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Analyse et Opinion

Opinion : Quelques (fausses) nouvelles d’Afrique

  • Publiénovembre 28, 2017

Tout comme hier encore, nos plus grandes plumes avançaient que démocratie et développement allaient de pair : les Chinois en rigolent toujours ! Et Napoléon III, dictateur s’il en fut, doit lui aussi secouer ses os dans sa tombe londonienne : ce n’est pas la démocratie dont le développement a besoin, mais de stabilité.

Et encore ! Car les guerres et les catastrophes naturelles ont toujours entraîné un surcroît de croissance à leur suite. Quand il faut reconstruire, les humains n’attendent pas d’avoir une bonne gouvernance démocratique ! Sans compter le fait que les guerres favorisent l’émancipation des femmes du fait de l’obligation de les intégrer au monde du travail. Bref, l’économie est contée aux populations sur un mode « fake » plus qu’évident.

Illusions perdues

Et tout cela marche ! Pour une raison simple : les peuples ne sont pas stupides mais ont d’autres chats à fouetter que de penser sérieusement, en s’informant et en se cultivant spécialement à cet effet, aux affaires politiques, économiques et sociales de leur pays. Hier, ils lisaient les journaux. Aujourd’hui, ils écoutent la radio et regardent la télévision. Demain, ils s’informeront sur leur téléphone portable ou leur tablette, raison pour laquelle d’ailleurs les États veulent à tout prix contrôler aussi les informations du Net.

Ils se révoltent parfois quand l’iniquité leur apparaît trop crûment, surtout quand ils sont jeunes. Presque toujours, leurs aspirations du moment se heurtent aux réalités. Ils finissent par s’estimer trahis. C’est que, très souvent aussi, leurs leaders révolution­naires sont plus juristes qu’économistes. Aujourd’hui par exemple, les Tunisiens perdent l’illusion du « Grand soir » qu’ils avaient cultivée le temps de leur « Printemps ». Ils ont renvoyé Ennahdha pour, justement, défaut d’économisme et hurlent à la mort à présent parce que les démocrates au pouvoir rappellent les partisans de Ben Ali : il faut bien remettre la machine en marche et la manière la plus rapide est de le faire faire par ceux qui s’en occupaient avant la révolution : avant de disposer de généraux capables de mener intelligemment leurs troupes à la bataille, les Révolutionnaires français de 1789 durent bien faire appel aux généraux du régime précédent (qui finirent par trahir mais après avoir fait le boulot).

Dans tout cela, on voit bien que le problème réel n’est pas celui des fake news, scories en fait de la liberté d’informer qui est loin de bien se porter dans les médias traditionnels. Les « fake fashions » véhiculées par ces médias traditionnels sont en fait plus nocifs que ces scories. On le voit très bien avec le franc CFA, défendu bec et ongles par ceux qui en bénéficient toujours.

Cette monnaie adossée à la monnaie française était adaptée à l’exportation de matières premières dans les pays riches. Mais elle ne l’est plus dès lors que les marchés intérieurs africains se développent en se concurrençant : les monnaies qui sont libres de pratiquer la dévaluation compétitive sont alors privilégiées et c’est la raison pour laquelle, par exemple, le Nigeria a fini par phagocyter tout ce qu’il y a d’intéressant dans la région en matière de productions destinées à la consom­mation locale. Car si l’évolution de la Cedeao a tout de même pas mal ouvert l’immense pays aux exportations de ses voisins, ils ne peuvent, eux, en profiter…

Des fake news africaines

L’image de marque de l’Afrique continue, autre fake fashion soutenue par les médias traditionnels occidentaux, à être malmenée alors que l’Afrique d’aujourd’hui décolle. Les Chinois sont devenus les premiers investisseurs étrangers face aux anciens colonisateurs qui hésitent toujours à revenir économiquement sur le continent.

Combien de points de croissance sont ainsi perdus du fait de cette image de marque trompeuse ? N’est-ce pas plus important que de dénoncer inlassablement des dirigeants qui n’en peuvent mais? Bien sûr, il existe aussi des fake news africaines. À commencer par des chiffres exorbitants sur la fortune supposée des dirigeants politiques : quelques plaisantins estimèrent ainsi la fortune de feu Mobutu à 50 milliards de dollars. Somme que l’économie du pays ne pouvait alors même pas dégager sur plusieurs années !

Et de nombreux autres dirigeants furent ainsi présentés comme plus riches que les milliardaires occidentaux ! Des ONG pareillement ont exagéré à outrance le nombre des victimes de tel ou tel conflit, exagérations qui sont devenues des vérités à force d’avoir été répétées par les médias traditionnels. Sans compter le nombre d’Africains touchés par le sida : alors que seuls les pays miniers étaient vraiment atteints, l’OMS alla jusqu’à publier des chiffres irréalistes de « prévalence » (part de la population atteinte) dans tous les pays du continent.

Quand, à peine deux ans plus tard, les vrais chiffres furent publiés par la même organisation médicale, aucun média traditionnel ne releva que les Africains avaient accompli un miracle : guérir aussi vite un nombre aussi important de gens « prévalus » !

Tout cela en grande partie (mais seulement en partie), parce que, dans les campagnes, le mot « sida » permettait d’obtenir immédiatement des moyens que d’autres maux n’attiraient pas. Les responsables des antennes médicales locales n’hésitèrent donc pas à mettre sur le dos de la maladie de riches qu’est le sida des symptômes de maladies plus communes en Afrique. CQFD, mais ça n’a jamais été dit !

Et voici une dernière fausse nouvelle africaine : alors que les médias occidentaux n’arrêtent pas de chanter les louanges de Mandela, ils cognent à qui mieux mieux sur Jacob Zuma et l’ANC qui le maintient dans ses fonctions.

En omettant de dire que l’ANC est dirigée par les syndicats (c’est donc la gauche) alors que Mandela représentait la branche armée de la dite ANC, surtout dirigée par des notables (la droite) «Mandela gentil, Zuma méchant », alors qu’en fait il s’agit d’un combat politique entre des gens qui sont soumis aux pressions populaires demandant plus de pouvoir économique et d’autres qui sont soumis aux pressions d’un patronat largement blanc. Vous avez dit « fake news » ?

Écrit par
ade

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