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Analyse et Opinion

Pour un secteur minier plus équitable à l’égard des femmes

Pour un secteur minier plus équitable à l’égard des femmes
  • Publiéfévrier 6, 2024

Les femmes qui travaillent dans les mines artisanales sont, trop souvent, victimes de discriminations, à la violence et à l’insalubrité, et au manque d’accès à la protection sociale, alerte une étude.

 

En RD Congo, on les appelle les « Mamans minyangala », celles qui « vieillissent trop vite » (voir image ci-dessus). Les femmes représentent environ un tiers de la main-d’œuvre de l’exploitation minière artisanale ou dite « à petite échelle », qui fournit des minéraux essentiels aux technologies modernes et à la transition énergétique mondiale. Pourtant, la discrimination fondée sur le sexe, inscrite dans les lois minières, et le mépris de la santé, de la sécurité et de la protection sociale limitent les droits et les opportunités économiques des femmes travaillant dans les mines artisanales et à petite échelle, Telle est la conclusion d’un rapport de la Banque mondiale publié cette semaine à l’occasion de la conférence annuelle Mining Indaba.

« L’autonomisation des femmes et leur participation égale à l’exploitation minière sont la bonne chose à faire ; cela ouvrira la voie à un avenir plus juste et à des communautés prospères. »

Le rapport 2023 State of the Artisanal and Small-Scale Mining Sector, fruit d’une collaboration avec l’organisation internationale de développement Pact, détaille les inégalités entre les sexes dans l’industrie minière et met en évidence les mesures à prendre pour faire progresser la participation des femmes. Il examine les lois minières de 21 pays d’Afrique subsaharienne, d’Asie de l’Est et du Pacifique, et d’Amérique latine, et s’appuie sur des données primaires recueillies auprès de 1 900 participants, apportant un éclairage unique sur les obstacles profondément ancrés auxquels les femmes sont confrontées pour participer pleinement aux activités de l’ASM et sur les possibilités de parvenir à l’égalité des sexes.

« Les femmes travaillant dans l’exploitation minière artisanale et à petite échelle sont confrontées à des défis considérables qui nécessitent une action urgente pour garantir leur sécurité et leur épanouissement dans la mine et à la maison », résume Demetrios Papathanasiou, directeur mondial de la Banque mondiale pour l’énergie et les industries extractives.

Le rapport propose des solutions concrètes « pour créer un secteur minier plus inclusif et plus équitable, au bénéfice des femmes et de tous ».

Par exemple, il préconise l’adoption d’une législation tenant compte de la dimension de genre afin de protéger les droits des femmes dans le secteur minier et de créer un secteur plus durable. Il s’agit notamment d’améliorer les codes miniers – qui manquent souvent de dispositions visant à renforcer la participation des femmes –, et de modifier les lois discriminatoires sur la propriété et les accords fonciers qui empêchent les femmes de posséder des terres et d’accéder aux ressources minérales nécessaires à l’exploitation minière.

 

Écouter le tissu associatif

Les mauvaises conditions de travail, l’insalubrité et la violence, ainsi que le travail domestique, ont également un impact disproportionné sur la santé et les revenus des femmes travaillant dans les mines artisanales et à petite échelle, les reléguant à des rôles mal rémunérés et les exposant à un risque de décès 90 fois plus élevé que celui des hommes. La santé, les conditions de travail et la sécurité des femmes ont reçu peu d’attention en raison de la perception de l’industrie minière comme étant dominée par les hommes.

 

Le rapport invite les décideurs politiques à prendre en compte les risques spécifiques auxquels les femmes sont confrontées afin d’améliorer leur santé et leur sécurité au travail dans les environnements miniers. Le rapport souligne également la nécessité de renforcer les associations de femmes et les groupes professionnels dirigés par des femmes, qui ont joué un rôle essentiel dans l’amélioration de la visibilité des mineurs artisanaux et dans l’avancement des réformes en matière d’égalité des autonomisations des femmes et leur participation égale à l’exploitation minière sont la bonne chose à faire et ouvriront la voie à un avenir plus juste et à des communautés prospères sexes dans l’industrie minière.

 

Manque de données

La discrimination fondée sur le sexe dans l’ASM prend racine avant tout dans les cadres juridiques régissant le secteur minier et, plus généralement, dans les modes de vie économiques, conclut le rapport. Qui préconise « de réformer les cadres juridiques relatifs à l’exploitation minière pour reconnaître et donc protéger les droits des femmes dans l’exploitation minière artisanale ».

Cela étant, les amendements législatifs ne sont pas si faciles à mettre en œuvre étant donné le manque relatif de données (et donc de compréhension) sur la contribution des femmes dans le secteur.

Le plus souvent, le travail des femmes se déroule autour du site minier, parfois à l’abri des regards, et la communauté internationale n’a pas encore comblé les énormes lacunes en matière d’études de genre. 

« Il en résulte que sans une compréhension claire des besoins des femmes, il est incroyablement difficile d’assurer des réformes législatives significatives pour améliorer leur statut. » En outre, « le manque permanent de données spécifiques sur le genre conduit à des interventions de développement qui sont souvent aveugles au genre », regrettent les auteurs.

L’« autonomisation des femmes et leur participation égale à l’exploitation minière sont la bonne chose à faire ; cela ouvrira la voie à un avenir plus juste et à des communautés prospères », insiste Rachel Perks, co-auteur du rapport. « Il est essentiel de créer un environnement dans lequel les femmes travaillant dans les mines artisanales et à petite échelle peuvent être entendues et jouir de leurs droits sans discrimination. »

 

 

@AB

Écrit par
Aude Darc

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