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Art et Culture

Arts : Pour l’histoire des peuples noirs

Venu représenter la France à la cérémonie d’inauguration, Jean-Marc Ayrault, chargé par Emmanuel Macron de piloter le projet de Fondation de la mémoire de l’esclavage, a lancé un appel dans ce sens, plaidant pour une « nouvelle relation » entre les anciens pays colonisateurs et les pays anciennement colonisés.

« Pour être plus forts ensemble, il faut connaître d’où nous venons. Il faut aussi faire connaître les parts d’ombre de notre histoire et, ensuite, mesurer ce que nous avons en commun comme héritage, cette diversité qui ne doit pas faire peur, mais être une richesse », explique l’ancien Premier ministre français. 

Par un hasard de calendrier, l’ouverture du Musée de Dakar coïncide avec le débat sur la restitution des oeuvres africaines. Cette institution ultramoderne peut servir, comme le soulignent Felwine Sarr et Bénédicte Savoy dans leur rapport, de dispositif d’accueil potentiel d’une partie de ces objets.

D’ailleurs, pour l’exposition inaugurale du Musée des civilisations noires, la France a mis à la disposition des autorités sénégalaises le sabre d’El Hadj Omar Tall, figure de la résistance à la pénétration coloniale en Afrique de l’Ouest. 

Paternalisme occidental ? 

D’après Malick Ndiaye, conservateur du Musée Théodore-Monod de Dakar, « poser la question de la restitution du patrimoine africain, c’est poser la question d’une dignité retrouvée, d’une justice rétablie et d’une dynamique symbolique qui permet aux pays qui ont été pillés et dépourvus de leurs ressources de pouvoir retrouver leur patrimoine ».

Les experts estiment que plus de 90 % de ce patrimoine est en dehors du continent. Mais pour le conservateur, le débat ne doit pas uniquement se focaliser sur des objets matériels souvent dominés par ce qu’on appelle des oeuvres d’art. 

Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’objets, sinon on aurait pu s’arrêter à leur reproduction, mais de « biens culturels » qui matérialisent un esprit africain, une pensée en mouvement.

« Le retour du patrimoine africain implique également un retour des connaissances codifiées dans ces objets, un patrimoine immatériel qui se base sur un savoir-faire avéré, des technologies de l’époque et qui montre le génie créateur africain », souligne Malick Ndiaye. 

Toutefois, le retour de ces objets soulève plusieurs questions. Dans le débat, il est beaucoup question de la capacité des pays africains à entretenir ce patrimoine.

« Un faux débat », estime Malick Ndiaye, qui voit dans cette question un « paternalisme » qui trouve son origine dans l’idéologie coloniale. Nombreux sont les intellectuels africains qui estiment que ce n’est plus à l’ancien colon de dire ou de s’inquiéter comment ces objets seront conservés une fois restitués.

Qu’importe la manière dont ces objets seront entretenus, la question, c’est que ce sont des objets volés et qu’on doit les restituer, nous répondent la plupart de nos interlocuteurs. 

Une boîte de Pandore 

Concernant l’aspect technique de la question, « on ne peut pas continuer à nous servir des réponses qui datent des années 1960 », fustige Malick Ndiaye. D’après ce dernier, l’Afrique dispose de professionnels du patrimoine formés dans des pôles d’excellence comme l’université Senghor 

d’Alexandrie (Égypte) ou l’École du patrimoine africain (Bénin) et qui ont les mêmes connaissances que les plus grands conservateurs des musées européens. De son côté, Malick Ndiaye est sorti de l’Institut national du patrimoine de Paris « comme la plupart des conservateurs des musées français », aime-t-il à rappeler. 

Cela étant, le conservateur reconnaît que la plupart des musées africains manquent de moyens pour organiser des expositions. Donc, pour que le public se déplace, il faut que les choses changent et il faut revoir la structure muséale en Afrique.

Concernant la forte résistance des cercles politiques français, mais aussi et surtout de la part des conservateurs eux-mêmes, Malick Ndiaye considère que poser cette question « peut amener les anciennes puissances coloniales à dresser une archéologie de leur passé colonial ».

Ce qui constituerait une boîte de Pandore aux répercussions imprévisibles. Une chose est sûre, « si on veut que cette question soit réglée, il ne faut pas qu’elle dépasse le mandat de Macron [2022], parce que ce n’est pas la première fois que cette question a été soulevée », explique le conservateur qui fait allusion aux tentatives de l’Unesco dans les années 1980.

ENCADRE

Ce que préconise le rapport Sarr-Savoy 

« Je veux que d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. » Après cet engagement pris, le 28 novembre 2017 à Ouagadougou, devant les étudiants burkinabè, Emmanuel Macron avait chargé le duo Felwine Sarr-Bénédicte Savoy de lui émettre des propositions dans ce sens.

Une réponse à “Arts : Pour l’histoire des peuples noirs”

  1. Bon à savoir
    Merci, amicalement
    Mor Ndiaye Dieng, membre du peuple noir pour la culture et civilisations du monde modernes.

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