Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Analyse

Le prochain tsunami financier épargnera-t-il l’Afrique ?

La dette, donc le risque, a bondi en Afrique

De plus, la faiblesse des rendements sur les marchés incite les banques à chercher plus de rendements via des transactions avec ces institutions. Ce sont ces dernières qui achètent le plus les Eurobonds africains avec des spread allant de 400 à 900 points de base. L’abondance de ces liquidités affecte l’appréciation du risque des investisseurs.

Ces données renseignent sur la fragilité de l’économie mondiale. Une nouvelle crise financière, plus violente que celle de 2008, semble poindre à l’horizon. Il faudra noter que lors de la dernière crise, l’Afrique fut épargnée car très peu connectée au système financier international.

Cette fois c’est bien différent vu que les pays africains ont eu souvent recours aux marchés des Eurobonds, depuis 2008, ainsi qu’à d’autres types d’emprunts privés et publics. Pour l’Afrique subsaharienne, la dette totale des gouvernements a pratiquement doublé, exprimée en pourcentage du PIB, de 26,2 % à 45,1 % entre 2009 et 2017. La dette externe a crû d’environ 75 % sur la même période, de 257,8 milliards $ à 453,9 milliards $. En moyenne, la dette publique en pourcentage du PIB, en devises étrangères, est passée de 23 % à 32 % entre 2013 et 2017.

Pour toutes ces raisons, la prochaine crise sera un « tsunami financier » dont la déflagration serait plus forte et n’épargnera pas l’Afrique. Le premier canal de transmission serait celui de l’exposition à l’endettement externe et au risque de refinancement. Le second serait celui d’une chute des cours des principaux

produits d’exportations (contraction de la demande et des prix). L’effet induit serait une baisse des recettes d’exportations et une contraction du secteur productif dans les pays africains. Il en résulterait un alourdissement du service de la dette par rapport aux exportations et un poids plus important par rapport aux revenus publics disponibles.

L’urgence pour les pays africains est de rendre leur croissance économique (moyen-long termes). Cela passe par l’accélération des initiatives de l’Union africaine comme la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) ; les projets d’industrialisation ; la réduction des risques idiosyncrasiques ; et l’approfondissement des systèmes financiers locaux.

Ainsi, la ZLEC vise à créer un marché commun de 1,2 milliard d’habitants, dont le PIB cumulé avoisinerait 3 000 milliards de dollars. Ce qui permettrait d’introduire des règles de protection interne en faveur des productions africaines et stimuler le commerce intra-africain. À court et moyen termes, il faudra réduire la dynamique de l’endettement, particulièrement la dette externe en devises, et renforcer la gestion des finances publiques. Il sera plus difficile de faire face à un choc externe avec des déficits publics et un niveau d’endettement élevé. 

*Expert financier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

  • Covid-19 : Double défi de l’Afrique

    Selon les experts de la Banque mondiale, l’Afrique doit à la fois protéger les vies et protéger les moyens d’existence. Il lui faut aider ses secteurs d’activité, y compris informels…

  • Vers un prix plancher pour le cacao ?

    Au terme d’un bras de fer d’un mois, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont repris la vente des fèves de cacao sur le marché mondial. S’ils n’obtiennent pas un prix plancher ferme, les producteurs…