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Analyse et Opinion

Sénégal : le pouvoir face aux réalités politiques et économiques

Sénégal : le pouvoir face aux réalités politiques et économiques
  • Publiéavril 8, 2024

Le manque de majorité au Parlement et les contraintes économiques (dette, chômage) inciteront le nouveau pouvoir à éviter les mesures radicales, sans pour autant trahir ses engagements.

 

Les analystes de BMI (Fitch Solutions) ne pointent que des « risques limités » au Sénégal, misant sur la stabilité sociale et la continuité politique, suite à la victoire de Bassirou Diomaye Faye le 24 mars. Leur principal argument est avant tout politique : ils ne s’attendent pas à des changements politiques radicaux, car la coalition d’opposition n’a pas de majorité au parlement, « ce qui signifie que le président Faye cherchera à obtenir le soutien d’autres partis ».

Les analystes ne privilégient pas, sans l’exclure, la possibilité que Bassirou Diomaye Faye tente de dissoudre le parlement et appelle des élections législatives, ce que la Constitution permet de faire en juillet.

En revanche, cette absence de majorité « présente des risques pour l’élaboration des politiques », mais nul doute que « des lois essentielles seront adoptées ».

Revenant sur le scrutin lui-même, les analystes notent que la majorité décisive de Bassirou Diomaye Faye, et la reconnaissance rapide de sa victoire par Amadou Ba, ont contribué à « un processus électoral largement pacifique ». Le taux de participation élevé (61,0 %) a été poussé par la population urbaine jeune.

Cette élection marque la première fois qu’un candidat de l’opposition remporte la présidence au premier tour depuis l’indépendance du Sénégal en 1960. Bassirou Diomaye Faye a remporté neuf des quatorze régions, dont les quatre plus peuplées. « Le processus électoral pacifique et la victoire de l’opposition contribueront à restaurer l’image du Sénégal en tant que démocratie forte en Afrique de l’Ouest », commente BMI.

La carte politique du Sénégal, au soir du 24 mars 2024.
La carte politique du Sénégal, au soir du 24 mars 2024.

 

En revanche, la coalition l’opposition, YAW, ne dispose pas d’une majorité de travail au parlement. La présidence Faye succédera à celle de Macky Sall, qui a gouverné pendant douze ans et qui s’« est attaché à ouvrir le Sénégal au commerce international et au développement des infrastructures ». La popularité de Macky Sall a été sapée par les importants défis économiques de son second mandat – notamment la stagnation du niveau de vie et l’inflation élevée – et par le sentiment d’un recul démocratique, qui a alimenté de violentes manifestations au cours des derniers trimestres.

Bassirou Diomaye Faye a exprimé son intention de relever ces défis au cours de son mandat en adoptant une approche plus interventionniste, notamment en renégociant les contrats pétroliers et gaziers et les accords de pêche avec les partenaires européens. Il a également fait part de son intention de créer une monnaie sénégalaise.

 

Un climat des affaires apaisé

Toutefois, observent les analystes Bassirou Diomaye Faye a récemment atténué son discours sur des réformes aussi radicales et a déclaré que les engagements du Sénégal envers les investisseurs étrangers seraient respectés. D’ailleurs, le rendement de l’euro-obligation 2033 du Sénégal a chuté après qu’Amadou Ba a concédé l’élection, s’éloignant de ses plus hauts niveaux historiques, soulignant la confiance relative des marchés financiers dans le fait que Bassirou Diomaye Faye maintiendra l’orientation largement favorable aux entreprises du Sénégal.

Une session plénière du Parlement du Sénégal, en 2022.
Une session plénière du Parlement du Sénégal, en 2022.

De plus, la coalition YAW, soutient du Président, n’a pas de majorité au parlement, avec 56 sièges sur 165, ce qui nécessitera une coopération avec les membres d’autres partis, rendant ainsi peu probables des changements politiques radicaux. Par conséquent, « les intentions de Bassirou Diomaye Faye de s’impliquer davantage dans l’économie n’affecteront pas de manière significative le climat des affaires au Sénégal à court terme ».

Il est vrai que le nouvel élu devra faire face à divers défis économiques, notamment le taux élevé de chômage des jeunes et les contraintes fiscales. Environ 20 % de la population active est au chômage et les griefs de la population sont largement motivés par le fait que la croissance du Sénégal, sous Macky Sall, basée sur les infrastructures, n’a pas réussi à améliorer le niveau de vie au cours des dernières années.

Bassirou Diomaye Faye devra également faire face à d’importantes contraintes budgétaires. Dès lors, li devrait maintenir les mesures de discipline budgétaire exigées par le programme de facilité élargie de crédit du FMI. Ces mesures comprennent la feuille de route de la réforme des subventions énergétiques, qui vise à supprimer progressivement les subventions non ciblées et à améliorer les transferts ciblés.

De plus, les niveaux élevés de la dette empêcheront une augmentation significative des dépenses sociales au cours des prochains trimestres : la dette publique totale a atteint 80,8 % du PIB en 2021, étant donné les besoins de financement des développements d’infrastructure de l’administration précédente. Dès lors, « les recettes attendues du pétrole et du gaz seront essentielles à la gestion de l’économie et à la réalisation des objectifs du programme du FMI », juge BMI. C’est pourquoi le président Faye continuera de maintenir des conditions favorables avec les investisseurs étrangers, tout en suivant son programme national de renforcement des institutions et de lutte contre la corruption.

Sur le plan social,  « le risque de troubles publics se dissipera largement après les élections », pronostiquent les analystes. Toutefois, la gestion de l’économie par le nouveau gouvernement, et en particulier la lutte contre l’augmentation du coût de la vie, « sera un facteur déterminant de la perception du public au cours des prochains trimestres » préviennent les experts qui rappellent que le chômage généralisé au Sénégal a été un facteur déterminant des manifestations de masse en 2021.

 

L’hypothèque de la dissolution

D’où un possible « risque à long terme » de reprise des troubles publics si le nouveau gouvernement ne s’attaque pas efficacement à la détérioration du niveau de vie, ou si la forte croissance économique résultant de la production d’hydrocarbures ne se traduit pas par des avantages matériels pour le peuple sénégalais.

Sur un plan politique, les analystes n’excluent pas la possibilité que Bassirou Diomaye Faye tente de dissoudre le parlement et appelle à des élections législatives, ce que la constitution permet de faire en juillet. « Cela soutiendrait l’élaboration des politiques, car nous nous attendrions à des changements significatifs dans la composition du parlement, réduisant très probablement le nombre de sièges détenus par BBY », avancent les experts.

Lesquels, à ce stade, jugent « peu probable » une dissolution, estimant le gouvernement Sonko « en mesure » de former des alliances avec d’autres partis pour atteindre une majorité de travail sans avoir à convoquer des élections. À propos, les analystes s’interrogent sur l’influence à venir d’Ousmane Sonko, dont l’influence dans l’élaboration des politiques pourrait conduire à des tensions avec Bassirou Diomaye.

@AB

Écrit par
Laurent Allais

1 Commentaire

  • Bonjour à vous. Nous pensons que le nouveau président va mettre son programme de société en 2025 car une élection ai début de l’année où le budget est déjà voté et en vigueur est difficile. En plus de la dette, il.ya un facteur de la part des salariés sur le budget de l’état Sénégalais qui va peser car monsieur sall a augmenté les salaires en janvier 2024 et recruter les personnes à la fonction publique ( ce piège) est réel. Merci

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