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African Banker

Benedict Oramah : Président d’Afreximbank

Le commerce au coeur de la mission

« Nous devions promouvoir davantage le commerce intra-africain et la diversification des exportations. En 2016, nous avons décidé que le moment était venu d’agir. Notre nouvelle stratégie met l’accent sur la transformation de l’Afrique au moyen du commerce. » Pour Oramah, le commerce est donc au coeur de tout, y compris pour les projets d’infrastructures. Sans le commerce, il n’y a pas de projet viable. Et sans projet viable, il est impossible de mobiliser des fonds pour les PPP ou les projets d’infrastructure.

« La Chine est l’unique pays qui possède l’argent nécessaire pour bâtir les infrastructures et laisser le reste suivre. En Afrique, nous manquons de capitaux et nous ne pouvons pas adopter la même logique. C’est le commerce qui doit stimuler les investissements. Par exemple, si l’on construit un chemin de fer entre le Ghana et le Nigeria, on doit être certains qu’il sera utilisé. Les capitaux arrivent si le projet est solide. » Aujourd’hui, la banque donne la priorité au commerce intra-africain et extra-africain. L’industrialisation sera le moteur de la diversification économique.

Sur ce front, la banque travaille avec plusieurs pays afin d’améliorer ce qu’Oramah appelle leur avantage comparatif dynamique. Aux côtés de la banque d’import-export chinoise, Afreximbank appuie le développement de parcs industriels et de zones économiques spéciales, où les entreprises chinoises et africaines peuvent collaborer. « Notre avantage comparatif réside dans le coût de la main-d’oeuvre, précise-t-il. La fabrication légère est intéressante. » China Exim a investi 1 milliard $ dans ce projet. Oramah estime à environ 60 milliards $ les biens de fabrication légère que l’Afrique importe de Chine. Si la Chine abandonne peu à peu la fabrication légère et délocalise 85 millions d’emplois, l’Afrique doit profiter de l’occasion.

Un système de paiement panafricain

Mais Afreximbank a bien d’autres ambitions. Elle crée des centres de test et d’inspection pour la certification qualité des produits destinés à l’exportation. La certification est l’une des contraintes qui pèsent sur le volume des biens africains dans le commerce international. « Nous essayons également de créer un centre d’excellence dans le domaine de la santé. Si nous prouvons qu’ils sont réalisables, d’autres projets suivront ».

L’un des projets les plus intéressants auxquels participe la banque est celui de la création d’une plateforme de paiement panafricaine. Son objectif est de réduire l’utilisation de devises étrangères pour les transactions intra-africaines. La plateforme permettra aux acheteurs de biens africains de payer dans leur devise tandis que le fournisseur recevra l’argent dans sa propre monnaie.

Le projet pilote, qui sera déployé d’ici la fin de l’année, couvrira les six pays de l’Union monétaire ouest-africaine. Une fois que l’on saura que le concept fonctionne, il sera mis en oeuvre dans le reste du continent. Oramah précise que les opérateurs de télécoms et les Bourses ont déjà affiché leur intérêt vis-à-vis de cette plateforme et pense que les devises étrangères finiront par ne plus être utilisées dans ce type d’opération. « Lors de transactions de commerce bilatérales, une troisième monnaie est utilisée, une monnaie forte. Cela signifie que beaucoup de pays préfèrent exporter vers l’Europe ou ailleurs plutôt qu’en Afrique. » La plateforme permettra également d’attirer les flux de financement du commerce et d’aider les entreprises à développer un historique de crédit, facilitant leur accès aux financements.

Encore plus d’audace

D’autre part, la Banque s’efforce de créer des champions intra-africains – des entreprises qui ont la capacité de stimuler la diversification économique ou de développer activement le commerce intra-africain. Elle propose à ces sociétés des instruments de financement.

Par exemple, la banque a accordé à Dangote 1 milliard $, au groupe tunisien Loukil 150 millions $ et à l’égyptien El Sewedy 500 millions $. Ces instruments permettront aux champions du commerce de soumettre des offres pour des projets dans d’autres pays africains, de fournir des garanties et de financer des activités commerciales et d’investissement. 

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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