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Analyse

Covid-19 : Double défi de l’Afrique

Selon les experts de la Banque mondiale, l’Afrique doit à la fois protéger les vies et protéger les moyens d’existence. Il lui faut aider ses secteurs d’activité, y compris informels, tout en répondant à l’urgence sanitaire. Et les bailleurs doivent geler la dette de l’Afrique.

Par Laurent Soucaille

À son tour, la Banque mondiale (BM) publie ses scénarios et ses conclusions concernant la pandémie actuelle, y consacrant son bulletin Africa Pulse d’avril 2020.

L’impact de cette crise « sans précédent » sur la vie humaine et sur l’économie mondiale reflète « la vitesse et la gravité de la contagion, une plus grande intégration des marchés, et le rôle majeur que joue la Chine dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, les voyages et les marchés de matières premières », relatent les analystes.

Protéger les groupes vulnérables, intensifier les tests et encourager le port de masques pourraient s’avérer être des meilleures options que le confinement général.

Lesquels prévoient désormais une année de récession pour l’Afrique subsaharienne, là où beaucoup d’experts tablent encore sur une simple division par deux de la croissance. Pour la première fois depuis 25 ans, l’année 2020 pourrait se solder par une baisse de 2,1% à 5,1% des PIB de la région. Ce dernier chiffre repose sur l’hypothèse particulièrement pessimiste d’une crise qui se prolongerait jusqu’aux premiers mois de 2021. Plus optimiste, le premier chiffre suppose que progressivement, la Chine, puis l’Europe, vont bientôt mettre fin à leurs mesures de confinement et reprendre leurs activités économiques.

Sous ces hypothèses, les pertes de production dans la région pour 2020 vont se chiffrer entre 37 et 79 milliards de dollars. Cette prévision tient compte de la chute brutale de croissance des partenaires économiques que sont la Chine et la zone euro, ainsi que des mouvements sur les matières premières et l’arrêt de certains relais de croissance comme le tourisme.

La pandémie frappe les trois plus grandes économies d’Afrique (le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Angola) dans le contexte d’une faiblesse persistante de la croissance et des investissements, et d’un déclin des prix des matières premières.

Par rapport aux prévisions établies fin 2019, la croissance moyenne du PIB pourrait tomber de 6,9 à 8 points de pourcentage. « L’Afrique du Sud a le plus grand nombre de cas confirmés dans la région et les mesures strictes de lutte contre le virus et d’atténuation de ses conséquences pèsent sur son économie. »

Une perte de bien-être pour les populations

Généralement, les pays dépendants des exportations minières et pétrolières devraient être les plus durement frappés. Dans les pays ne disposant pas de grandes ressources naturelles, la croissance devrait ralentir, mais rester positive, pronostique la BM.

Pour autant, la croissance « va s’affaiblir de façon substantielle » dans les deux zones de croissance rapide, l’Ueoma et l’Afrique de l’Est, à cause de la faiblesse de la demande extérieure et des perturbations des chaînes de valeur et des productions nationales.

L’activité dans les pays dépendants du tourisme devrait également se contracter fortement. Quoi qu’il en soit, la croissance va retomber en deçà de la croissance démographique (2,7% l’an estimé), donc faire chuter le PIB/habitant, risquant d’aggraver les inégalités.

La BM prévoit « une perte de bien-être » des ménages de l’ordre de 7%, voire de 10% si la crise devait se prolonger. Les mesures de blocage des échanges ne font qu’aggraver la situation, expliquent les analystes qui exhortent au contraire les pays africains à « renforcer les chaînes de valeur régionales dans le cadre de l’accord de libre-échange continental africain », notamment pour écarter la menace d’une crise alimentaire.

Face aux creusements attendus des déficits publics et des déficits extérieurs, la Banque mondiale reconnaît la nécessité d’« un allégement provisoire de la dette pour lutter contre le Covid-19 et maintenir la stabilité économique dans la région ».

Dans une région qui pourrait avoir besoin de mesures de relance d’urgence d’un montant de l’ordre de 100 milliards $ (y compris d’une exonération des paiements des intérêts en 2020 estimée à 44 milliards $), un moratoire sur la dette pourrait immédiatement injecter des liquidités et agrandir l’espace budgétaire des gouvernements africains.

Pour une réponse africaine différenciée

Les dirigeants africains ont commencé à lancer des appels pour accroître les flux de ressources provenant de la communauté internationale, notamment celles provenant des institutions financières internationales, des bailleurs officiels bilatéraux et du secteur privé. La Banque mondiale et le FMI ont appelé à « un gel de la dette ». Une telle initiative « pourrait constituer une part importante de la réponse mondiale pour atténuer l’impact du Covid-19 sur les populations pauvres d’Afrique ».

Plus généralement, Une réponse politique africaine différenciée est absolument nécessaire », soutient la BM. L’enjeu est d’adapter la réponse politique de manière à refléter les caractéristiques structurelles des économies africaines et les contraintes particulières…

…auxquelles sont confrontés les responsables politiques, notamment le rétrécissement considérable de l’espace budgétaire et la forte diminution de la capacité opérationnelle de réponse. Les experts saluent : « Plusieurs pays africains ont réagi rapidement et de façon décisive. »

Toutefois, la BM s’interroge quant à la pertinence et l’efficacité probable de certaines de ces politiques, telles que les mesures strictes de confinement. La taille importante du secteur informel (89 % de l’emploi total), la précarité de la plupart des emplois, la couverture limitée des régimes de pension et d’assurance-chômage, et la prédominance des micro, PME dans les activités d’affaires (90 %) devront être prises en compte.

Les analystes exhortent les pays africains à « renforcer les chaînes de valeur régionales dans le cadre de l’accord de libre-échange continental africain », notamment pour écarter la menace d’unecrise alimentaire.

Car elles risquent d’affecter l’efficacité des mesures agressives de confinement. « Protéger les groupes vulnérables, intensifier les tests et encourager le port de masques pourraient s’avérer être des meilleures options. » L’Afrique étant confronté au double défi de « protéger des vies et protéger les moyens d’existence ». Dès lors, il est nécessaire de soutenir les secteurs d’activité, y compris informels.

L’Afrique doit minimiser les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire intra-africaines, et maintenir ouverts les couloirs logistiques pour éviter l’apparition d’une crise alimentaire dans la région. Les outils numériques sont là pour l’y aider.

À plus longue échéance, les responsables politiques et les partenaires au développement devront donc réfléchir aux moyens de préparer l’avenir et envisager des politiques qui renforcent la résilience et donnent aux économies africaines les moyens de se redresser plus vite et de s’épanouir après le Covid-19.

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