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Analyse et Opinion

Opinion : Pourquoi l’Afrique décolle

Un entrepreneuriat fort, un manque d’investissements étrangers

Retournement des termes de l’échange, déclin occidental, quelles autres explications peut-on donner au décollage de l’ancien Tiers-monde ? La mondialisation bien sûr leur a été bénéfique. Ce qu’il y a d’étonnant ici est que cette mondialisation a été suscitée par les Occidentaux eux-mêmes, mystifiés par leurs multinationales. Lesquelles se sont mises à produire chez les pauvres pour vendre chez les riches : transferts de technologies et ouverture des frontières occidentales.

Au début, l’Occident a misé sur la haute technologie, pensant être à l’abri des transferts pour un bon moment. L’idée a germé dans les années 1990 et, 25 ans plus tard, les produits de la haute technologie nous viennent de Chine et de Corée du Sud avant que d’autres pays ne viennent s’ajouter à la liste de ceux qui les maîtrisent, dont la péninsule indienne.

On fabrique des ordinateurs même en Afrique et Renault vient de comprendre que les Marocains savaient (tout autant que les Français) fabriquer des automobiles complexes. Le président américain en a tiré la conclusion évidente, pour lui et ses électeurs : poursuivre l’ouverture à tout va des frontières est un suicide. Comme c’est le premier pays occidental à tous les points de vue, il y a fort à parier que les dirigeants de l’Organisation internationale du commerce vont se faire beaucoup de cheveux gris dans les années à venir…

Enfin, analysons avec attention le tableau 3 qui reprend quelques indicateurs de base pour les trois grands ensembles démographiques de la planète, Chine, Inde et Afrique. On y voit plusieurs éléments dont en premier le fait que le seul qui puisse vraiment impacter la croissance est l’épargne des ménages.

Celle des Chinois est impressionnante depuis longtemps. Afrique et Inde ont aussi une épargne forte, notamment par rapport aux Occidentaux qui se sont abîmés dans l’endettement au détriment bien sûr de leurs « bas de laine » (les plus forts taux occidentaux ne dépassent pas 14 %). Mais les Chinois ont un plus : un système bancaire qui recycle ces formidables taux d’épargne. Alors qu’Inde et Afrique connaissent encore l’auto-investissement majoritaire. Soit des investissements à la hauteur de l’épargne et non supérieurs à cette épargne. Et donc des montées en puissance des entreprises bien moins rapides…

Ce qu’on sait du développement dans chaque pays corrobore ces statistiques : l’Afrique connaît le plus fort taux d’entrepreneuriat du monde. Bien sûr, il s’agit de petites entreprises qui croissent seulement au rythme de leurs succès, sans concours financiers extérieurs. On lit ici et là qu’« il faut augmenter le nombre des incubateurs de start-up ». Ce qui ne réglera pas le problème bancaire, très largement, mais insuffisamment, remplacé un peu partout par les crédits familiaux. Comme jadis les tontines camerounaises palliaient le défaut de crédit à la consommation lors des rentrées scolaires.

Deuxième point remarquable, on voit que les IDE n’ont pas précédé le décollage : ils l’ont suivi. L’argent va à l’argent et peu sont les investisseurs capables de miser sur quelque chose qui n’existe pas encore. Même l’Inde, dont l’essor est aujourd’hui prouvé, souffre d’investissements étrangers insuffisants.

Malgré cela, elle enregistre une croissance annuelle aujourd’hui supérieure à celle de la Chine. Laquelle est moins timide que l’Occident : elle investit de plus en plus en Afrique dont elle a perçu, elle, la dynamique nouvelle. L’Éthiopie lui doit beaucoup avec le transfert notamment d’immenses usines textiles. Et l’Afrique du Sud peut aussi être remerciée par ses voisins : ses grandes entreprises n’investissent plus chez elle, mais, justement, chez les voisins.

Et la plupart des nouvelles mines d’or africaines sont pilotées par des compagnies sud-africaines. Les Occidentaux continuent, eux, à ne s’intéresser qu’aux hydrocarbures et aux mines, nonobstant d’innombrables congrès et symposiums où ils rivalisent de postures toutes plus intéressées les unes que les autres. Les actes ne suivent pas vraiment. L’accélération du développement de l’Afrique devrait donc venir du sud de la planète. 

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