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Art et Culture

Exposition : Comprendre l’autre à l’aune de la danse

La ville de Besançon (est de la France) n’a pas usurpée son surnom de « Capitale culturelle » de France-Comté. De fait du 14 mars au 19 novembre 2021, les volcans sentiront la danse des humains.

Par Serges David, envoyé spécial

Sylvie Zavatta (directrice du Frac – Fonds régional d’art contemporain Franche-Comté) et Florent Maubert (directeur de la Galerie Maubert, Paris), tous deux commissaires de l’exposition « Danser sur un volcan » qui se tient du 14 mars au 19 septembre 2021 à Besançon, n’ont certes pas voulu bayer aux Corneilles. Mais avec cet événement, au monde du merveilleux, ils se sont voulus également enchanteurs, démonstratifs et émerveillants.

Sylvie Zavatta

Pendant un peu plus de deux heures sous leur magistère, les artistes se sont succédé à des rythmes parfois poétiques, souvent lyrique et vraiment très performants pour présenter des numéros dans des cadres et des fins assignés à leurs différentes spécialités.

Cette visite consacrée à la presse au sein de la Cité des arts de Besançon ci-devant préfecture du département du Doubs et siège de la région Bourgogne-France-Comté, a été rendue possible grâce au Frac Franche-Comté qui entendait par là justifier la réputation de Besançon qualifiée de « ville culturelle ».  

Florent Maubert

Pour cette exposition dénommée « Danser sur un volcan », comme l’indiquent les organisateurs eux-mêmes, certes cela évoque le danger, la prise de risque, l’éventuelle chute, mais le titre « Danser sur un volcan » est également un clin d’œil allusif à la complexité des relations humaines et sociales.

En danse, elle a débuté par les couples, le Pas de Deux – simples reflets de l’agencement des codes de la société – et les danses de groupe mettant en avant des effets spectaculaires d’une masse dont il ne fallait se distinguer. (…) Danser sur un volcan réunit des œuvres d’artistes visuels et de chorégraphes. Qu’il ne faut rater sous aucun prétexte.

De fait, selon l’Épistème, cette locution « Danser sur un volcan », avant de suggérer la mise en danger physique et avant de devenir une expression, a été naguère prononcée pour la première fois en 1830 – peu avant la Révolution de Juillet – par l’homme politique français Narcisse-Achille (comte de Salvandy 1795 – 1856) lors d’une réception en l’honneur du roi de Naples. Salvandy a ainsi averti le Duc d’Orléans du danger qui se tramait en coulisse en comparant la révolte à un volcan.

La performance

Dans les roues des contraintes endogènes

Adossée à cette historicité, cette exposition visait aussi un objectif. Dans la continuité de Dancing Machines qui portait sur les contraintes internes du corps, Danser sur un volcan analyse les contraintes externes, celles liées à la gravité et celles liées à l’Autre : Celui qui porte, touche, et dont le regard transforme le corps.

Les concepteurs de cette exposition admettent en substance qu’après avoir simulé l’absence de pesanteur par l’invention des pointes dans la danse romantique et classique, la danse se libère progressivement de ces oripeaux : Martha Graham (1894-1991) ou Doris Humphrey (1895-1958) utilisent la chute et ouvrent paradoxalement un chemin nouveau, déjà pressenti dans les performances d’Isadora Duncan, Loïe Fuller ou Rudolf Laban.

A son tour, l’art contemporain s’en empare également, mettant en scène chute et apesanteur, depuis leur considération purement physique et corporelle, jusque dans des connotations politiques liées à l’effondrement et à la liberté.

L’imaginaire

Le deuxième volet de l’exposition interroge également la question de la relation à l’autre, laquelle est indissociable de la relation au corps.

En danse, elle a débuté par les couples, le Pas de Deux – simples reflets de l’agencement des codes de la société – et les danses de groupe mettant en avant des effets spectaculaires d’une masse dont il ne fallait se distinguer.

La danse, en quête de liberté, s’est alors affranchie de ces conventions pour véritablement composer avec et par l’Autre. Avec Steve Paxton, et ses « contact improvisation », « le point de concentration fondamental pour les danseurs est de rester en contact physique ; s’offrant mutuellement des appuis, innovant, ils méditent sur les lois physiques liées à leurs masses : la gravité, l’impulsion, l’inertie et la friction.

La complexité relationnelle

Ils ne s’efforcent pas d’atteindre des résultats, mais bien plutôt cherchent à accueillir une réalité physique constamment changeante par une manière appropriée de se placer et de diriger leur énergie. »

Avec Paxton, l’Autre devient socle également, et même si le corps est une matière informe, mouvante, à remodeler, il se « fait » alors sculpture. Interagir avec l’Autre entraîne une réaction du corps récepteur, notamment par le regard.

Des réactions plus ou moins directes : soutenir ce regard, se cacher de l’Autre, de la société, s’habiller de tissus, se parer d’objets de consommation, se mettre à nu, se débarrasser de ce qui embarrasse les regards. Comme Dancing Machines, Danser sur un volcan réunit des œuvres d’artistes visuels et de chorégraphes. Qu’il ne faut rater sous aucun prétexte.

SD

ENCADRE

Le Frac de Franche Comté

Le Fonds régional d’art contemporain de Franche Comté est l’un des 23 Fonds régionaux d’art contemporain créés en 1982, dans le cadre de la politique de décentralisation mise en place par l’État. Il est financé par la Région (70%) et l’État (30%) qui contribuent également aux acquisitions d’œuvres.

Le Frac Franche-Comté est un lieu d’exception dédié à la découverte de la création artistique contemporaine. Il se veut un lieu d’échanges et de rencontres ouvert à tous les publics. Réalisé par Kengo Kuma, avec l’agence Archidev (Hervé Limousin et Séverine Fagnoni) et le paysagiste Jean Marc L’Anton, ce bâtiment à dimension humaine et à l’esthétique douce et lumineuse a été conçu pour faciliter la découverte des œuvres par le visiteur lors de sa déambulation.

ENCADRE

Une vraie richesse culturelle

Cette programmation s’appuie sur la collection du Frac, riche de 700 œuvres de 345 artistes, qui depuis 2006 privilégie les œuvres interrogeant la vaste question du temps, une problématique choisie pour sa permanence dans l’histoire de l’art, son actualité mais aussi pour son ancrage dans l’histoire régionale.

Depuis 2011, au sein de cet ensemble d’œuvres explorant la question du temps, le Frac s’est attaché à développer un axe dédié à des œuvres dites « sonores » lequel s’est vu récemment enrichi par un important dépôt du Centre national des arts plastiques (Cnap).

BON A SAVOIR

Danser sur un volcan – 14 mars – 19 septembre 2021

Frac Franche-Comté, cité des arts 2, passage des arts – Besançon

+33 (0)3 81 87 87 40

www.frac-franche-comte.fr

HORAIRES

14h – 18h du mercredi au vendredi

14h – 19h samedi et dimanche

Tarifs : Plein : 4€ ; Réduit : 2€

Gratuité : scolaires, moins de 18 ans et tous les

Dimanches et autres conditions tarifaires disponibles à l’accueil

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