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Analyse et Opinion

Vers un excès d’offre de gaz ?

Vers un excès d’offre de gaz ?
  • Publiéjanvier 30, 2024

Égypte, Mozambique, Sénégal et Mauritanie, Gabon, ont de grands projets gaziers, à court et moyen terme. La demande sera-t-elle au rendez-vous ? Les marchés ne retiennent pas cette hypothèse, à ne pas négliger.

 

Si le prix mondial du gaz est retombé par rapport à son pic de 2022, il reste à un niveau deux fois supérieur à celui observé avant la pandémie et l’embargo de l’Union européenne sur le gaz russe. Ce niveau élevé reflète un manque d’offre, malgré la montée en puissance de certains pays producteurs pour pallier le recul de l’offre russe, résume une note du cabinet GSA (Global Sovereign Advisory).

Après s’être contractée en 2022, la demande mondiale devrait se redresser, sans pour autant retrouver sa norme historique (+1,6% par an en moyenne attendu entre 2023 et 2026). Et en Europe et en Amérique du Nord, la demande de gaz naturel devrait même reculer entre aujourd’hui et 2026, sous l’effet des économies d’énergie et d’un déploiement rapide des énergies renouvelables.

Compte tenu des perspectives de croissance de la demande modérée, et de la diversification des pays producteurs, et d’une augmentation de la part du gaz exporté sous forme de GNL, les marchés n’anticipent pas de hausse significative des prix à moyen terme.

« Du côté de l’offre, si les exportations par gazoducs restent contraintes par la géographie des réseaux, le développement du commerce de gaz naturel liquéfié (GNL), en plein essor, offre de nouvelles perspectives », explique GSA. En effet, la multiplication des pays fournisseurs de gaz naturel, avec notamment de nombreux projets gaziers d’extraction au Moyen-Orient, en Afrique, en Russie (qui continue d’approvisionner l’Asie) et de fabrication de GNL, principalement aux États-Unis et au Qatar, vont faire croître l’offre significativement.

Les projets de GNL mis en service à partir de 2025 devraient ajouter plus de 250 milliards de mètres cubes par an de nouvelles capacités d’ici 2030, soit l’équivalent de 45% de l’offre mondiale totale de GNL, et 6% de l’offre totale de gaz. « Cette forte croissance attendue de la production de GNL a le mérite de rendre le marché mondial du gaz plus interconnecté, mais pourrait donc contribuer à une baisse des prix du gaz à moyen terme. »

Et les analystes de s’interroger sur la viabilité de certains projets d’investissements : « Ceux prévoyant des coûts de production élevés et dont la mise en exploitation est relativement lointaine semblent les plus à risque. »

 

Une diversification plus forte de l’offre

Pour remplacer le gaz russe, d’autres producteurs sont apparus depuis 2022. Des pays occidentaux en ont profité, la Norvège, les États-Unis, l’Australie.

En Algérie, les infrastructures d’exportations de gaz vers l’Europe ont été fortement sollicitées, dès 2022. Les pipelines reliés à l’Espagne (Medgaz) et à l’Italie (Transmed), ainsi que l’usine de GNL du port de Skikda ont permis l’exportation de 49,6 milliards de mètres cubes en 2022 (dont 28.4% de GNL), une baisse due à des travaux de maintenance. Un rebond de la production et des exportations algériennes était attendu en 2023. Bien que le Président Tebboune ait affiché l’objectif de doubler la production en 20232, les données à septembre 2023 indiquent une progression de la production de 11% par rapport aux neuf premiers mois de 2022, essentiellement soutenue par les exportations de GNL.

 

D’ailleurs, cette évolution structurelle du marché vers davantage de GNL et une diversification plus forte de l’offre se traduit dans la répartition des importations des pays de l’OCDE qui, avec la Chine, sont les principaux consommateurs de gaz naturels dans le monde.

Un changement structurel sur le marché du gaz est aussi train de s’opérer du côté de la demande. À l’avenir, la croissance prévue de la demande mondiale de gaz devrait ralentir, passant d’une moyenne de 2,5% par an de 2017 à 2021 à 1,6% de 2022 à 2026, selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie). L’industrie devrait contribuer à près de 60% de cette demande supplémentaire, concentrée principalement dans les marchés à croissance rapide de l’Asie-Pacifique et les pays riches en gaz du Moyen-Orient.

En Europe et en Amérique du Nord, la demande devrait même reculer entre aujourd’hui et 2026, sous l’effet des économies d’énergie et d’un déploiement rapide des énergies renouvelables. Et l’excès d’offre, d’ici 2030, n’est donc pas impossible, et le rythme de production devrait s’adapter à une demande en ralentissement jusqu’en 2026.

Le Moyen-Orient devrait être la région où la production progresse le plus (+3,5% par an), sous l’effet d’une hausse de la consommation locale, en Arabie saoudite et en Iran notamment.

En Afrique, de nombreux projets de développement gaziers existent, car le gaz constitue une manne attractive pour les pays, mais la contribution à la production mondiale devrait rester limitée. La production devrait augmenter de 6 mds de m3 par an (en Algérie, en Égypte, au Congo et au Mozambique notamment), et être exportée à 60% sous forme de GNL.

 

De nouveaux acteurs, souvent africains

Sur ce segment, au niveau mondial, les capacités actuelles de fabrication et d’exportation avoisinent les 400 millions de tonnes métriques par an. Ce chiffre pourrait progresser de 200 millions de tonnes pendant les cinq prochaines années, et de 300 millions avant 2030. Aujourd’hui, la part du GNL dans le total de l’offre mondiale de gaz demeure inférieure à 10%, mais compte tenu des perspectives de croissance de la production, plus rapide que celles de l’offre totale de gaz, cette part est vouée à progresser.

On le voit, plusieurs projets d’importance conduiront à une multiplication des pays producteurs de gaz naturel. Le développement des capacités de production gazière a récemment pris de l’ampleur, motivé par l’escalade des tensions géopolitiques et par la montée des impératifs de transition énergétique.

Le paysage du marché du gaz, en pleine mutation, a vu émerger de nouveaux acteurs aux côtés des producteurs historiques que sont les États-Unis, la Russie, l’Iran, le Qatar, l’Australie, l’Arabie saoudite ou encore l’Égypte. En effet, les découvertes de gisements gaziers depuis les années 2010 ont permis l’arrivée de nouveaux protagonistes comme en témoignent les acteurs entrants sur le marché du gaz africain. Alors que le Nigeria, l’Égypte, la Libye et l’Algérie ont assuré 92% de la production gazière du continent entre 1970 et 2021, « les réserves découvertes dans les océans Indien et Atlantique ont considérablement redessiné les perspectives de production de la région », juge GSA. Actuellement, 84% des nouvelles réserves en préproduction en Afrique sont concentrées au Mozambique, au Sénégal, en Tanzanie, en Mauritanie, en Afrique du Sud et au Maroc.

Ces évolutions témoignent du développement rapide du nombre de projets d’extraction.

GNL Sénégal Mauritanie illustration

Quelque 120 unités gazières sont actuellement en construction à l’échelle mondiale. L’Asie compte 32 projets, tandis que l’Afrique en compte 29.

Parmi ces projets, quelques-uns se distinguent par leur envergure et leur impact potentiel sur la production énergétique à l’échelle locale, régionale, voire mondiale :

Le projet Mamba, initialement prévu pour entrer en production en 2024, mais retardé à l’horizon 2028-2030 en raison du contexte sécuritaire au Mozambique, résulte de la découverte d’une série de vastes gisements dans le bassin de Rovuma. Douze trains de liquéfaction sont en construction, chacun ayant une capacité unitaire de 1,5 million de tonnes par an.

Toujours au Mozambique, le projet Golfinho-Atum, dont la production devrait démarrer en 2026, repose sur l’exploitation d’un vaste complexe gazier de 2 654 millions de barils équivalents de pétrole par TotalEnergies. Une fois opérationnel, il devrait présenter une capacité de production de 12,8 millions de tonnes par an.

Le projet Grand Tortue Ahmeyim, situé à la frontière entre la Mauritanie et le Sénégal et dirigé par BP, vise l’extraction du gaz de champs découverts en 2014 et 2016. Les réserves combinées de ces champs atteignent 2 505 millions de barils équivalents pétrole. L’unité flottante de GNL en construction, prévue pour accueillir 2,5 millions de tonnes par an, devrait être opérationnelle au cours de la première moitié de l’année 2024, avec une capacité doublée grâce à la deuxième phase du projet, débutant en 2024 ou 2025.

Pour n’évoquer ici que les projets « africains ». Si cette surabondance de l’offre atténue les inquiétudes en matière d’approvisionnement énergétique, elle devrait aussi largement contribuer à une baisse des prix du gaz à moyen terme. Cependant, les acteurs du marché des matières premières ne semblent pas tenir compte de cette perspective de moyen et long-terme dans la formation des prix actuels.

Compte tenu des perspectives de croissance de la demande modérée, et de la diversification des pays producteurs, et d’une augmentation de la part du gaz exporté sous forme de GNL, permettant une plus grande flexibilité des flux commerciaux, les marchés n’anticipent pas de hausse significative des prix à moyen terme. Ils devraient cependant rester environ deux fois supérieurs à leurs niveaux historiques à court et moyen terme, proche du niveau de prix actuel, conclut GSA, qui appuie son analyse sur les données de l’AIE.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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