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Analyse et Opinion

Opinion : Le retour de Ramaphosa

Cyril Ramaphosa a été élu, le 15 février, le nouveau président de l’Afrique du Sud, en remplacement de Jacob Zuma, contraint à la démission. Retour sur son parcours hors normes et sur les défis qui l’attendent.

Par Christian d’Alayer

Ne vous excusez pas, c’est un réel plaisir de faire mal à un Blanc ! » Cyril Ramaphosa prononce cette boutade chez lui, alors qu’il a invité à la pêche le négociateur du dernier gouvernement de l’apartheid. Lequel négociateur s’est planté dans le doigt un hameçon, que l’épouse du dirigeant de l’ANC, infirmière, s’efforce de r+etirer. L’anecdote illustre le don de diplomate du nouveau président sud-africain : il sera d’ailleurs appelé par les Anglais et les Irlandais pour négocier, avec succès, la paix en Ulster.

Cyril Ramaphosa n’est pas n’importe qui. L’histoire a surtout retenu Nelson Mandela comme figure de la fin de l’apartheid. Or le héros n’était en fait que le patron de l’ANC du début, celle de la bourgeoisie noire appelant à la révolte armée. Laquelle n’eut jamais le destin de celle de la Rhodésie voisine, libérant le pays après avoir littéralement écrasé l’armée de Ian Smith.

En fait, les dirigeants blancs sud-africains furent surtout vaincus par les actionnaires américains des grandes multinationales travaillant avec l’Afrique du Sud ainsi que par les grèves déclenchées par les syndicalistes noirs. Et Cyril Ramaphosa était le premier d’entre eux, l’homme qui créa le syndicat des mineurs (NUM), qui lança les grèves les plus importantes que le pays ait jamais connues (en 1986 notamment) et qui, devenu patron de l’union des syndicats sud-africains (Cosatu), la fit adhérer à l’ANC. Ce pourquoi Ramaphosa en devint secré­taire général à moins de 40 ans ainsi que négociateur en chef avec les Blancs, puis rédacteur de la nouvelle constitution sud-africaine.

Autant dire que les hommes d’affaires blancs le redoutaient ! C’est la raison pour laquelle ils firent sortir de prison le leader de la lutte armée. Lequel, au terme de son mandat, fit en sorte qu’un non syndicaliste lui succède, en l’occurrence son frère d’armes Thabo Mbeki, pourtant battu par Cyril Ramaphosa à la tête de l’ANC. L’oppo­sition entre les deux faces de l’ANC, bourgeoisie issue de la lutte armée d’une part, syndicalistes ouvriers de l’autre, va se perpétuer jusqu’à la chute de Mbeki en 2008. C’est que la jeunesse sud-africaine a perdu confiance déjà depuis des années, des révoltes durement réprimées ayant commencé dès le début du troisième millénaire. Les syndicalistes retrouvent leur prééminence au sein du parti majoritaire, le pays est donc gouverné à gauche.

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