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Analyse et Opinion

Tunisie : Une urgence pour le futur mais avec qui composer ?

Tunisie : Une urgence pour le futur mais avec qui composer ?
  • Publiédécembre 4, 2023

Renforcer les infrastructures, protéger, décarboner, améliorer l’efficacité énergétique… le rapport de la Banque mondiale sur la Tunisie prend peu de risque. Il reste évasif quant aux moyens financiers non conventionnels à mobiliser et à la nécessaire formation des ressources humaines.

 

Publié à l’occasion de la COP28, le rapport de la Banque mondiale sur la Tunisie présente une tonalité plutôt alarmiste. Sa centaine de pages nous éloigne de l’image de la belle Tunisie, celle ancrée dans l’imaginaire collectif. Le ton est sec et sans concessions. Le changement climatique est en train de d’impacter les Tunisiens de manière inexorable.

En particulier, 2050 apparaît comme une date fatidique où tout va changer. D’abord l’augmentation simultanée de la fréquence des risques climatiques extrêmes. À cela se rajoute un stress hydrique majeur puisque la demande d’eau pourrait dépasser l’offre de 28 % !

Face à une situation inédite et urgente, on ne peut pas continuer à mobiliser les mêmes instruments conventionnels. Et puis quid de la formation au-delà de la formation technique évoquée dans le rapport ?

Ensuite, la description de l’érosion côtière de 70 cm par an et la submersion des terres, due à l’élévation du niveau de la mer et les inondations, font froid dans le dos.

Le rapport tranche clairement et froidement : « Si la Tunisie ne gère pas de manière urgente ces risques liés aux changements climatiques, l’économie pourrait se contracter de 3,4 % en termes de PIB d’ici 2030 (près de 5,6 milliards de dinars ou 1,8 milliard de dollars) par an en valeur actuelle nette ».

 

Où trouver les moyens ?

La Tunisie est tenue par la CDN qu’elle a définie. La « Contribution déterminée au niveau national », est un plan d’action climatique visant à réduire les émissions et à s’adapter aux effets des changements climatiques. La Tunisie, pour réaliser sa CDN, a besoin d’environ 19,4 milliards $ sur la période 2021-2030 or le budget annuel du pays ne dépasse pas les 25 milliards $. En d’autres termes où trouver cet argent ?

 

Or, la Tunisie dispose de fonctions de gouvernance du changement climatique encore faibles : pas de loi-cadre, pas d’évaluation des risques, pas de dépenses climatiques prévues au Budget…

Face à un État déjà engourdi par les crises économique et sociale, l’action sur le climat en Tunisie apparaissait il y a à peine trois ans en seconde position, voire n’être qu’un luxe. Aujourd’hui la question du climat et celle de la RSE (responsabilité sociale des entreprises) en général sont abordées en rang dispersé. Chacun y va de sa vision et de son « son de cloche » mêlant organismes publics et privées, bref une cacophonie amplifiée par une profusion d’experts autoproclamés.

 

Quels financements ?

Suggérant au pays de renforcer les infrastructures, de protéger, de décarboner, d’améliorer l’efficacité énergétique, etc., le rapport prend peu de risque et reste très classique dans ses suggestions.

À l’éternelle idée de réduction des dépenses, y compris des subventions énergétiques, se mêle l’idée que plusieurs domaines dépendront encore de l’investissement public. Il s’agit de l’investissement dans les infrastructures publiques comme l’approvisionnement en eau, la gestion côtière…

La Tunisie en quête d’un nouveau modèle économique

Et, en même temps, le rapport suggère qu’il importe de compter sur les financements privés, bilatéraux, multilatéraux et internationaux, jugés essentiels pour répondre aux importants besoins d’investissement climatique.

Enfin, les banques pour financer et gérer les risques climatiques ne sont pas oubliées, ni même le marché financier.

Note : Le RCP (ou PCR) 8.5 est le scénario le plus pessimiste retenu par la Banque mondiale en matière de réchauffement climatique.
Note : Le RCP 8.5 est le scénario le plus pessimiste retenu par la Banque mondiale en matière de réchauffement climatique.

 

De belles idées respectables. Mais face à une situation inédite et urgente, on ne peut pas continuer à mobiliser les mêmes instruments conventionnels. Et puis quid de la formation au-delà de la formation technique évoquée dans le rapport ? Quid des experts ESG, des analystes de la transition écologique et numérique, des spécialistes qui définiront des solutions adaptées au pays notamment en matière de financement ? Qui va les former ? Autant dire que plusieurs maillons de la chaîne de la transition manquent à l’appel. Le mérite de ce rapport demeure néanmoins celui de lancer un débat structurant à la hauteur des enjeux qui affectent jour après jour ce beau pays.

 

Dhafer Saïdane est directeur du MSc Sustainable Finance & Fintech – SKEMA Business School

@AB

Écrit par
Dhafer Saïdane

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