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Art et Culture

Toutes ces idées qui nous gâchent la vie : Contre le retour en arrière

Entre les thèses des défenseurs de la planète et celles des « climatosceptiques », le nouveau livre de Sylvie Brunel apporte un éclairage précieux et salutaire sur l’état du monde et les enjeux du développement durable. 

Par Guillaume Weill-Raynal 

La fin du monde n’est pas pour demain. C’est l’une des bonnes nouvelles annoncées par Toutes ces idées qui nous gâchent la vie. Un livre qui réfute pas mal d’idées reçues et rappelle aussi nombre d’évidences que certains ont trop souvent tendance à oublier. « Non, ce n’était pas mieux avant ! », répète inlassablement la géographe Sylvie Brunel.

Le développement des sociétés humaines modernes, pointé du doigt comme cause majeure du dérèglement climatique, de la disparition de la biodiversité et des catastrophes annoncées pour demain, a surtout contribué à sortir l’humanité de l’extrême pauvreté dans laquelle elle végétait depuis des millénaires, notamment en lui permettant de combattre et de vaincre la multitude de fléaux et de calamités que la nature – aujourd’hui sacralisée – lui infligeait impitoyablement. 

Certes, le combat n’est jamais terminé, et chaque solution, chaque innovation, engendre de nouveaux problèmes, au premier rang desquels le réchauffement climatique que l’auteure ne méconnaît nullement, mais dont il serait criminel de croire que la solution passerait par une forme de retour fantasmé à un « âge d’or », tournant le dos à la croissance et à l’innovation technologique.

Les ressources de l’intelligence humaine qui, par le passé, nous ont aidés à vaincre une nature hostile, à sortir de la faim et de la pauvreté, sont les mêmes qui nous aideront, demain, à inventer les modèles les plus efficaces du développement durable. 

Lutte contre la pauvreté ou contre les pauvres ? 

Un développement dont la cause de la protection de « la Planète » ne constitue pas le seul enjeu, loin de là. Car les enjeux économiques et la compétition acharnée entre puissances planétaires qu’ils occasionnent ne sont jamais loin.

C’est un des grands mérites de ce livre, de souligner à quel point les questions environnementales sont autant de masques et de pièges derrière lesquels se déroule ce « grand bal des hypocrites », un débat qui instrumentalise l’écologie au profit d’intérêts divers, où chacun ne tend qu’à accéder aux places enviées de la domination économique au détriment du voisin. Aussi bien sur le plan international qu’à l’intérieur de chaque pays, entre différents groupes sociaux. 

Ainsi se dessine un nouvel ordre mondial où, sous le discours apparemment consensuel de « sauver la planète », chacun défend ses intérêts : l’Occident, affolé, de voir les anciens damnés de la terre – aujourd’hui pays émergents – réclamer leur part au banquet des richesses de la Terre duquel ils avaient été si longtemps exclus ; les mêmes pays émergents, retournant contre l’Occident le même discours écologiste comme une arme dans la compétition industrielle ;

et partout dans le monde, dans chaque pays, des élites qui ignorent les frontières, entendent se réserver le profit exclusif du confort moderne et des voyages en avion, prônent une démographie malthusienne, « contre les aspirations au développement de cette humanité perçue comme grouillante, dangereuse et surnuméraire des pauvres ». 

Pour Sylvie Brunel, il s’agit d’un dévoiement de la cause écologique : « Sous couvert de lutter contre la pauvreté, une grande lutte contre les pauvres a commencé. » Le péril est là : « Entre ces inclus, le plus souvent urbains, plutôt aisés, connectés, et les autres, ceux qui vivent en périphérie, des abîmes. Cette incompréhension croissante, ces fossés de plus en plus béants, sont porteurs d’une violence sociale dangereuse. »

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