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Analyse et Opinion

Pour une industrie de la création artistique

Pour une industrie de la création artistique
  • Publiéjuin 21, 2022

Le nouveau rapport d’Afreximbank insiste sur le potentiel de l’Afrique en matière d’industrie des arts et de la création. Il cite quelques exemples à suivre sur le continent, et le besoin de s’appuyer sur la Zone de libre-échange africaine.

 

Par Laurent Soucaille

Malgré la richesse du continent en talents créatifs, son potentiel reste largement inexploité, déplorent les économistes d’Afreximbank. « Cette situation est le reflet des politiques nationales qui ne parviennent pas à soutenir adéquatement le potentiel en intégrant la créativité, la culture et la technologie dans les programmes de développement. » Tel est l’un des enseignements du African Trade Report 2022 qui vient d’être publié par la banque de développement du commerce.

Les industries créatives et la revitalisation liée aux arts ne doivent plus être considérées comme du seul domaine culturel, comme l’ont compris des pays comme le Nigeria ou l’Ouganda, « des exemples importants de réussite, qui peuvent être reproduits ailleurs sur le continent », souligne le rapport 2022 d’Afreximbank sur le commerce en Afrique.

Qui déplorent que les initiatives visant à soutenir les industries créatives en Afrique soient encore essentiellement le fait de la société civile. Pour « changer les mentalités », on peut regarder ailleurs, notamment en Asie où les centres urbains sont devenus des leaders dans l’élaboration de nouvelles politiques et stratégies visant à faire de la culture, de la créativité et de la numérisation un moteur du développement durable et de la régénération urbaine.

Avec une meilleure connaissance des données, « les gouvernements africains doivent être en mesure de comprendre l’ensemble de la chaîne de valeur impliquée dans la production et le commerce de biens et services créatifs afin de formuler efficacement un soutien politique ».

Il s’agit notamment de comprendre les parties prenantes de la Culture (y compris les grandes entreprises, les PME et les artistes) et la manière dont elles interagissent, les obstacles auxquels elles sont confrontées et les liens essentiels entre l’économie créative et d’autres secteurs comme le tourisme, les technologies de l’information et l’éducation.

Et Afreximbank de citer un exemple à suivre, celui du Cap-Vert, qui a créé un comité interministériel pour l’économie créative. Celui-ci dépasse le cadre d’un simple ministère de la Culture, élargissant ses compétences à la Famille, aux Finances, à l’Éducation, etc. « D’autres pays africains devraient mettre en place des mécanismes politiques globaux similaires pour faciliter la coopération interministérielle », recommande Afreximbank.

 

Le potentiel de la ZLECAf

Qui juge, citant en exemple Business and Arts en Afrique du Sud, que des plateformes sont également nécessaires pour faciliter la coordination entre les gouvernements africains, la société civile et le secteur privé dans la conception et la mise en œuvre de politiques créatives.

Par exemple, un réseau similaire d’entreprises à travers le continent pourrait s’associer à Arterial Network, le réseau panafricain de la société civile composé de praticiens et d’entrepreneurs créatifs. « Au niveau continental, la mise en œuvre du plan d’action de l’Union africaine sur les industries culturelles et créatives en Afrique doit être accélérée », recommandent les experts. Ce plan définit des priorités et des voies pour le développement des industries culturelles et créatives africaines et fournit un cadre pour une coordination efficace des contributions des États membres, des partenaires stratégiques et des parties prenantes.

Dans ce cadre, l’Afrique a un nouvel outil, la Zone de libre-échange continentale africaine ; les dirigeants africains devraient utiliser la ZLECAf « comme un tremplin pour transformer et commercialiser les industries créatives africaines ».

 

Les industries créatives devraient être prioritaires dans le processus de libéralisation tarifaire afin de réduire les coûts du commerce intra-africain des biens créatifs. Les États membres devraient également envisager d’ajouter les services créatifs et culturels aux secteurs de services prioritaires pour les négociations afin de créer des industries créatives africaines « plus solides et plus compétitives ». Tel est le sens recherché des négociations en cours sur l’investissement et les droits de propriété intellectuelle, la politique de concurrence et le commerce électronique.

Dans ce processus, la diaspora africaine peut être mise à contribution. Son impact positif sur les industries créatives africaines a tendance à se produire de manière organique. Et il serait bien plus important s’il était soutenu par des politiques et des cadres spécifiques. Par exemple, l’initiative Prosper Africa a été conçue pour reconnaître le lien historique unique entre les États-Unis et le continent africain et est importante pour encourager les talents africains sur les marchés mondiaux. Des programmes similaires, axés spécifiquement sur les industries créatives, sont nécessaires pour cibler d’autres destinations d’exportation internationales essentielles.

 

Des obstacles à surmonter

Le traité portant création de la ZLECAf souligne spécifiquement le rôle des industries créatives en tant que sources d’émancipation économique et culturelle et encourage les pays à leur accorder la priorité dans l’élaboration de leurs politiques. Deux tiers des pays africains l’ont signé, « mais leur engagement doit être renforcé par l’élaboration de nouvelles politiques et de nouveaux mécanismes d’application ».

Il est nécessaire de s’attaquer aux obstacles, comme ceux du manque de législation sur la propriété intellectuelle. Sur ce point, les choses avancent, au niveau de l’OMC ou de la mise en œuvre de la ZLECAf.

Restent les questions de financement. Les subventions sont essentielles pour promouvoir l’expérimentation et l’innovation, notamment pour la promotion des jeunes artistes et des nouvelles formes d’art, ainsi que pour le renforcement des ressources humaines et des capacités institutionnelles. Le financement public peut également inclure le développement ou le renforcement de partenariats internationaux ou public-privé ou l’amélioration de la durabilité des modèles de financement existants. « Les instruments de garantie de crédit établis par les gouvernements et mis en œuvre par les banques commerciales peuvent contribuer à atténuer les risques liés à l’offre de prêts aux créateurs qui ne disposent pas des formes traditionnelles de garantie. »

Les incitations fiscales sont un outil de plus en plus populaire pour promouvoir la croissance des industries créatives et la revitalisation liée aux arts. Ces derniers ne devant plus être considérés comme du seul domaine culturel, comme l’ont compris des pays comme le Nigeria ou l’Ouganda, « des exemples importants de réussite, qui peuvent être reproduits ailleurs sur le continent ».

Enfin, des mécanismes de financement privés innovants, comme les fonds d’impacts, sont nécessaires pour compléter le financement public du secteur créatif. Citant HEVA, Hatch Africa et le Fonds d’impact pour les créatifs africains, les analystes considèrent : « Il faut davantage de fonds de ce type pour financer pleinement les industries créatives et culturelles dans un plus grand nombre de pays. » Sans oublier le crowdfunding, qui est devenu une partie importante de l’environnement des start-up africaines ces dernières années.

@AB

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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