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Analyse et Opinion

Tchad : diversifier l’économie pour stimuler la croissance

Tchad : diversifier l’économie pour stimuler la croissance
  • Publiénovembre 28, 2023

Le Tchad a toutes les cartes en main pour stimuler son économie, à moyen et long termes, et réduire sa vulnérabilité aux chocs, juge la Banque mondiale. Qui émet une série de recommandations pour une meilleure utilisation des ressources et une meilleure gouvernance.

 

Le bilan n’est pas nouveau : la croissance économique du Tchad, volatile, a largement dépendu, ces dernières décennies, du secteur pétrolier, des chocs climatiques et du niveau d’insécurité plutôt que de facteurs économiques structurels à long terme. Ce constat sert de préambule à un Mémorandum économique publié par la Banque mondiale, sous-titré « Stimuler la croissance et réduire la vulnérabilité ».

En effet, le secteur pétrolier représente environ 85 % des exportations totales du pays et le pétrole représente en moyenne 56 % des recettes fiscales totales, « ce qui témoigne d’une faible diversification économique ». Et les investissements publics n’ont fait qu’aggraver cette dépendance aux cycles du pétrole.

Au Tchad comme ailleurs, « la diversification et la transformation de l’économie sont essentielles pour créer durablement de meilleurs emplois à grande échelle », observe la Banque mondiale.

De plus, au cours de la dernière décennie, les conflits et violences impliquant divers groupes se sont multipliés. Chaque épisode de conflit majeur a perturbé les activités économiques, entraîné une contraction de la croissance ou une récession. La faible productivité, combinée à une moindre accumulation de capital humain et physique, a limité le potentiel de croissance du pays à une moyenne de 3,7 % entre 2010 et 2022, soit 0,7 % pour la croissance du PIB par habitant. La productivité est restée trop faible pour impulser le changement structurel de l’économie visant à transformer le Tchad en un pays à revenu intermédiaire. Le tout aggravé par les chocs climatiques, précise la Banque mondiale, qui considère le Tchad comme un des pays les plus vulnérables, de ce point de vue.

Et de redouter : « À l’avenir, on s’attend à d’importantes pertes économiques dues au changement climatique, et des interventions d’adaptation substantielles sont nécessaires pour réduire les impacts négatifs sur la croissance et la réduction de la pauvreté. »

Et aujourd’hui, « la gestion des revenus pétroliers du Tchad reste médiocre et complexe, ce qui pose de nombreux défis liés à la volatilité des prix du pétrole et de la production ». Certes, le pays a développé son secteur pétrolier dans des conditions difficiles, mais « le secteur pétrolier reste une enclave avec peu de connexions avec l’économie non pétrolière ».

Indispensable, la diversification de l’économie du Tchad pourrait accélérer sa croissance à long terme, juge la Banque mondiale.
Indispensable, la diversification de l’économie du Tchad pourrait accélérer sa croissance à long terme, juge la Banque mondiale.

 

En outre, la gestion des finances publiques et d’autres faiblesses budgétaires empêchent la transmission des ressources pour investir dans la productivité de l’économie non pétrolière. De surcroît, le secteur pétrolier tchadien contribue largement aux émissions de carbone du pays : il continue de pratiquer le torchage de gaz et ne parvient pas à gérer correctement l’eau produite.

 

Des efforts insuffisants

Et pourtant, insiste la Banque mondiale, « la gestion des revenus pétroliers peut être améliorée par la mise en œuvre de nouveaux mécanismes de gestion de revenus ». Cela suppose, notamment, par l’investissement dans des infrastructures, un pas « essentiel pour accélérer la croissance économique du Tchad, car des infrastructures fonctionnelles et accessibles sont nécessaires pour un développement économique durable ».

En particulier, le pays doit améliorer son accès au capital physique. Outre leur effet sur la croissance, les infrastructures contribuent au développement humain, et une absence ou une inadéquation de celles-ci a un impact sur le développement des entreprises. Priorité doit être donne aux infrastructures qui soutiendraient la fourniture de services de base aux pauvres ou à ceux qui vivent dans des zones mal desservies. L’effort sporadique consenti par le pays semble insuffisant. Résultat : « Le coût des infrastructures est très élevé, ce qui réduit l’attractivité et la compétitivité du pays », note la BANQUE MONDIALE qui évoque aussi bien l’électricité, les routes, l’accès à l’Internet…

Il est vrai que longtemps, la politique budgétaire a été davantage orientée vers les dépenses récurrentes que vers les dépenses d’investissement. De même, le Tchad ne consacre que peu de ressources à l’éducation, à l’enseignement et à la formation techniques, ainsi qu’au développement des compétences. Une grande partie des jeunes d’âge scolaire n’étant pas scolarisés, le profil de compétences de la main-d’œuvre tchadienne ne devrait pas s’améliorer à moyen terme, redoute la BANQUE MONDIALE.

Et pourtant, « le Tchad pourrait devenir un pays à revenu intermédiaire faible d’ici 2045 », à condition de mettre en œuvre diverses réformes. Lesquelles permettraient à la croissance du PIB par habitant, quasi-nulle à horizon 2029, d’atteindre 3,2 % en moyenne dans les années 2030 et 5,2 % la décennie suivante.

 

Des règles fiscales à revoir

Et la Banque mondiale de recommander « un pacte social plus inclusif », à l’adresse des autorités de la transition. Plus précisément, « le gouvernement pourrait faire avancer le processus de décentralisation afin de renforcer la gouvernance locale et d’améliorer l’administration du secteur public en établissant un processus budgétaire transparent et efficace ».

Le Tchad devrait réaliser des investissements importants en matière d’adaptation au changement climatique et prendre des mesures pour rendre la croissance plus durable et plus résistante. Des actions pertinentes sont nécessaires dans cinq domaines spécifiques : les institutions, le financement du climat et l’atténuation des risques, l’énergie, les paysages et les villes. En outre, le Tchad devrait renforcer sa résistance aux effets du changement climatique sur l’agriculture, l’élevage et les inondations. Il devrait intégrer les risques liés aux catastrophes et au climat dans le système d’investissement public.

Etude Banque mondiale, Tchad, , novembre 2023, couverture

De plus, le pays devrait adopter un cadre de gestion des recettes pétrolières adéquat et conforme aux règles fiscales de la CEMAC afin de tirer davantage profit de son secteur pétrolier. Investir davantage dans les compétences, instaurer un cadre de gestion plus transparent, y inclure un volet de stabilisation macroéconomique et un volet d’infrastructure.

II s’agit également d’améliorer l’efficacité et l’efficience de la gestion des investissements publics et de la passation des marchés pour réduire le déficit d’infrastructures. En 2020, le Tchad a adopté un nouveau cadre institutionnel pour la gestion des investissements publics, mais son opérationnalisation fait face à des défis majeurs.

À cet égard, il conviendra d’explorer la participation directe du secteur privé dans les infrastructures afin d’attirer les fonds et les compétences nécessaires pour améliorer l’offre d’infrastructures et renforcer la diversification économique. Les réformes en ce sens n’ont eu qu’un effet limité, par exemple dans les nouvelles technologies, tandis que le cadre des PPP (partenariats public-privé) n’est pas opérationnel. Tout cela s’accompagne, bien entendu, d’une amélioration de la gouvernance, notamment celle des entreprises publiques.

Au Tchad comme ailleurs, « la diversification et la transformation de l’économie sont essentielles pour créer durablement de meilleurs emplois à grande échelle », observe la Banque mondiale. C’est pourquoi le pays devrait réduire la pauvreté éducative en construisant un capital humain et une base de compétences solides, ce qui nécessiterait de renforcer la pertinence et la qualité du système de développement des compétences.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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