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Analyse et Opinion Opinion

Pour un leadership collaboratif dans l’éducation

Pour un leadership collaboratif dans l’éducation
  • Publiéoctobre 6, 2022

Les objectifs de l’Afrique en matière d’éducation supposent une approche globale, montrant qu’une éducation de qualité a, sur le long terme, des bénéfices multiples. Ils supposent en conséquence une collaboration de tous : États, ONG, institutions du développement, secteur privé, estime Fabio Segura, co-directeur général de la Jacobs Foundation

                            

« Une éducation équitable et de qualité pour tous. » Il est entendu que la réalisation de cet objectif de développement 4 des Nations unies (ODD4) nécessitera des efforts accrus, notamment en Afrique subsaharienne. Telle a été la conclusion de la réunion récente des ministres de l’Éducation du monde entier, à New York, lors du sommet « Transformer l’éducation ».

En Afrique subsaharienne, un cinquième des enfants en âge de fréquenter l’école primaire ne sont pas scolarisés. Les fermetures d’écoles pour cause de Covid-19 ont exacerbé un problème qui s’aggravait déjà avant la pandémie. Malheureusement, malgré les objectifs du Millénaire pour le développement, puis les ODD annoncés en grande pompe, le nombre d’enfants non scolarisés en Afrique subsaharienne est en fait en constante augmentation depuis 2010.

Nous devons former les futurs dirigeants qui imagineront et mettront en œuvre des idées audacieuses pour résoudre la crise climatique : cela est aussi de l’éducation. Nous devons doter les enseignants des compétences nécessaires pour cultiver les talents des adultes épanouis de demain.

Les défis mondiaux de ces dernières années nous ont appris que les problèmes à grande échelle, complexes et apparemment insolubles nécessitent une approche systémique pour être résolus. Souvent, ils ne peuvent être abordés que par des acteurs de tous les secteurs travaillant ensemble.

 Ainsi, la création de vaccins contre la Covid-19 a-t-elle nécessité les partenariats les plus étroits entre les secteurs privé et public, ainsi que le partage des connaissances sur le virus, la coordination des essais vaccinaux et la distribution des doses de vaccin dans le monde entier. De même, une coalition de philanthropes créatifs, travaillant en étroite collaboration avec les gouvernements nationaux et les ONG sur le terrain, a contribué à une baisse de 37 % du nombre de décès dus au paludisme entre 2000 et 2020.

La collaboration a également joué un rôle clé dans la création d’engagements internationaux tels que l’accord de Paris pour lutter contre le changement climatique. Elle permet également de lutter contre ses effets au niveau local. Par exemple, de nombreux projets d’énergie propre en Afrique sont mis en œuvre grâce à des partenariats entre des agences de développement international et des institutions financières, les pays bénéficiaires et des entreprises privées.

L’exemple ivoirien

L’approche collaborative n’est pas moins applicable et moins urgente dans le domaine de l’éducation. Un exemple en est le lancement récent de la Child Learning and Education Facility (CLEF) – une nouvelle coalition de financement entre les secteurs public et privé pour améliorer l’accès et la qualité de l’éducation de millions d’enfants en Côte d’Ivoire.

Le CLEF réunit une coalition sans précédent de leaders visionnaires du gouvernement de la Côte d’Ivoire, de seize entreprises mondiales de cacao et de chocolat, de la Jacobs Foundation et de l’UBS Optimus Foundation. Les partenaires ont mis en commun leurs ressources et leurs connaissances pour atteindre les objectifs clés du gouvernement, à savoir améliorer l’accès à une éducation de qualité dans les zones rurales reculées mal desservies et s’assurer que les enfants apprennent.

Pour en arriver là, il a fallu instaurer la confiance entre des parties prenantes très différentes et changer les mentalités afin de reconnaître que pour obtenir un impact durable à grande échelle, il faut travailler ensemble et tirer parti de solutions fondées sur des preuves.

Il est essentiel que le CLEF, en donnant accès à une éducation de qualité, contribue également aux efforts déployés pour lutter contre le problème plus vaste et urgent du travail des enfants dans le pays. Le manque d’éducation est une cause fondamentale du travail des enfants. Selon une étude du National Opinion Research Centre de l’Université de Chicago, 38 % des enfants âgés de 5 à 17 ans vivant dans des ménages agricoles dans les régions productrices de cacao de Côte d’Ivoire travaillent, et 37 % d’entre eux effectuent un travail dangereux dans la production de cacao. Dans l’ensemble de l’Afrique, près d’un enfant sur cinq est impliqué dans le travail.

Cela prouve pourquoi l’ODD4 – l’objectif de fournir douze ans d’éducation gratuite et de qualité à chaque enfant dans le monde d’ici à 2030 –, est vital. Car il touche à de nombreux aspects de la société. L’éducation se révèle la première étape de la résolution de nombreux défis plus larges. Une éducation plus poussée, en particulier pour les filles, entraîne une diminution de la mortalité infantile, de la mortalité maternelle et des infections par des virus comme le VIH. Elle peut également donner aux communautés les moyens de lutter contre les dommages environnementaux et le changement climatique. Non seulement l’éducation permet une plus grande résilience face à un environnement changeant, mais on estime également qu’une meilleure éducation des femmes pourrait entraîner une réduction de 85 gigatonnes de dioxyde de carbone d’ici 2050.

 

Former l’avant-garde de demain

 Le défi pour ceux d’entre nous qui essaient de promouvoir l’éducation, cependant, est que, contrairement aux urgences de santé publique, ses effets ne sont pas toujours immédiatement visibles – en partie parce que l’impact se situe souvent dans le futur. Il est impossible de mesurer l’impact néfaste d’un manque d’éducation de qualité dans un tableau précis ou de le diffuser avec des images convaincantes aux informations du soir…

 Cependant, la vérité est que l’éducation ne fait pas que permettre la réalisation de l’ODD4, mais que ses bienfaits sont multiformes. Nous devons former les scientifiques et les médecins de demain qui seront à l’avant-garde de la santé mondiale ; c’est cela l’éducation ! Nous devons former les futurs dirigeants qui imagineront et mettront en œuvre des idées audacieuses pour résoudre la crise climatique : cela est aussi de l’éducation. Nous devons doter les enseignants des compétences nécessaires pour cultiver les talents des adultes épanouis de demain. Tout est question d’éducation, et nous avons tout intérêt à lui accorder la plus grande attention afin que tous les ODD puissent être atteints.

@NA

 

 

Écrit par
Fabio Segura

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