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Analyse et Opinion

Un départ bénéfique des banques françaises

Un départ bénéfique des banques françaises
  • Publiémai 2, 2024

Le retrait des banques françaises d’Afrique donne aux groupes panafricains émergents une marge de manœuvre importante pour se développer, que ce soit de manière organique ou par le biais de fusions et acquisitions.

 

Le départ des banques françaises comme la Société Générale (SG) devrait stimuler la concurrence et profiter aux secteurs bancaires africains, malgré quelques défis à court terme. Tel est le sentiment des analystes de Fitch Ratings exprimé dans une note rendue publique le 26 avril 2024.

La croissance du crédit devrait s’accélérer avec le retrait des banques françaises, car bien que celles-ci soient principalement situées dans des segments moins risqués, cela contribuera à préserver les paramètres de qualité des actifs. 

Cette note commente principalement l’annonce, par SG, de la vente de la Société Générale Marocaine de Banques (SGMB) et de ses filiales au conglomérat marocain Saham Group, le 12 avril. Cette opération fait suite à plusieurs cessions de banques françaises en Afrique au cours des dernières années. Au cours des six derniers mois, SG a également conclu la vente d’autres filiales africaines plus petites et a lancé une étude stratégique pour céder sa participation de 52,34 % dans l’Union Internationale de Banques, basée en Tunisie.

« La présence africaine de BNP Paribas, BPCE et Crédit agricole a également diminué au cours des dix dernières années et est désormais très limitée », considèrent les analystes de Fitch Ratings qui prévoient « d’autres cessions dans les 12 à 24 prochains mois, en particulier si les valorisations sont attrayantes pour les banques vendeuses ».

Toutefois, les filiales cédées sont confrontées à plusieurs défis, car l’« appétence pour le risque » de leur maison mère est inférieure à celui de leurs concurrents locaux. En outre, la sortie d’actionnaires étrangers bien notés est souvent négative pour le crédit des filiales, observe l’agence de notations financières. Laquelle a, comme de juste, place les notations nationales de SGMB sous surveillance négative ; « ce qui signifie qu’une fois la vente réalisée, nous ne tiendrons plus compte du soutien potentiel de SG, qui est susceptible d’entraîner un abaissement de la note ».

Une telle décision ne serait pas sans conséquences : un abaissement de la notation, ou la sortie d’un actionnaire étranger, rend plus difficile l’accès au système financier mondial et aux banques correspondantes, « ce qui perturbe les transferts de fonds transfrontaliers, les paiements et les activités de financement du commerce ». Sur de nombreux marchés subsahariens où les liquidités en devises sont limitées, l’accès aux devises fortes pourrait également être plus difficile sans les lignes de liquidités en devises que les banques mères françaises fournissent généralement pour soutenir les activités de financement du commerce. Toutefois, reconnaît Fitch, « il s’agit d’obstacles à court terme et les banques ont généralement un bon accès aux financements des institutions de financement du développement ».

 

Vista et Coris, des concurrents crédibles

Aussi, les analystes envisagent-ils déjà « des opportunités significatives » pour les banques africaines, malgré les défis. « Certains groupes bancaires aux ambitions panafricaines devraient finir par acquérir suffisamment d’envergure pour concurrencer les institutions établies de longue date », jugent les analystes qui songent en premier lieu au groupe Vista. Ce dernier a accepté d’acquérir plusieurs filiales (dont certaines de la SG) en Afrique subsaharienne en 2023, ce qui porterait sa présence africaine à seize pays.

De son côté, Coris Bank, présente dans onze pays africains, a finalisé l’acquisition de la filiale tchadienne de la SG en janvier et attend l’approbation réglementaire pour acquérir la filiale mauritanienne de la SG. « Vista et Coris apparaissent comme des concurrents crédibles pour les groupes bancaires panafricains bien établis en Afrique du Sud, au Nigeria et au Maroc. »

L’intensification de la concurrence entre les groupes bancaires panafricains devrait stimuler la croissance du crédit. Les filiales africaines détenues par des groupes français sont souvent incapables de cibler certains segments de l’économie en raison du faible goût du risque de leur banque mère, et elles suivent des politiques de classification des prêts et de provisionnement plus strictes que les banques détenues localement. « Cela peut freiner la croissance et la rentabilité. »

De plus, une gestion plus stricte du capital, avec des réserves plus importantes que les exigences réglementaires minimales locales, a également limité les prêts des filiales. C’est pourquoi les analystes s’attendent « à ce que la croissance du crédit s’accélère avec le retrait des banques françaises, bien que principalement dans des segments moins risqués, ce qui contribuera à préserver les paramètres de qualité des actifs ». 

Parallèlement, le retrait de la banque de détail et de la banque commerciale en Afrique est « légèrement positif » pour les banques françaises, en matière de crédit. Elles se recentrent sur les marchés plus matures de la banque de détail en Europe et sur des activités telles que l’assurance, le crédit-bail et la banque de financement et d’investissement, où elles peuvent réaliser des synergies plus importantes. La réduction de leur présence en Afrique correspond également mieux à leur profil de risque « conservateur » et à leurs efforts pour optimiser les actifs pondérés en fonction des risques dans le cadre de la surveillance bancaire européenne, qui est plus stricte que la surveillance locale pour leurs homologues africains. D’autant que « les incertitudes économiques croissantes et les tensions géopolitiques accrues dans certains pays africains influencent également leur réévaluation stratégique ».

@ABanker

Écrit par
Aude Darc

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