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Analyse

Le prochain tsunami financier épargnera-t-il l’Afrique ?

Toutes les conditions sont réunies pour une nouvelle crise financière et bancaire internationale, à l’image de celle vécue en 2008-2010. À l’époque, l’Afrique avait été épargnée. Depuis, elle est devenue plus dépendante de la finance mondiale. Des mesures de prévention s’imposent.

Par Cédric Mbeng Mezui*

L’effet d’hystérèse dû à la dernière crise financière est encore perceptible dans les économies avancées, particulièrement en Europe. Pendant ce temps, les ingrédients d’une autre crise financière se mettent progressivement en place : explosion des dettes publiques et privées, excès de liquidités sur les marchés, appréciation des actifs financiers, faible inflation et tensions géopolitiques… La planche à billets a été la solution privilégiée pour endiguer la crise de 2008.

Le total bilan des grandes Banques centrales (la FED, la BoE, de la BoJ, de la BCE et la Banque centrale de Chine) a augmenté de plus de 13 000 milliards de dollars entre 2008 et 2015, soit l’équivalent du PIB de la Chine. Le niveau de la dette mondiale à travers tous les secteurs se situe à environ 215 000 milliards $ (soit 325 % du PIB mondial) en 2016, c’est 70 000 milliards $ de plus qu’il y a dix ans, selon les données de l’Institut international de finance.

Il apparaît que la dette des économies développées a atteint 160 000 milliards $ (390 % de leur PIB), soit 32 000 milliards de plus qu’en 2006, essentiellement du fait du secteur public. La dette des économies émergentes aurait atteint 55 000 milliards $ (215 % de leur PIB), soit 39 000 milliards de plus qu’en 2006 alors que l’augmentation n’était que de 9 000 milliards entre 1996 et 2006. La Chine semble très vulnérable, le ratio dette totale/PIB est passé de 120 % à 260 % en dix ans, surtout du fait des entreprises.

De plus, il faudra tenir compte du contexte macroéconomique. D’une part, la nouvelle politique fiscale adoptée par les États-Unis (2017) se traduit par une baisse des impôts pour les ménages et les entreprises, ce qui va augmenter les besoins de financements des déficits publics américains et pourrait entraîner une hausse des taux d’intérêt. Cela se traduirait par un renchérissement des capitaux en dollars et des difficultés de refinancement pour les économies émergentes et en développement. D’autre part, la « guerre » commerciale entre les

Le premier canal de transmission d’une crise serait celui de l’exposition à l’endettement externe et au risque de refinancement. Le second serait celui d’une chute des cours des principaux produits d’exportations. Pourtant, des moyens de prévention existent déjà.

États-Unis et la Chine pourrait avoir des répercussions sur les économies. On note que l’indice de Shanghai Composite a reculé d’environ 30 % entre janvier et octobre 2018 et le yuan n’a cessé de reculer face au dollar.

L’onde de choc d’une décélération de l’économie chinoise pourrait se propager à l’ensemble de l’économie mondiale. Cet effet serait d’autant plus amplifié si la Chine venait à réduire ses achats et ses avoirs en bons du Trésor américains. Cela tendrait plus rapidement les taux américains en entraînant une réévaluation « brutale » des autres actifs financiers.

Un risque systémique aigu

Cette situation aurait aussi des répercussions sur la reprise économique en Europe qui est déjà perturbée. En effet, il faudrait surveiller les tensions sur la dette publique italienne. L’Italie est la troisième économie de la zone euro, avec environ 15 % du PIB de la zone (alors que la Grèce ne représentait que 3%).

Ce sont environ 2 300 milliards d’euros de dette, soit 132 % de son PIB en 2018. Sur le court terme, on note que l’indice ZEW, indicateur des perspectives d’activité dans la zone euro, a chuté au mois d’octobre 2018 pour toucher un plancher comparable aux années de crise de 2012 où la zone euro avait connu une décélération. Sans politique budgétaire fédérale et sans réformes de la zone euro, le risque systémique serait plus aigu.

À cela, il faudrait ajouter l’inconnu du shadow banking sur l’économie mondiale. Elle concerne les activités de banque menées par des entités qui ne reçoivent pas de dépôts, donc non régulées en tant que banque, notamment les fonds spéculatifs, les fonds d’investissement, les Trusts, les gestionnaires d’actifs, etc.

En 2015, il représentait plus de 92 000 milliards $, soit 150 % du PIB mondial, ce qui est supérieur au montant avant la crise financière de 2008. Pour la Chine, le shadow banking pèse environ 50 % de la richesse nationale selon différentes sources. Les États-Unis et l’Europe représentent environ deux tiers des activités. Le phénomène semble se développer davantage, vu que plusieurs grandes banques voudraient échapper aux contraintes de la réglementation de Bâle.

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