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Analyse et Opinion

Si Ebola m’était conté

Quelle leçon tirer d’Ebola ?

Il apparaît ainsi que le système de santé est trop important pour être abandonné à la seule gestion de l’État. La faiblesse des ressources est certes en cause quand on évalue la performance des systèmes de santé des pays africains. Mais nous ne pouvons pas ignorer le défaut de gouvernance. Dans plusieurs pays africains, les ressources publiques, autant que les revenus privés permettraient des soins peu onéreux et plus inclusifs. Dans ces pays, la cause majeure de l’explosion des coûts de santé est le non-respect de « la subsidiarité de l’offre ».

Le gouvernement financerait ses dépenses de santé par les prélèvements sur les salaires ou l’impôt.

 Ce qui signifie que l’État ne devrait fournir des prestations de santé que là où l’initiative privée n’est pas en mesure de le faire. L’offre de santé ne serait pas pour autant soumise à la loi de la jungle. Le secteur privé financerait ses prestations par ses recettes, dans un environnement concurrentiel légalement encadré.

Un environnement exempt des rentes de situation générées par des États sous influence des professions médicales. Le gouvernement financerait ses dépenses de santé par les prélèvements sur les salaires ou l’impôt. Le système bâtard dans lequel l’État gère tout en droit, mais laisse dans les faits les professionnels de santé spéculer sur le prix des soins médicaux, est particulièrement néfaste.

En laissant aux professionnels de santé la liberté de fixer le prix de la consultation médicale, de l’intervention chirurgicale, du prix du médicament, etc., on réussit juste à renvoyer les populations vers les médecines parallèles. Que celles-ci soient traditionnelles, informelles (charlatans) ou spirituelles. En effet, nombre de malades délaissent le chemin de l’hôpital. Ils s’orientent directement vers les églises de réveil, espérant une guérison miraculeuse, parce que le coût des soins médicaux est hors de portée.

Ebola a également révélé le fait que la Guinée Conakry, le Liberia et la Sierra Leone, ne sont des États que par bienveillance sémantique ou diplomatique. À l’image de l’armée malienne qui s’était évanouie devant l’avancée de quelques prétendus islamistes, dans ces trois pays, la puissance publique s’est dissoute devant l’avancée de l’épidémie.

Ebola a également révélé le fait que la Guinée Conakry, le Liberia et la Sierra Leone, ne sont des États que par bienveillance sémantique ou diplomatique. À l’image de l’armée malienne qui s’était évanouie devant l’avancée de quelques enturbannés prétendus islamistes, dans les trois pays précités, la puissance publique s’est dissoute devant l’avancée d’Ebola.

Certes, pour la parade, les limousines noires, les discours à l’ONU, ces gouvernements étaient toujours là. Mais pour lutter contre Ebola, vu de loin, on a vraiment eu l’impression que les gouvernements de ces trois pays se sont effacés devant Médecins sans frontières et autres ONG internationales. Cette impression peut être une illusion d’optique provoquée par l’observation d’un événement à distance.

Les acteurs sur le terrain seraient certainement plus nuancés. Mais l’impression d’assister à une nouvelle débandade des pseudo-États africains demeure. Sur le continent africain, quel que soit le sujet considéré, on ne peut manquer d’en revenir à la question fondamentale : le qualificatif d’État accolé à n’importe quel territoire hâtivement délimité par les puissances coloniales.

Au total, si Ebola m’était conté, je retiendrais l’incapacité des Africains à s’organiser. Je retiendrais aussi le sentiment que la fameuse solidarité africaine est quelque peu surfaite. Enfin, je retiendrais que le système de santé reste, dans de nombreux pays africains, à définir et à construire. Comme le dit Alphonse Crespo, médecin suisse et fondateur du réseau Médecine & Liberté, « le degré de civilisation d’une société ne se mesure ni à ses triomphes guerriers, ni à la qualité de sa démocratie, mais au sort réservé à ses malades ».

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