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Art et Culture

Ysabel Saïah-Baudis (éditrice) : Des livres comme pont entre Orient et Occident

Talisman, le soleil des connaissances (Shams Al Maârif). Traité d’Al Buni, traduit de l’arabe par Pierre Lory et Jean- Charles Coulon, avec des calligraphies de Saïd Benjelloun : Al-Bûnî est né à Bône en Algérie au XIIIe siècle, il reste très populaire grâce à son fameux traité, Le Soleil des connaissances, qui est encore aujourd’hui l’un des best-sellers du monde arabo-musulman. Il est pour la première fois proposé en français. Ce traité soufi expose la science des lettres et leurs correspondances avec les chiffres, les astres, les anges sous des formes géométriques très esthétiques dites carrés magiques.

Ce très beau livre possède un sens mystique et un autre plus populaire, puisque toutes les figures sont conçues dans un but bien précis, acquérir l’amour ou la fortune, se préserver du mauvais oeil… Les extraits les plus éclairants sont traduits et présentés par Pierre Lory, le grand spécialiste de la mystique et de l’ésotérisme en islam, et Jean-Charles Coulon, auteur de La magie en terre d’islam au Moyen-Âge. En bonus : un beau petit livret de talismans est joint au volume, et calligraphié par Saïd Benjelloun, professeur d’arabe à Toulouse II. 

ENCADRE

Ysabel Saïah-Baudis

Un autre visage de l’Orient

Journaliste et essayiste, Ysabel Saïah-Baudis déterre des textes fondateurs sur le monde arabe et musulman. Des textes souvent méconnus ou oubliés. Elle oeuvre à contre-courant pour montrer la force d’une civilisation en crise.

Propos recueillis par Hichem Ben Yaïche

Qu’est-ce qui explique le rapprochement d’Orients Éditions et JC Lattès ? Comment cette articulation se matérialise-t-elle ?

J’ai créé Orients il y a huit ans car je regrettais de ne pouvoir publier des livres qui me semblaient utiles auprès de grands éditeurs avec qui je travaillais comme auteur, et je voyais qu’il n’y avait pas une maison spécialement dédiée à cette aire géographique si belle, si tragique, et tellement imbriquée dans notre monde. Pour autant, il est très difficile d’avoir une bonne visibilité en maintenant une taille modeste, c’est pour cela que j’ai proposé à Jean-Claude Lattès, à Laurent Laffont et Karina Hocine, de transformer Orients en une collection. Ils ont accepté en prenant des thèmes plus grand public. Je continue également Orients, privilégiant les coups de coeur qui vont dans le sens d’une meilleure visibilité et perception de ce monde.

Vous semblez vouloir refaire vivre des textes fondateurs et des textes rares ou oubliés. Quel public vise ce choix ?

Mes textes dits fondateurs, le Kalila wa Dimna d’Ibn Mouqaffa, traduit par le grand André Miquel, ou le Talismans d’Al Buni, traduit par Pierre Lory et Jean-Charles Coulon, font partie de mes succès. Il me semble important de remettre en lumière ces textes qui disent une société mais sont aussi des éléments de rapprochement aussi avec la nôtre. Quand on dit que La Fontaine s’est inspiré de Kalila et que les carrés magiques sont une science ésotérique qui demeure très vivace aujourd’hui, on se dit que les civilisations vont vers les mêmes finalités.

Ma ligne éditoriale est de présenter ce qui est positif, ce qui rapproche et ce, dans tous les domaines. J’accueille ainsi Lotfi Ben Sassi, le caricaturiste tunisien se moque des Arabes ou les icônes de cette société, comme la main de Fatma ou Khamsa ou le kebab qui font aujourd’hui partie de la vie, ici en France, et qui pourtant viennent de là-bas.

Expliquez-nous ce travail pour dénicher et nous faire découvrir ces « pépites »…

C’est un travail de tireuse de fils, quand on commence à chercher on trouve d’autres pépites, ou parfois on juxtapose en découvrant les dessins de Van Dongen des Mille et une nuits. J’ai eu l’idée de les accoler et de montrer l’érotisme dans ces contes. En lisant La Médecine du Prophète, un texte de Suyuti, un savant soufi du XVe siècle, je me suis dit que le « développement personnel » n’appartenait pas aux Occidentaux ! Mes amis médecins expliquent que tout ce qui a été écrit et dit il y a treize siècles est pleinement d’actualité, dans Bien Portant avec la médecine du Prophète (de Michel Canessi et Jamil Rahmani).

D’où vient votre attirance pour ces « Orients » ?

Je viens d’Algérie et j’ai été profondément marquée par mon enfance là-bas qui m’a aussi structurée. Mon mari [Domique Baudis, ancien journaliste et homme politique, décédé]m’a amené dans son Orient du Machrek et m’a toujours dit qu’il fallait que je comprenne le début de mon chemin. Je pense que je fais des livres pour remercier ce monde de ces trésors méconnus qui sont si universels et que l’on ignore. n

Consulter : www.orientseditions.fr

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