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Art et Culture

Afrique. Transmettre la mémoire

Origines mixtes

Passionné par la vie des idées et l’actualité africaine, Karfa Diallo s’est éga-lement lancé dans le cyberjournalisme : il dirige le site sénégalais senenews.com, très lu et diffusé sur la Toile, qui n’hésite pas à donner son opinion sur les grandes questions de l’heure. Moins « exalté » que du temps de DiversCités, Karfa Diallo a fini par prendre le recul néces-saire vis-à-vis de ses amis du CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) afin de réfléchir à la façon dont il allait faire évoluer son action.

Très vite, la nécessité de mener son combat au-delà des frontières hexa-gonales s’est imposée. « Je me suis battu avec succès pour que le Sénégal devienne, en 2010, le premier pays africain à faire voter par l’Assemblée nationale une loi reconnaissant la traite négrière comme crime contre l’humanité. Je ne vais pas m’arrêter là », explique Karfa Diallo qui est de sang-mêlé peul et mauritanien.

Dialogue apaisé

Le Tchad, pressenti, s’est finalement rétracté, mais d’autres pays d’Afrique occidentale pourraient adhérer. Pour lui, la réflexion sur la traite ne concerne pas seulement l’Occident. « Même mon ethnie, les Peuls, a participé au commerce triangulaire. Il faudrait s’interroger sur la responsabilité des Africains dans l’esclavage. Mais aussi parler de la traite organisée par les Arabes, un sujet qui reste trop souvent tabou », regrette-t-il.

De retour à Dakar en tant que représentant de l’Association interna-tionale Mémoires & Partages, il insiste  sur le choix du 26 février, date anniversaire de la Conférence de Berlin (26 février 1885), pour lancer les activités de l’Association en terre africaine.

Karfa Diallo considère que grâce à ce travail de mémoire et de partage, l’association, par le biais notamment de l’École des mémoires, veut se donner les moyens d’une meilleure compréhension de la condition africaine, mais surtout d’une mobilisation intellectuelle et citoyenne « pour une réelle émancipation du continent ».

En partenariat avec le Goethe Institut, la Librairie Athéna, les Éditions de L’Harmattan et l’Institut culturel panafricain (Yene), des écrivains comme Boubacar Boris Diop, le journaliste Abdoulaye Bamba Diallo, le professeur d’histoire Ndiouga Benga ou Fadel Barro, un des leaders du mouvement Y’en a marre ont été invités à tirer les leçons de cet événement fondateur pour la création des États africains.

Il s’agissait, lors de ce colloque auquel de nombreux étudiants ont été invités, de discuter « des stratégies de résistance et d’invention que les peuples d’Afrique ont développées depuis ce dépeçage du continent, tout autant que des nécessités d’un dialogue apaisé avec les autres communautés ».

Un anniversaire qui, sans cela, serait passé inaperçu en Afrique, regrette Karfa Diallo : «Compte tenu de son histoire, l’Allemagne a une longueur d’avance sur la France en ce qui concerne les politiques publiques mémorielles », a-t-il encore commenté. Devenus « Sénégalais », « Gambiens », « Congolais », « Ivoiriens », etc., il y a 130 ans, sans qu’ils n’aient eu voix au chapitre, les Africains du continent subissent leur nationalité actuelle, quand ils ne l’instrumentalisent pas.

Il s’agit là d’un des événements les plus significatifs de l’histoire de la mondialisation dont les effets se font sentir, aujourd’hui encore. « Pourquoi l’OUA au moment de sa création, et l’Union africaine à sa suite, ont-elles décidé de l’intangibilité de ces frontières héritées de la colonisation avec tous les problèmes que cela pose aujourd’hui ? », s’est interrogée une participante.

Karfa Diallo considère que grâce à ce travail de mémoire et de partage, l’association, par le biais notamment de l’École des mémoires, veut se donner les moyens d’une meilleure compréhension de la condition africaine, mais surtout d’une mobilisation intellectuelle et citoyenne « pour une réelle émancipation du continent ». Tout un programme qui suppose que des bourses de recherche soient mises à disposition.

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