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Art et Culture

Julie Kretzschmar : Le Festival est surtout un espace de liberté

Julie Kretzschmar : Le Festival est surtout un espace de liberté
  • Publishednovembre 30, 2021

A la faveur de la seizième édition du Festival « Les rencontres à l’échelle » à Marseille, sa fondatrice Julie Kretzschmar explique toutes les émotions et toutes les richesses que regorgent les rencontres entre artistes de divers horizons. Pour elle, la symbiose des talents dans un foyer artistique partagé ne peut être autre chose qu’une positive lumière. 

Par Serges David, envoyé spécial à Marseille

Julie Kretzschmar avec cette 16è édition à Marseille du Festival «Les rencontres à l’échelle », votre trajectoire personnelle a fini par s’imbriquer à celle du Maghreb culturel voire politique. Doit-on s’en étonner ? 

Ma trajectoire personnelle est marquée par des rencontres avec des personnes au Maghreb notamment en Algérie depuis une quinzaine d’années. Ces rencontres sont constitutives du regard que je porte sur cet espace culturel et à partir de celui-ci sur d’autres espaces, y compris celui qui m’est le plus familier, celui où je vis.

En effet, celui-ci est profondément politique dans le sens qu’il a été nourri par les visions, les engagements et les actes portés par des personnes artistes et/ou intellectuelles situées et affirmées dans le débat politique.

Je souhaite me transformer au regard d’autres façons de créer des plateformes ou des festivals au Sud plutôt que de déplacer un événement que je conçois cependant plus au Sud qu’au Nord.

D’ailleurs, ce qui me relie de façon personnelle voire intime à cet espace culturel, c’est qu’il se définit aussi comme une arène politique.

Il n’est guère étonnant de constater une imbrication d’un trajet personnel aux scènes culturelles du Maghreb, en ce sens que ces scènes se construisent comme des archipels avec des plateformes de visibilité à l’intérieur et à l’extérieur de la région.

Est-il, finalement, exagéré, pas d’insinuer, mais d’affirmer qu’avec Les rencontres à l’échelle, vous offrez un podium aux damnés de la terre pour dénoncer les différents systèmes étatiques oppresseurs ? 

Alors oui, c’est exagéré ! Il s’agit d’un Festival qui génère des rencontres depuis la ville de Marseille. Celles-ci se font avec différents artistes et divers récits qui, issus des scènes des « Suds » sont pour la plupart très marqués géographiquement et politiquement.

Ce qui signifie que je conçois le Festival davantage comme une chambre d’échos que comme un podium. Et plus qu’un espace de dénonciation, il est surtout un espace de liberté, d’affirmation pour des artistes qui sont parfois malmenés, du moins, sans soutien institutionnel ou public de ce secteur.

Cette année vous avez mis, entre autres, la lumière sur Danya Hammoud dans le spectacle «Sérénités était son titre » et Alexandre Paulikevitch dans le spectacle «A’Alehom». Ces artistes libanais portent une lourde charge historico-sociale sur leurs épaules. Qui sont-ils et que veulent-ils ? 

« Les Rencontres à l’échelle » accompagnent depuis longtemps cette génération d’artistes libanais à laquelle Danya et Alexandre appartiennent. La première est désormais installée à Marseille, Alexandre vit dans le nord du Liban depuis l’explosion du port de Beyrouth.

Danya Hammoud…

Leurs œuvres charrient de façon très distincte à la fois l’histoire (au présent d’ailleurs) libanaise, mais surtout, il me semble leur individualité au sein d’un espace défini par l’appartenance communautaire. J’ai senti dans nos discussions que la gravité de la situation redéfinie toutes les attentes et les perspectives dans un futur proche.

Dans le cadre du Festival, vous êtes intarissable sur le Proche et Moyen-Orient. On serait tenté de vous demander légitimement la place que vous accordez à l’Afrique subsaharienne. 

Nous avons programmé en 2021 essentiellement des artistes de l’Afrique subsaharienne, mais aussi des Sud-africains durant l’été. Je m’intéresse à la façon dont les scènes (que j’aime nommer les « Suds » qui sont des espaces de pluralité, avec beaucoup de connexions, d’interdépendances), peuvent se retrouver ensemble dans un foyer artistique partagé. 

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Je suis très méfiante et attentive à ne pas créer ou participer à la création de « niches » pour des géographies culturelles.

Cette édition, en effet, s’est beaucoup travaillée depuis le Moyen-Orient, notamment le Liban. Il ne s’agit pas d’accorder une place, mais de savoir que c’est un projet qui dans ses différentes composantes est largement dédiée à ces scènes.

Est-il envisageable de voir se dérouler « Les rencontres à l’échelle » en terre africaine (Nord comme Sud), histoire de casser les rideaux de fer de la méfiance de part et d’autre ? 

Nous avons de petits bouts de Rencontres à l’échelle qui se déplacent, parfois à Brazzaville récemment, ou au Caire. Ce que j’ai envie de poursuivre, c’est la collaboration avec certains événements du Sud, de participer de leur déploiement si on nous y invite.

Je souhaite me transformer au regard d’autres façons de créer des plateformes ou des festivals au Sud plutôt que de déplacer un évènement que je conçois cependant plus au Sud qu’au Nord.

@SD

ENCADRE – DES SPECTACLES DES RENCONTRES A L’ECHELLE

Sérénités était son titre, de la chorégraphe de Danya Hammoud

« La pièce Sérénités n’aura pas lieu. Subir ou combattre ? Être ou ne pas être ? Comment outrepasser le tragique ? A sa façon, Sérénités était son titre est « le négatif chorégraphique » de Sérénités. Où Yasmine Youcef et Danya Hammoud décryptent la chorégraphie, elles la traduisent en mots et gestes. Cela suppose pour le spectateur de faire une traversée sensible, non pas pour se souvenir de ce qui a été empêché, mais pour atteindre la quintessence de la danse qui surgit au détour du récit ».

Durée : 45min

De Danya Hammoud

France – Liban

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ENCADRE

A’Alehom du chorégraphe Alexandre Paulikevitch

 

« Voilà le corps d’Alexandre Paulikevitch : dans le solo de danse A’alehom, A l’attaque, dans cette oscillation lumineuse du ventre du Baladi qui devient un aiguillon sensible. Voilà ce à quoi il veut tendre : une résistance sensible qui transmue le deuil, la rupture amoureuse, les coups ou l’explosion meurtrière du port de Beyrouth en une danse à nu résiliente. Parce que le corps peut encore nous émerveiller dans le malheur. Parce que le corps irradie encore au cœur des nuits libanaises ».

Durée : 40 mn

Liban

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A SAVOIR

Les rencontres à l’échelle

Les Rencontres à l’échelle sont une manifestation produite par les Bancs Publics.

Lien

https://www.lesrencontresalechelle.com

Lieux du Festival

Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin – 13003 Marseille

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Par Serges David

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