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Analyse et Opinion

Une éducation de qualité pour une population croissante

Une éducation de qualité pour une population croissante
  • Publiéavril 25, 2024

Les Africains ne peuvent pas se contenter d’attendre les hypothétiques bienfaits du dividende démographique, ils doivent intensifier leurs efforts en matière d’éducation, jugent deux économistes du FMI.

 

Malgré les contraintes budgétaires des gouvernements, les pays devraient donner la priorité à l’investissement dans les écoles avec l’aide de la communauté internationale, jugent deux économistes du FMI (Fonds monétaire international).

Certes, la transition démographique constitue « peut-être la plus grande opportunité pour les économies de l’Afrique subsaharienne », pour autant, « les pays ne pourront en profiter que s’ils investissent suffisamment dans l’éducation », écrivent Michele Fornino et, Andrew Tiffin.

Avec des politiques adaptées, notamment en matière d’éducation, l’Afrique subsaharienne pourrait attirer des flux d’investissement, de technologie et de savoir-faire à long terme.

On le sait, la population de la région devrait doubler pour atteindre 2 milliards d’habitants d’ici à 2050. Cette expansion sera tirée par la croissance de la population en âge de travailler, c’est-à-dire les 15-64 ans, qui dépassera les autres groupes d’âge et sera à l’origine de la quasi-totalité de l’augmentation.

Bien sûr, l’Afrique subsaharienne a obtenu « des progrès notables » en matière d’accès à l’école au cours des dernières décennies, mais les résultats dans la région restent inférieurs à ceux d’autres marchés émergents et économies en développement, détaillent les Perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne.

Près de trois enfants sur dix en âge d’être scolarisés ne vont pas à l’école. Pour les élèves de l’école primaire, le taux d’achèvement est d’environ 65 %, alors que la moyenne mondiale est de 87 %. Le taux d’alphabétisation des 15-24 ans n’est que de 75 %, ce qui est inférieur au taux de près de 90 % enregistré dans d’autres marchés émergents et économies en développement. En outre, les fermetures d’écoles liées à la pandémie ont entraîné des pertes d’apprentissage qui, dans certains cas, ont annulé des années de progrès.

Ces lacunes s’expliquent notamment par le fait que, dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, les dépenses publiques consacrées à l’éducation ne sont pas à la hauteur des normes internationales. Le budget médian de l’éducation représentait environ 3,5 % du produit intérieur brut en 2020, ce qui est inférieur à la recommandation internationale d’au moins 4 % du PIB.

 

Surveiller l’efficacité des fonds alloués

Selon le FMI, pour atteindre l’objectif clé du développement durable, à savoir la scolarisation universelle dans le primaire et le secondaire d’ici à 2030, il pourrait être nécessaire de doubler les dépenses d’éducation en pourcentage du PIB, y compris en faisant appel à des sources de financement tant publiques que privées.

Évolution annuelle de la population en âge de travailler (en millions de personnes âgées de 15 à 64 ans). Rouge : Afrique subsaharienne ; bleu : reste du monde (Sources : Nations unies et FMI).
Évolution annuelle de la population en âge de travailler (en millions de personnes âgées de 15 à 64 ans). Rouge : Afrique subsaharienne ; bleu : reste du monde (Sources : Nations unies et FMI).

 

Toutefois, précisent les économistes, s’il est important d’augmenter les dépenses pour améliorer l’accès à l’éducation, il est essentiel de veiller à ce que les fonds soient utilisés de manière efficace. En effet, pour le pays médian d’Afrique subsaharienne, seuls 15 % des élèves de l’enseignement primaire et secondaire obtiennent des résultats d’apprentissage supérieurs au minimum requis, alors que les taux de formation des enseignants n’ont cessé de baisser depuis deux décennies.

L’investissement dans l’éducation apporte des gains économiques évidents à long terme qui justifient largement son coût. L’augmentation des dépenses publiques en matière d’éducation offre des avantages économiques tels qu’une productivité accrue et des investissements étrangers. « Les gouvernements d’Afrique subsaharienne devraient protéger les budgets de l’éducation dans un contexte de contraintes budgétaires plus strictes et de resserrement des financements, et mettre en œuvre les meilleures pratiques en matière de gestion des finances publiques pour augmenter les recettes nationales et s’assurer que les fonds sont bien dépensés. »

Pour leur part, les bailleurs de fonds et les organisations internationales devraient maintenir ou accroître leur soutien au financement de l’éducation dans toute la région. « Cela garantira l’offre d’une main-d’œuvre productive dont le monde vieillissant aura de plus en plus besoin, et aidera la région à devenir l’une des sources les plus dynamiques de la nouvelle demande de consommation et d’investissement dans le monde », jugent les économistes.

Plus généralement, il est essentiel de mieux relier les abondantes ressources humaines de la région à l’abondance des capitaux dans les économies avancées et les principaux marchés émergents. Avec des politiques adaptées, notamment en matière d’éducation, l’Afrique subsaharienne pourrait attirer des flux d’investissement, de technologie et de savoir-faire à long terme. Compte tenu de l’évolution rapide des technologies et du paysage de l’emploi, cela pourrait permettre de libérer tout le potentiel des jeunes de la région et de mieux les préparer pour l’avenir.

Le dividende démographique exige davantage d’investissements

@AB

Écrit par
Aude Darc

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