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Art et Culture

Jacques Attali et la francophonie

 Quelle est la relation entre la diffusion d’une langue et le développement économique ? Après tout, le chinois ou le néerlandais ne sont pas des langues à vocation internationale…

Des économistes, de l’école des théoriciens dits « de la gravité », ont démontré que le partage par les populations de plusieurs pays d’une même langue augmente leurs échanges et leur croissance. En effet, la barrière des langues constitue l’un des plus solides obstacles au commerce.

Le fait d’avoir un terrain d’entente linguistique avec des partenaires étrangers favorise la communication et la confiance mutuelle. La confiance est au coeur de relations commerciales nourries. À l’inverse, il existe une corrélation négative entre les obstacles linguistiques et le commerce : une augmentation de 0,10 point de l’indice d’obstruction linguistique – qui correspond à une diminution de 10 % des caractéristiques linguistiques communes – réduit les échanges de 6,8 % à 9,8 %.

Mon rapport fait d’ailleurs le constat qu’il existe une corrélation très forte, dans un pays, entre la proportion de francophones et la part de marché des entreprises françaises. Dans un pays comme le Congo où 58 % de la population est francophone, la part de marché des produits français est de 19,5 %.

En Guinée équatoriale, les francophones représentent 28,9 % de la population et la part de marché des produits français n’est que de 7,9 % ; au Qatar, l’OIF recense 4,3 % de francophones et les produits français ne pèsent que 4,3 % de parts de marché. De fait, pour les PME, la possibilité d’échanger dans leur langue avec une administration étrangère et des partenaires étrangers, est un atout économique majeur.

Bien sûr, le rapport ne conclut pas que le seul facteur de développement des échanges est le facteur linguistique. Il y a d’autres facteurs importants, tels que la distance, le coût du travail, la qualité des produits… C’est pour cela que l’on ne peut pas voir un a contrario dans les exemples de la Chine et des Pays-Bas que vous donnez. D’ailleurs, laissez-moi revenir sur la Chine : le mandarin n’est peut-être pas une langue « à vocation internationale », mais il a un grand nombre de locuteurs et une grande capacité de projection à l’extérieur des frontières chinoises, à travers la diaspora chinoise. 

Cette population est estimée à 40 millions de personnes à travers le monde, qui continuent à faire vivre et à transmettre leur langue. On explique souvent le décollage économique de Singapour par le dynamisme commercial de la diaspora chinoise qui y a immigré.

Et encore sur la Chine : figurez-vous qu’apprendre le français est devenu très à la mode dans ce pays, comme dans le reste de l’Asie, pour des raisons économiques. Les Chinois ont l’intuition que pour faire davantage d’affaires avec le continent africain, pour s’implanter durablement sur ce continent, il faut maîtriser le français.

La Chine est donc clairement consciente de la barrière linguistique et de son impact économique. Enfin, le partage d’une langue a d’autres intérêts économiques que les échanges extérieurs, il facilite notamment l’implantation d’une entreprise à l’étranger, ou une plus grande sécurité des contrats. 

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