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Art et Culture

Exposition : Mali Twist Dolce Vita à Bamako

Un an après la disparition de Malick Sidibé, la Fondation Cartier lui consacre une grande rétrospective, réunissant des clichés exceptionnels, réalisés entre 1960 et 1980, d’une beauté intemporelle. Visite guidée.

Par Yasmina Lahlou

Après avoir restitué l’énergie débridée de Kinshasa avec la très belle exposition « Beauté Congo » en 2015, la Fonda­tion Cartier pour l’art contemporain rend aujourd’hui hommage à la vita­lité débordante et joyeuse de la capitale malienne dans les années 1960, vue à travers l’objectif du plus emblématique de ses habitants : le grand photographe Malick Sidibé (1936-2016). Il est, après son aîné Seydou Keïta, la figure fondatrice de la photographie africaine contemporaine. Il aura immortalisé une époque et influencé toute une généra­tion d’artistes.

« Danser, c’est bon. Dans la vie, il faut s’amuser. Après la mort, c’est fini ! » L’ar­tiste a photographié la jeunesse bama­koise libre et joyeuse. Celle des sixties et seventies où les garçons et les filles flir­taient alors avec légèreté et insouciance. Cette époque est aujourd’hui ressuscitée le temps d’une exposition à la Fondation Cartier qui, un an après la disparition de l’artiste malien, lui rend hommage à tra­vers une grande rétrospective qui réunit pas moins de 250 clichés en noir et blanc.

Disparu l’an dernier à l’âge de 80 ans, Malick Sidibé a inlassablement photographié ses compatriotes, posant sur eux un regard bienveillant et amusé. Témoin d’une jeunesse africaine influencée par une mode, une musique et un style de vie occidentaux.

Devant son objectif, dans les night-clubs ou dans son fameux studio du quartier de Bagadadji où la classe moyenne venait nombreuse se faire tirer le portrait. Des gens endimanchés qui posent avec leur accessoire favori, Mobylette ou poste de radio. On se déhanche ou on prend la pose afin que « l’oeil de Bamako » puisse immortaliser les instants de bonheur. « Je n’aime pas la tristesse en photographie, c’est la misère », affirmait Sidibé qui fixait ses modèles, au sens propre comme au figuré, prêt à saisir un regard heureux.

Et Bamako swinguait !

Années yé-yé, grandes lunettes aux verres fumées, pantalons pattes d’élé­phant, jupes courtes, twist et Rock and Roll endiablés… Filles et garçons dansant, riant, flirtant… La journée, on prend un bain de soleil près du fleuve Niger, on échange ses disques vinyles, on pose sur une Vespa. Ah, la dolce vita… c’est une époque bénie, l’aube pleine d’espérances des indépendances africaines. L’efferves­cence avant la crispation.

Les clichés en noir et blanc de Malick Sidibé font renaître cette légè­reté du passé, avec le goût délicieux du suranné… c’est aussi cela qui fait le charme puissant de ses photos. Ses portraits, pris sur le vif ou en studio, témoignent de l’exceptionnel talent qu’il avait pour capter l’énergie d’une jeunesse optimiste et conquérante, loin des clichés parfois misérabilistes réalisés par l’Occi­dent. Ses photographies ont renouvelé le regard de l’Afrique sur elle-même. Et c’est cette énergie fougueuse des jeunes de Bamako, leur joie de vivre simple et authentique que présente « Mali Twist ».

L’oeil de Bamako

Le studio Malick, reconstitué pour l’exposition, propose de jouer au photo­graphe ou au modèle, voire aux deux le temps d’un « selfie rétro ». Les photogra­phies exposées sont la chronique vivante d’une jeunesse bamakoise bouillon­nante, gaie, décomplexée et ouverte sur le monde.

Le maître malien de l’argentique nous plonge dans un univers chic, jeune et sixties et nous livre un beau récit du Mali des années 1960-1970, un temps d’insou­ciance sur fond d’indépendance nouvelle. Un parfum de nostalgie prend le visiteur et l’entraîne dans le sillage d’un âge d’or révolu, peut-être un peu idéalisé, mais qui captive et séduit encore aujourd’hui.

Sidibé est un pionnier : il a créé une imagerie de la modernité africaine et du beau qui a largement influencé, bien au-delà des frontières maliennes, plusieurs générations d’artistes.

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