Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Analyse et Opinion

Si Ebola m’était conté

L’excuse de la pauvreté

Malheureusement, culture orale oblige, les Africains croient agir quand ils parlent. D’où la vacuité de la multitude d’institutions africaines de coopération. Qu’elles soient régionales ou continentales. On y parle beaucoup. On y agit peu, sinon jamais. Alors que lentement, mais sûrement, Ebola étendait son empreinte sur le continent, les décideurs publics africains étaient tétanisés. Ils péroraient à l’Union africaine tout en se barricadant derrière les frontières nationales. Dans le plus grand désordre. Diffusant de facto des peurs irrationnelles et des réflexes contre-productifs comme la dissimulation de sujets infectés présentant déjà les symptômes de la maladie.

On voudrait, une fois de plus, invoquer l’insuffisance des infrastructures de santé. Mais le coeur n’y est pas. La raison non plus. Car dans un continent où chaque pays se targue d’être émergent, l’absence de modèle de gestion du système de santé renvoie à l’inaction politique plutôt qu’à la pauvreté.

En Géorgie par exemple, le gouvernement s’est retiré de la construction des infrastructures. Il s’est transformé en émetteur de chèques-maladie pour les plus pauvres, ainsi que pour les étudiants et les enfants. En contrepartie du retrait de l’État, les assureurs privés ont construit une infrastructure adéquate (plus de 100 établissements médicaux en deux ans).

La privatisation de la santé attirant nombre d’investisseurs qui ont ramené capitaux et savoir-faire. De 2009 à 2013, les prix de la santé ont chuté de 40 % tandis que la qualité s’améliorait. Nombre de pays africains ont un revenu par habitant supérieur ou égal à celui de la Géorgie.

Il ne s’agit pas de faire siennes toutes les expérimentations en cours dans le reste du monde. Il s’agit de concevoir et de mettre en oeuvre une manière de gérer la santé en cohérence avec le niveau de revenu de la population, les ressources limitées des États.

Plus les ressources d’un pays sont limitées, plus il devrait faire preuve d’ingéniosité organisationnelle, d’innovation institutionnelle. Pour l’heure, à l’exception de pays comme le Rwanda qui mettent en place une couverture maladie assez inclusive, la majorité de pays africains vit dans la fiction de la gratuité de la santé. Fiction qui signifie au bout du compte, défaut d’accès aux soins de santé pour le plus grand nombre.

À titre d’illustration, dans un pays comme le Congo Brazzaville, l’investissement dans les infrastructures de santé est exceptionnel. Les pathologies comme le sida et le paludisme sont intégralement prises en charge par le gouvernement. Et pourtant, la majorité de la population ne se soigne plus qu’avec les produits pharmaceutiques contrefaits. Car la gestion étatique de la santé, associée à la protection des rentes pharmaceutiques, fait exploser le coût des soins médicaux. Dans ce pays, la structure des prix du médicament se décompose en prix grossistes hors taxe dans le pays producteur européen, majorés des frais d’importation et de 62,8 % de marge pharmaceutique ! Il n’y a pas d’erreur de saisie, il s’agit bien de 62,8 % !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

  • Opinion : Pourquoi l’Afrique décolle

    Un entrepreneuriat fort, un manque d’investissements étrangers Retournement des termes de l’échange, déclin occidental, quelles autres explications peut-on donner au décollage de l’ancien Tiers-monde ? …

  • NTIC : L’opinion de Vera Karmebäck…

    Le cercle vertueux de la responsabilité sociale, une analyse de Vera Karmebäck, coordonnatrice RSE à RA International, une société d’experts sur les régions isolées. La plupart …

  • Opinion : L’Afrique au rendez-vous de la blockchain

    Les ambitions de l’Afrique Les institutions financières banques, assurances, sociétés de gestion sont, de même, fortement impliquées dans cette dynamique, elles engagent de nombreuses expérimentations …

  • Franc CFA : Sauvetage à la grecque

    À raison de 80 milliards sous forme de liquidités, et 620 milliards d’euros restants constitués de capital appelable auprès des États en cas de tension. …

Share This