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Analyse et Opinion

Si Ebola m’était conté

Paradoxalement, alors que les médicaments génériques sont censés réduire les coûts de la prise en charge thérapeutique par l’État, au Congo Brazzaville, la marge pharmaceutique sur les génériques est encore plus élevée que sur les médicaments de spécialité. Les pharmaciens prennent 73 % de marge sur les génériques, selon un rapport du ministère de la Santé, réalisé avec l’appui de l’OMS en 2008.

Les coûts de santé augmentent plus vite que le PIB et quasiment deux fois plus vite que le revenu par habitant. Il ne s’agit donc pas d’un problème d’insuffisance de ressources des pays africains. L’inaptitude des systèmes sanitaires à faire face à Ebola relève avant tout d’un défaut de gouvernance.

Si la communauté internationale peut intervenir ponctuellement dans les pays africains pour aider à lutter contre Ebola, elle n’a pas vocation à livrer à ces derniers un système national de gestion des soins de santé, clés en mains. Rien ne garantit, d’ailleurs, l’efficacité de la communauté internationale dans ce domaine.

La première victime américaine d’Ebola n’avait pas d’assurance-maladie et avait purement et simplement été renvoyée à son domicile. Les institutions multilatérales comme la Banque mondiale ne seront aussi d’aucun secours dans ce domaine. La prise en charge médicale des populations n’est pas seulement une question d’argent. Elle exige de prendre en compte de multiples autres variables.

En 2008, la Banque mondiale a lancé l’initiative Santé en Afrique. Un projet doté de 1 milliard $ cherchant à apporter « des améliorations durables dans l’accès à des biens et services médicaux de qualité en Afrique ». Selon Oxfam, ce milliard investi en Afrique via la SFI (Société financière internationale) bénéficie principalement aux couches aisées des populations africaines. Le rapport d’Oxfam de septembre 2014 relève notamment que « les hôpitaux urbains, onéreux et haut de gamme ont reçu plus d’investissements ».

Au Tchad, par exemple, la clinique La Providence a obtenu un prêt de la SFI de 1,5 million $ afin de proposer « des services médicaux pour lesquels les Tchadiens se rendent actuellement à l’étranger ». Ce qui ne concerne que les plus riches des Tchadiens et les expatriés. « Le plus gros investissement du programme Santé en Afrique a été effectué en faveur de Life Healthcare, deuxième plus grande entreprise d’Afrique du Sud, avec un réseau de 63 hôpitaux. Les prix de Life Healthcare ne sont pas abordables, y compris pour des Sud-Africains relativement riches. En outre, seuls quelques services sont couverts par l’assurance santé, et 15 % seulement des Sud-Africains en possèdent une. »

Bref, l’organisation de systèmes de santé permettant aux populations les plus pauvres d’accéder à des soins de santé est une tâche qu’on ne peut confier à d’autres, même plus riches que soi. Chaque peuple doit avoir l’intelligence de sa propre situation. Choisir quel niveau d’inégalité devant les soins médicaux il peut tolérer.

Quelle tranche d’âge il faut privilégier. Les enfants ou le troisième âge, etc. Il s’agit bien de gouvernance, de choix sociétaux. Les économistes diraient qu’il s’agit d’un problème de maximisation de la prise en charge médicale sous contrainte financière. Quel que soit le niveau de revenu du pays. Qu’on soit les États-Unis d’Amérique, la Namibie ou le Mali. On doit faire face à ce problème de maximisation sous contrainte.

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