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African Banker

Benedict Oramah : Président d’Afreximbank

La Banque africaine d’import-export fête son 25e anniversaire. Créée pour financer et stimuler le commerce africain, Afreximbank a une vocation bien plus large depuis que Benedict Oramah en est devenu le président, en 2015.

Par Omar Ben Yedder

Benedict Oramah est un homme pressé, investi d’une mission. Président d’Afreximbank, il a succédé à Jean-Louis Ekra, avec qui il est régulièrement en contact. Les deux hommes sont très respectés dans l’industrie mais ceux qui ont travaillé avec eux disent qu’ils ont une façon de diriger très différente.

Paradoxalement, souligne Oramah, ce sont ces mêmes pays qui disent à leurs banques qu’il est trop risqué de prêter à l’Afrique et qui retirent leurs lignes de crédit au continent. « Nous devons faire en sorte que l’argent africain profite à l’Afrique. »

Jean-Louis Ekra était très exigeant mais confiait volontiers la mise en oeuvre des projets à ses collaborateurs. Oramah, lui, aime suivre de très près l’évolution des projets. Oramah explique que la banque a étendu ses activités non pas parce qu’elle a soudain décidé d’élargir son champ d’action, mais plutôt pour accomplir ce pour quoi elle a été créée : promouvoir le commerce africain et la création de valeur ajoutée.

Programme de liquidités pour le commerce

L’Afrique a connu sa plus grave crise économique dans les années 1980, en grande partie à cause du retrait des banques internationales des marchés monétaires. Suite à la crise de la dette qui a sévi au Mexique, au Brésil et en Argentine, les banques n’ont plus voulu investir en Afrique. Ce phénomène a été amplifié par la chute du prix des matières premières qui a rapidement fait augmenter les arriérés de paiement. Privés de nouveaux flux d’investissement, des pays se sont trouvés en situation de défaut de paiement.

Afreximbank a été créée pour donner aux entreprises le temps de s’adapter et pour les aider à se réorganiser afin qu’elles puissent liquider leurs passifs. Le même problème s’est reproduit en 2016 et 2017 lorsque le prix des matières premières a plongé. « Quand un pays est en défaut de paiement, c’est le continent tout entier qui est stigmatisé », explique Oramah. « Nous sommes intervenus de manière très agressive ; une méthode très différente de ce que nous avions fait jusque-là. »

Pour faire face à la chute des prix des matières premières, la banque a mis en oeuvre un programme anticyclique de liquidités pour le commerce, d’un coût de 9 milliards $. La dernière tranche sera remboursée fin juin. « Quand je suis devenu président de la banque en 2015, je me suis trouvé confronté à cette crise. Mais j’y ai vu l’occasion de démontrer l’utilité de la banque. Un échec aurait pu signifier la fin d’Afreximbank. »

Le programme de liquidités pour le commerce était « audacieux mais a tout changé », considère Oramah. « Non seulement le bilan de la banque a doublé mais nous avons reçu le soutien de nombreux actionnaires et, en moins de 18 mois, nous avons vu l’adhésion de douze nouveaux membres. Si l’on tient compte des autres pays qui souhaitent adhérer, et dont nous attendons la signature, nous en sommes à 51 membres. » Les derniers pays qui viennent d’adhérer sont la Russie et la Biélorussie, et, en Afrique, l’Afrique du Sud et l’Érythrée. La Guinée équatoriale et le Congo se joindront bientôt aux autres membres.

Le bilan de la banque se chiffre à quelque 16 milliards $ et ses fonds propres sont légèrement au-dessus de 3 milliards $. Lorsque la banque a élaboré son plan quinquennal 2017- 2021, elle s’était fixé un bilan de 17 milliards $ et 3,5 milliards $ de fonds propres. La banque a entrepris de mettre l’accent sur la mobilisation des ressources nationales. Pour cela, elle a constitué le Programme de dépôts des Banques centrales. « Les Banques centrales possèdent près de 500 milliards $ de réserves, dont une grande partie finance la dette américaine et européenne », indique-t-il.

Expansion rapide

Paradoxalement, souligne Oramah, ce sont ces mêmes pays qui disent à leurs banques qu’il est trop risqué de prêter à l’Afrique et qui retirent leurs lignes de crédit au continent. « Nous devons faire en sorte que l’argent africain profite à l’Afrique. » En un peu plus d’une année, la banque est parvenue à mobiliser 5,4 milliards $ auprès de 19 banques centrales. Cela a permis à la banque d’accorder des prêts à des taux plus compétitifs. « Les grandes économies nous soutiennent et d’autres pays suivront

Les grandes économies auxquelles il fait référence sont le Nigeria, l’Égypte et l’Angola. L’objectif est de mobiliser 10 milliards $ d’ici la fin 2021, et il est convaincu qu’il y parviendra. Le nombre d’employés de la banque a également progressé rapidement, passant de 100 personnes en 2012 à plus de 200 aujourd’hui. Pour son président, l’heure était venue d’étendre les activités de la banque et de remplir la mission définie par les fondateurs : soutenir la transformation structurelle des économies africaines au moyen de la diversification du commerce.

Le choc des années 1980, rappelle-t-il, a convaincu les ministres des Finances de créer une banque d’import-export panafricaine pour soutenir le financement du commerce. Elle devait avoir deux avantages sur les autres banques : d’une part, son statut supranational lui permettrait de mobiliser des capitaux internationaux et, d’autre part, en employant du personnel africain, elle comprendrait mieux le marché.

Lors de l’élaboration de la nouvelle stratégie, détaille-t-il, l’objectif était d’aller au coeur des enjeux qui avaient conduit à la création de la banque. « Dès la création de la banque, nous nous sommes attaqués aux problèmes immédiats – donner accès aux financements du commerce que les banques internationales n’accordaient plus. Vingt ans plus tard, nous ne pouvons pas affirmer tout à fait que nous avons atteint les objectifs définis par les fondateurs. »

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Written by African Banker

C'est le seul magazine dédié au secteur bancaire et financier en Afrique. Deux éditions en français et en anglais couvrent la totalité du continent. African Banker est un réel outil de travail pour tout les acteurs de ce secteur. Le monde bancaire et financier connaît une croissance et une concurrence de plus en plus fortes et joue un rôle essentiel dans le développement économique de l’Afrique.

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