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Analyse et Opinion

Opinion : Pourquoi l’Afrique décolle

Les pays africains devraient conduire la croissance mondiale, en 2018. Retour sur les phénomènes, internes et exogènes, qui conduisent l’Afrique sur une pente bien meilleure qu’il y a quinze ans.

Par Christian d’Alayer

De grands pays africains en tête de la croissance mondiale cette année ! Ce n’est pas une galéjade, mais une estimation de la Banque mondiale sur la lancée des résultats de 2017 : six pays africains devant la Chine et deux en tête absolue de la croissance mondiale, le Ghana détrônant l’Éthiopie de peu en 2018. On voit d’ailleurs, dans le tableau 1, que l’Inde et les Philippines se sont elles aussi enfin éveillées.

Le graphique 2 compare le décollage des trois grands ensembles humains de demain, Chine, Inde et Afrique. Le point commun est la cassure très nette du troisième millénaire. Si la Chine, en effet, a commencé à s’industrialiser avant l’envol des prix des matières premières, ce n’est qu’à partir de cet envol que son économie a littéralement explosé.

Retournement des termes de l’échange, déclin occidental, quelles autres explications peut-on donner au décollage de l’ancien Tiers-monde ? La mondialisation bien sûr leur a été bénéfique. Ce qu’il y a d’étonnant ici est que cette mondialisation a été suscitée par les Occidentaux eux-mêmes, mystifiés par leurs multinationales. Lesquelles se sont mises à produire chez les pauvres pour vendre chez les riches : transferts de technologies et ouverture des frontières occidentales.

Et c’est elle qui, en fait, a créé les conditions du décollage du monde non-occidental. En faisant plus que contribuer à la baisse des prix industriels à partir des années 1980 (textiles au début), puis en pesant sur les prix des matières premières par ses achats de plus en plus importants.

On connaît les chiffres de ce retournement des termes de l’échange, mais il est bon de les rappeler ici : prix industriels divisés par 12 en moyenne par rapport aux années 1980 et prix des matières premières multipliés par 9 d’abord, puis redescendus à une multiplication par 4,5 aujourd’hui par rapport à décembre 1999, le mois le plus bas de tous les temps (le baril de pétrole descendu à moins de 10 $).

Quelle que soit donc l’explication que les économistes et historiens donneront plus tard à ce décollage, ils ne pourront passer sous silence ce retournement assez phénoménal, si on veut bien se souvenir que, deux siècles durant, l’Occident a basé son essor sur l’achat de ses matières premières à vil prix et la vente de ses produits manufacturés très au-dessus de leurs prix de revient.

Un phénomène que beaucoup d’Africains appellent « pillage », mais qui est bel et bien terminé aujourd’hui : l’Afrique achète asiatique et pas cher ; et elle vend beaucoup plus chèrement qu’autrefois ses matières premières. Je me souviens par exemple des tentatives de la Côte d’Ivoire des années Houphouët- Boigny pour vendre son cacao à 1 000 $ la tonne, 1 $ le kilo de fève. Aujourd’hui, son prix international est supérieur à 2 500 $ !

Une mondialisation finalement bénéfique

Même situation pour l’or du Ghana voisin : les cours ne permettaient plus, à l’époque, d’extraire du métal de mines dont les coûts d’extraction dépassaient 100 $ l’once. Depuis, les cours se sont envolés et les compagnies minières ont fini par connaître des problèmes pour avoir trop laissé filer les coûts d’extraction. L’once vaut toujours autour de 1 200 $ après avoir atteint jusqu’à 1 800 $. Quant à l’or noir, il est monté jusqu’à 120 $ le baril pour redescendre à 45 $ et remonter aujourd’hui autour de 80 $.

Pendant ce temps, l’Occident s’est endetté pour pouvoir continuer à consommer autant avec de moindres revenus réels. Les économistes ont parlé de financiarisation, dont l’élément principal est tout de même le crédit. Ses dirigeants ont lancé de grandes politiques de baisse des coûts de production sans arriver toutefois à empêcher leurs multinationales de délocaliser massivement leurs usines. Le seul résultat a été de casser la dynamique de leurs marchés intérieurs en enregistrant des baisses de recettes fiscales alors que les coûts sociaux augmentaient avec le chômage et l’allongement de la durée de vie après départ en retraite.

De plus, le « déclin de l’empire occidental » semble également à la base du décollage du reste du monde, déclin visible aujourd’hui dans à peu près tous les domaines, économique, mais aussi culturel et démographique. Il n’y a vraiment qu’au niveau des dépenses militaires que les Occidentaux semblent surnager.

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