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Analyse et Opinion

Une désinflation contrariée par les conflits régionaux

Une désinflation contrariée par les conflits régionaux
  • Publiéavril 29, 2024

La Banque mondiale prévoit une légère décélération des prix des matières premières mais ses projections sont compromises par les conflits au Proche-Orient et en Ukraine, notamment.

 

Les tensions accrues au Moyen-Orient exercent une pression à la hausse sur les prix des principaux produits de base, notamment le pétrole et l’or. Le recul de l’inflation des prix à la consommation en sera ralenti, de même que la baisse des taux d’intérêt. Certains métaux comme le cuivre atteignent des prix élevés, ce qui reflète à la fois les difficultés de l’offre, ou des transports, et une activité industrielle soutenue. Tel est le sentiment de la Banque mondiale (BM) qui vient de publier son rapport d’avril 2024 sur les matières premières.

« L’un des principaux moteurs de la désinflation, à savoir la chute des cours des produits de base, a atteint ses limites. Cela signifie que les taux d’intérêt pourraient rester plus élevés que prévu cette année et l’année prochaine. »

« On voit émerger une divergence frappante entre croissance et prix des produits de base : malgré une croissance mondiale relativement plus faible, les prix des produits de base resteront très probablement plus élevés en 2024-2025 qu’au cours des cinq années précédant la pandémie de Covid-19 », résume Ayhan Kose, un des économistes de la BM.

En effet, en 2024 et 2025, les prix globaux des produits de base devraient diminuer légèrement, tout en restant supérieurs d’environ 38 % aux niveaux d’avant la pandémie. Contrairement aux prix de la plupart des autres produits de base, les prix du pétrole devraient augmenter en 2024, de 2 %. Les prix de l’or et du cuivre devraient également augmenter cette année, respectivement de 8 % et de 5 %.

La mine d'or Kibali, l'une des plus importantes d'Afrique.
La mine d’or Kibali, l’une des plus importantes d’Afrique.

Cela ne sera pas sans conséquences : dans l’ensemble, les effets désinflationnistes de la modération des prix des produits de base semblent avoir disparu. La persistance des prix élevés des produits de base, par rapport aux niveaux d’avant la pandémie, malgré une croissance modérée du PIB mondial, indique que plusieurs forces sont en jeu : les tensions géopolitiques poussent les prix à la hausse, les investissements liés à la transition vers des énergies propres soutiennent la demande de métaux, et l’augmentation des investissements dans l’industrie et les infrastructures en Chine compense en partie la faiblesse de son secteur de l’immobilier.

Le risque de nouvelles tensions sur les prix n’est pas exclu, « ce qui retarderait encore l’assouplissement monétaire mondial », prévient la BM. D’autre part, l’insécurité alimentaire, qui s’est considérablement aggravée en 2023 en raison des conflits armés et de la hausse des prix des denrées alimentaires, pourrait également s’accroître davantage.

 

Hausse prévisible des prix des métaux de base

Et la BM de s’interroger sur une possible hausse des prix des matières premières, en particulier ceux du pétrole, en cas d’escalade régionale du conflit au Moyen-Orient, qui pourrait avoir des conséquences sur l’inflation mondiale. D’autre part, la lutte contre le changement climatique constitue une toile de fond de plus en plus importante. Les investissements à forte intensité de métaux dans les technologies énergétiques propres augmentent à des taux à deux chiffres, ce qui crée un effet de levier durable pour les prix des métaux de base.

De plus, selon la BM, les prix agricoles devraient fléchir cette année (-6%) et en 2025 (-4%), en raison de l’augmentation de l’offre et de l’atténuation du phénomène El Niño, qui affecte principalement les cultures vivrières. Pourtant, les prix des matières premières agricoles, en revanche, devraient rester stables. Les prix des engrais continueront probablement à baisser fortement, sous l’effet de la baisse des coûts des intrants tels que le gaz naturel.

Du côté des métaux précieux, le prix de l’or devrait se stabiliser à son récent niveau record jusqu’à la fin de l’année, ce qui se traduirait par une augmentation de 8 % du prix annuel moyen en 2024. On le sait, l’or jouit d’un statut particulier parmi les actifs financiers, son prix augmentant souvent pendant les périodes d’incertitude géopolitique et politique élevée, y compris les conflits. Ce statut de « valeur refuge » devrait se renforce en 2024, jugent les économistes.

« La bataille de l’inflation n’est pas encore gagnée, explique Indermit Gill, économiste en chef de la BM ; l’un des principaux moteurs de la désinflation, à savoir la chute des cours des produits de base, a atteint ses limites. Cela signifie que les taux d’intérêt pourraient rester plus élevés que prévu cette année et l’année prochaine. Le monde se trouve dans une situation de vulnérabilité : un choc énergétique majeur pourrait saper une grande partie des progrès réalisés ces deux dernières années dans la réduction de l’inflation. »

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Encadré

Dangers sur la sécurité alimentaire

 

L’inflation alimentaire a dépassé 5 % dans la moitié des pays des régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, de l’Amérique latine et des Caraïbes, de l’Asie du Sud et de l’Afrique subsaharienne, relève la BM. Après avoir doublé entre 2018 et 2022, l’insécurité alimentaire aiguë s’est encore aggravée l’année dernière, malgré la modération de l’inflation alimentaire.

BM Commodity Markets Outlook couvertureLes dernières données pour 48 pays en situation de forte insécurité alimentaire indiquent une augmentation de 10 % de l’insécurité alimentaire aiguë en 2023. Si la hausse des prix des produits de base est un facteur crucial, les conflits armés sont souvent le principal moteur des crises alimentaires.

L’augmentation mondiale des conflits et de l’instabilité – y compris les conflits au Moyen-Orient et en Afrique subsaharienne –, a considérablement exacerbé l’insécurité alimentaire. « Si les conflits s’intensifient encore, la faim dans le monde pourrait s’aggraver considérablement », redoute la BM.

Car les installations de la Russie pourraient réduire l’approvisionnement en céréales, tandis que de nouvelles agressions contre des navires en mer Rouge pourraient obliger davantage de navires originaires de la mer Noire à se dérouter, ce qui allongerait les itinéraires d’approvisionnement.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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