 2017. Pourtant, ils restent en deçà du potentiel offert par les économies des deux pays. Outre les projets en cours, les rapprochements commerciaux entre les deux pays sont encouragés par la liaison aérienne permanente, depuis 2015 avec Turkish Airlines. 

La visite officielle du président Roch Marc Kaboré en Turquie, en avril 2019, devrait contribuer à renforcer l’axe « Ouaga- Ankara ». Cette visite a permis l’organisation d’un forum sur les opportunités économiques du Burkina Faso (plus de 500 hommes d’affaires des deux pays), organisé en collaboration avec le Conseil d’affaires économiques étrangères (DIEK) de Turquie, lequel entend inciter à davantage d’investissements turcs au Burkina Faso. Un accord de promotion et de protection des investissements entre les deux pays a été signé, à la grande satisfaction d’Ahmet Dal, le président du Conseil d’Affaires Turquie-Burkina Faso . 

En plein dans les mines et le coton 

Déjà présente dans le secteur public à travers l’Agence turque pour le développement (TIKA), la Turquie est entrée en force dans le secteur minier. Depuis 2016, la mine d’or de Youga, gérée par Burkina Mining Company (BMC) et détenue à 90 % par Endeavour et 10 % par l’État burkinabé, est passée aux mains de MNG Gold pour 25,6 millions $.

Un an plus tôt, cette société turque avait racheté, à Golden Rim, le gisement aurifère de Balogo situé dans la région du Centre-Sud. L’entregent de son patron, Serhan Umurhan, a permis de positionner MNG Gold comme un investisseur minier ambitieux au Burkina Faso ; le géant turc pourrait d’ailleurs faire du pays l’épicentre de sa stratégie de conquête en Afrique subsaharienne.

L’ambition du gouvernement burkinabè est de créer une industrie à même de contribuer à la transformation des matières premières, notamment le coton, par la création d’une plus grande valeur ajoutée. 

En prospection poussée depuis 2018 dans le même secteur, Toya Holding a fait part de sa décision de s’implanter prochainement au Burkina Faso. 

Favoriser la transformation du coton 

Avec l’éviction de Pan Africain Minerals de l’Australo-Roumain Franck Timis, la Turquie est également sur les rangs pour le projet Tambao, spécifiquement pour l’exploitation du manganèse, le site étant considéré comme l’une des plus grandes réserves de ce minerai au monde. Le projet Tambao intègre la réalisation de la route Dori – Gorom – Tambao, la réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Kaya (déjà attribué à Bolloré) et la construction d’une voie ferroviaire entre Kaya et Tambao. 

Bien que leader africain dans la production du coton, le Burkina Faso transforme moins de 5 % de cette production sur place. Aussi, l’absence d’une industrie digne de ce nom constitue un paradoxe. « L’implantation d’unités de transformation permettra de transformer la fibre produite localement et induira des effets structurants sur l’ensemble de l’économie à travers ses impacts socio-économiques et financiers », selon le ministère du Commerce. 

Démarchée par les autorités burkinabè, le groupe Ayka Addis Textile & Investment, qui est déjà un acheteur important de coton auprès du Burkina Faso, va implanter une usine de transformation de la matière première à Ouagadougou. D’un coût de plus de 200 milliards de F.CFA (305 millions d’euros), le projet permettra la création de 12 000 emplois directs et de 50 000 emplois indirects, en plus de l’implication de la société dans la formation des acteurs du secteur cotonnier burkinabé. En parallèle à ce projet de transformation du coton, le groupe turc envisage l’installation d’une centrale thermique de 35 mégawatts, destinée à alimenter l’usine. 

Convaincus par la viabilité du projet, plusieurs institutions dont Afreximbank, la BAD, Ecobank, Bank of Africa, Lilium Capital, se sont déjà engagées pour financer totalement la réalisation de ce projet. Le coton est le premier produit agricole d’exportation (le deuxième produit exporté après l’or en valeur). Cependant, en dépit de la volonté des différents acteurs, le Burkina Faso importe annuellement environ 70 milliards de F.CFA de produits textiles finis. 

Demain, les infrastructures et l’énergie 

L’ambition du gouvernement dans les trois années à venir est de créer une industrie à même de contribuer à la transformation des matières premières locales, notamment le coton, par la création de plus grande valeur ajoutée et de faire du Burkina Faso, un pays leader dans la transformation du coton dans l’espace Cedeao. 

Spécialisé dans la construction et le financement de projets, le consortium MRD International est entré depuis fin 2016, en discussions avec les autorités burkinabè pour investir dans l’immobilier et les infrastructures de transport ferroviaire et routier. Les projets du groupe turc portent sur les infrastructures routières, la construction de 50 000 logements, celle d’une centrale hydroélectrique de 800 mégawatts et de cinq mini-centrales hydrauliques.

ENCADRE

Le point de vue de Harouna Kaboré, ministre du Commerce, de l’industrie et de l’artisanat 

« Les relations bilatérales sont très bonnes et la Turquie est un pays important pour le Burkina Faso. En 2017, nos importations en provenance de la Turquie ont représenté plus de 90 millions de dollars. La Turquie est notre neuvième source d’importation. 

Il faut saluer les investissements turcs qui créent des emplois au Burkina Faso. Nous envisageons bientôt d’organiser un forum d’affaires pour accueillir les entrepreneurs turcs au Burkina Faso. La commission mixte va se tenir à Ouagadougou pour remettre sur les rails notre relation de coopération. » 

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