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Analyse et Opinion

L’Intelligence artificielle, une dynamique à encourager

L’Intelligence artificielle, une dynamique à encourager
  • Publiémai 28, 2024

Les pays africains se sont lancés avec retard dans l’Intelligence artificielle, qui leur offre pourtant un fort potentiel. Peuvent-ils améliorer recherche, infrastructures et compétences ?

 

L’Intelligence Artificielle se profile comme un vecteur majeur de transformation économique mondiale, et les pays africains sont pleinement conscients de son potentiel. Tel est le premier constat du Policy Center for the New South. Le Think Tank marocain publie une synthèse des connaissances sur la question, L’Intelligence artificielle en Afrique : défis et opportunités, qui, après avoir vanté les mérites de l’IA en première partie, s’intéresse au cas du continent. Lequel manque actuellement les opportunités offertes par l’IA, en raison de ses défis structurels et de manque d’investissement.

Exploiter le potentiel de l’Afrique, cela implique des investissements accrus dans les infrastructures numériques, la formation spécialisée et la recherche et le développement.

Pourtant, certains pays se démarquent par leur préparation à intégrer l’IA dans leurs politiques socio-économiques, bénéficiant d’un environnement politique favorable, d’investissements dans les infrastructures, et d’une concentration croissante de talents spécialisés. L’île Maurice, l’Égypte, et l’Afrique du Sud se distinguent, soulignant leur engagement dans le développement d’écosystèmes propices à l’innovation technologique.

Ces pays ont investi dans des politiques gouvernementales « progressistes », favorisant ainsi l’essor des start-up et des entreprises axées sur l’IA, juge l’analyse. Cependant, des disparités persistent au sein du continent, comme le montre le mauvais classement de certains pays tels que la Côte d’Ivoire. « Ces écarts soulignent l’importance d’une approche stratégique et holistique pour préparer les pays africains à l’adoption de l’IA. »

L’adoption croissante de l’Intelligence Artificielle en Afrique repose sur le développement d’écosystèmes dynamiques impliquant cinq parties prenantes clés : les décideurs politiques, les universités, les grandes entreprises, les start-up et les partenariats multi-acteurs.

D’ailleurs, des exemples concrets de l’utilisation de l’IA en Afrique mettent en lumière son potentiel transformateur dans des domaines tels que la santé, l’agriculture et les services financiers. Au Ghana, l’IA est utilisée pour optimiser la précision et l’efficacité des diagnostics médicaux, en témoigne la jeune entreprise Mpharma.

 

Trop de disparités

Au Nigeria, des plateformes de données comme Zenvus facilitent l’accès à des informations cruciales pour les agriculteurs, ce qui se traduit par une amélioration des rendements et de la productivité agricole. En Afrique du Sud, un autre exemple d’utilisation de l’IA concerne l’amélioration de l’efficacité et de la précision des services financiers. Au Rwanda, l’IA est utilisée pour améliorer la qualité de l’éducation.

Les pays africains les mieux préparés à l'IA, de l'Ile Maurice (1er) ) au Nigeria (10e).

 

Cependant, malgré les progrès réalisés de nombreux pays africains sont confrontés à des défis persistants tels que le manque d’infrastructures et de compétences techniques.

Certaines inégalités sont structurelles, telles que l’accès restreint aux ressources socio-économiques et politiques. « Ces disparités se manifestent par des niveaux inégaux d’accès à des éléments essentiels tels que l’éducation, l’emploi, le revenu, les technologies de l’information et de la communication, et les soins de santé ». Une problématique mondiale, mais dans les pays africains, ces inégalités sont particulièrement prononcées, avec des niveaux de développement parmi les plus bas au monde dans ces domaines.

Parallèlement, les fractures numériques en Afrique amplifient ces inégalités en limitant l’accès aux technologies de l’information et de la communication. Les problèmes tels que le manque d’infrastructures de télécommunications, l’absence d’électricité dans certaines régions, le coût élevé des smartphones et le manque de compétences numériques contribuent à creuser le fossé entre ceux qui ont accès aux nouvelles technologies et ceux qui en sont privés.

L’adoption de l’IA est également entravée par l’insuffisance de l’accessibilité réseau en Afrique. La croissance du développement des infrastructures et de la connectivité des technologies mobiles est lente, avec un pourcentage considérable de la population africaine non connectée et sans accès à Internet. De plus, les coûts élevés d’accès à l’Internet et de large bande entravent l’adoption généralisée de l’IA, avec des dépenses atteignant jusqu’à 44 % du PIB dans certains pays africains.

On le voit, l’Afrique accuse un retard par rapport aux autres régions du monde en ce qui concerne l’adoption et la préparation à l’IA. Les start-up en IA y ont émergé près d’une décennie après le début de la quatrième révolution industrielle en 2000, et aucune nation africaine ne figure parmi les cinquante premiers pays en termes de préparation gouvernementale à l’IA. « Ce retard renseigne sur les défis auxquels l’Afrique est confrontée pour rattraper son retard et adopter pleinement les technologies d’IA ».

 

Améliorer la formation

L’Intelligence Artificielle est devenue un domaine de recherche et de développement (R&D) incontournable dans le monde entier. Cependant, en Afrique, les investissements insuffisants dans la R&D ont limité la croissance de l’innovation en IA sur le continent. Les ressources financières, tant du côté public que privé, sont limitées, ce qui freine la recherche de pointe et le développement d’applications novatrices.

« Cette situation risque de maintenir l’Afrique en marge de l’économie mondiale de l’IA, compromettant ainsi sa croissance économique à long terme », commente l’auteur, Fahd Azaroual, qui s’appuie sur différentes sources documentées.

De plus, le manque de compétences et de formation en IA constitue un obstacle majeur à la croissance de l’innovation sur le continent. Les universités africaines ne disposent pas des ressources nécessaires pour offrir des programmes de formation de qualité en IA, limitant ainsi les opportunités pour les étudiants d’acquérir les compétences nécessaires.

Enfin, le déficit d’infrastructures de recherche et développement en IA en Afrique limite les possibilités de collaboration et d’échange de connaissances entre chercheurs locaux et internationaux. Les centres de recherche spécialisés en IA sont rares, tout comme les infrastructures de télécommunication et d’énergie adéquates.

Ainsi, l’« intégration de l’Intelligence artificielle en Afrique présente-t-elle des opportunités considérables, mais aussi des défis substantiels », explique l’auteur en guise de conclusion. Il considère que la disparité entre pays africains « souligne la nécessité d’une approche inclusive et holistique » pour garantir que tous les pays africains puissent tirer parti des avantages de l’IA, tout en comblant le retard par rapport à d’autres régions du monde. « Pour surmonter ces défis et exploiter pleinement le potentiel de l’IA en Afrique, une action concertée est essentielle. »

Cela implique des investissements accrus dans les infrastructures numériques, la formation spécialisée et la recherche et le développement. En outre, des politiques gouvernementales visionnaires et des partenariats stratégiques entre le secteur public, le secteur privé et la société civile sont nécessaires pour créer un environnement propice à l’innovation et à la croissance économique basée sur l’IA.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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