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Climat des affaires

Bénin : Querelles de chiffres autour de la «loi embauche»

Selon cette spécialiste du travail, « tous les Béninois font quelque chose, mais il ne s’agit pas d’un véritable emploi ». Puisque le Bénin connaît une croissance démographique toujours élevée, 3,6 %/an, et fait face à des emplois « occasionnels » selon le directeur Afrique de l’Ouest de la Commission économique pour l’Afrique, « le gouvernement doit travailler à une adéquation entre les besoins en ressources humaines et l’offre de l’éduca­tion ». Pour Dimitri Sanga, « il faut une transformation struc­turelle de l’économie béninoise » pour faire face à la précarisation de l’emploi.

C’est l’objectif de la loi « embauche », laquelle, selon Patrice Talon, permettrait de revenir à la situation de 2010 où, selon les critères du BIT (Bureau interna­tional du travail), le chômage ne dépassait guère les 0,5 %. En attendant, le chef de l’État entend maintenir le cap et promet déjà « un demi-million d’emplois d’ici à 2021 », fin de son premier mandat.

Plus d’un an et demi après l’adoption de la loi, Noël Chadaré ne contient toujours pas sa colère. Le secrétaire général de la plus grande confédération syndicale du pays dénonce « une opportunité en or offerte aux employeurs pour fragiliser les droits de l’em­ployé ».

Selon lui, cette loi a déjà occasionné plusieurs milliers de licenciements. Sans autre précision de chiffres. En effet, la nouvelle loi permet désormais, contre trois à neuf mois d’indemnités, de licencier tout employé du public comme du privé.

Les syndicalistes y voient une issue pour « renouveler sans cesse les contrats à durée déterminée ». Le Code de travail n’autorisant qu’un seul renouvelle­ment de CDD, « cette loi ne garantit plus le contrat à durée indéterminée censé intervenir au bout de deux CDD », dénonce le syndica­liste. Noël Chadaré craint que des travailleurs « ne passent leur vie à aller de CDD en CDD ».

Précarisation accrue de l’emploi ?

De son côté, le ministre Romuald Wadagni y voit une opportunité pour l’emploi et attribue la légère réduction du chômage, au quatrième trimestre 2018, « aux garanties qu’offre cette loi ».

Le gouvernement estime qu’au moins 50 000 emplois directs et indirects sont dus à cette réforme pour le seul dernier semestre de 2018. Cette loi avait mis en colère les syndicats, dès sa proposition par un député de la majorité, mais aussi plusieurs partis politiques de l’opposition.

Alors que l’USL (Union sociale libérale) de Sébastien Ajavon dénonce une loi « sauvage et imposée sans concertation », la Confédération des orga­nisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin) a saisi la Cour constitutionnelle.

Restructurations dans la banque

La plus haute juridiction du pays donnera, trois mois plus tard, raison au gouvernement. Si les syndicats accusent la loi d’occasionner « au moins 2 000 licenciements mensuellement », le gouvernement préfère brandir « les 10 000 emplois qu’elle permet de créer », chaque mois.

L’un des plus actifs de l’Uemoa, le secteur bancaire béninois est aussi un grand pour­voyeur d’emplois. Avec 16 différents établis­sements bancaires en activité dans le pays et un capital cumulé de plus de 200 milliards de F.CFA (305 millions d’euros), les banques ont vite profité de la nouvelle loi pour recru­ter de nouveaux cadres notamment mais aussi pour mettre fin à de multiples emplois.

Du haut de ses sept ans d’ancienneté dans le même établissement, Innocent Padonou ne digère pas son licenciement. « Je n’ai fait que la banque toute ma vie », observe celui qui retrouvera, après une année de chômage, un nouvel emploi dans une nouvelle banque installée au Bénin. « Mais je n’ai eu pour indemnité que neuf mois de salaire » dénonce ce jeune cadre de 38 ans.

Finalement, il aura plus de chance que Pierrot Patinvoh qui, huit mois après la rési­liation de son contrat, se bat encore contre les cinq mois de salaire que lui propose la banque.

Voici encore quelques années, un cadre de banque reconnu comme « abusive­ment licencié » pouvait disposer d’indemnité allant jusqu’à plusieurs années de salaire. Depuis l’avènement de la nouvelle loi, plusieurs banques ont profité pour réduire leur personnel.

« Nos cadres sont désormais plus concurrentiels, ils savent qu’ils ne sont pas à l’abri d’un départ », reconnaît un directeur d’établissement financier à Cotonou.

Avant de dresser un véritable bilan compa­ratif, les Béninois devraient patienter encore quelques années. Patrice Talon s’est donné l’échéance 2021 pour prouver de l’efficacité de cette loi qui aura permis à l’État de dégraisser sa masse salariale d’au moins dix points.

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